CHAPITRE XV
La pressse. — La cour. — La noblesse.
n fut question , dans la séance du 22 décembre, de mettre un frein à là licence de la presse ; plusieurs propositions furent même faites à ce sujet; mais il ne leur fut pas donné suite, sur la remarque de M. Charles de Lameth que, si quelqu'un avait à se plaindre de la presse, c'était lui assurément; mais que le meilleur parti à prendre était de mépriser les libelles anonymes. Il vaut mieux, dit-il, nous occuper de la constitution, car ce n'est pas sur des libelles, mais sur nos œuvres, que la France nous jugera.
Marat, qui avait été arrêté pour un délit de presse, recouvra, à
cette occasion, sa liberté; mais le premier usage qu'il en fit fut
d'attaquer, dans son Ami du Peuple j un arrêté du conseil de
1 a commune contre les aflBcheurs et les crieurs publics dont
l'audace dépassait toutes les bornes.
Sur la fin de cette même année il y eut des demandes
contre le célibat des hommes ; des propositions furent faites pour abolir Tusage des dots dans les familles ; les femmes demandèrent l'égalité dans le mariage et à jouir aussi, elles, des droits politiques; une femme rédigea en chef un journal qui avait pour titre : Journal de l'Etat et du Citoyen,
Enfin, des prêtres vinrent réclamer publiquement la suppression du célibat ; ce sujet scandaleux fut discuté publiquement, le 12 décembre, à Saint-Etienne-du-Mont ; il y eut à cette séance une foule de curieux; l'abbé Cornaud, auteur de la proposition , porta le premier la parole ; il cita l'histoire juive, les patriarches , les apôtres , mais sa proposition n'en fut pas moins repoussée.
Quant à la composition des différentes classes qui formaient la société française, il est évident que chacune d'elles a été la cause immédiate de la terrible révolution qui l'a bouleversée.
Commençons par la cour : la conduite du dernier roi qui avait fait asseoir M"* Dubarry sur les marches du trône , avait grandement affaibli le prestige de la royauté dans l'esprit des peuples. Louis XVI, en parvenant au (rône, montra, il est vrai , des vertus vraiment royales ; mais il avait un défaut qui a causé sa perte : il se montra trop faible pour ceux qui Tentouraient. Il ne sut ni apaiser ni réprimer les divisions des grands ; enfin l'affaire du collier avait laissé de fâcheux effets dans l'esprit public.
La noblesse était divisée en deux classes ; celle d'ancienne date et la nouvelle.
La noblessse s'était tellement multipliée par les offices civils et les annoblissements qui coûtaient 2,000 écus, qu'on ne tenait presque plus à honneur d'en faire partie; que, si on
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ajoute les mésalliances , on aura une idée juste du discrédit dans lequel était tombée cette partie de la noblesse à Tavénement de Louis XVI. Et comme la plupart des nobles ne vivaient que de pensions ou de places , qu'ils avaient des privilèges et étatent exempts de toute contribution , c'était là une «iurcharge dont le peuple ne cessait de se plaindre avec amertume.
Il y avait le haut et le bas clergé , les princes de l'Eglise et les curés ; ceux-ci donnaient l'exemple des vertus évangéliques. Mais le haut clergé, sauf d'honorables exceptions, affectait un luxe scandaleux ; ils se reposaient sur leu^s grands-vicaires de toutes les charges de l'épiscopat ; ils se faisaient rarement entendre dans la chaire de vérité et habitaient le plus souvent la capitale pour y suivre la cour; cette conduite du haut clergé faisait un grand mal à la religion.
La bourgeoisie, de son côté, affectait de plus en plus de l'animosité contre la noblesse ; la morgue et l'ambition lui étaient venues par la fortune que lui avaient procurée l'industrie et le commerce; elle était jalouse et égoïste , et s'irritait de n'avoir ni les privilèges ni les faveurs dont la noblesse était pourvue et que la bourgeoisie croyait mériter à plus juste titre.
De grands changements étaient survenus aussi dans le caractère et la position des habitants de la campagne; ils souffraient avec impatience les corvées , les surcharges de l'impôt, les aides et les gabelles.