‹ Histoire de FranceChapitre 18 sur 53 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

he déficit.

Dans la séance du 6 mars, M. Necker, se trouvant indisposé, adressa au président un plan de finances pour lequel il demandait l'indulgence de l'assemblée.

Le ministre annonçait un nouveau déficit» s'élevant depuis le 1 •' janvier à quarante et un millions ; les dépenses extraordinaires, consacrées presque toutes à des achats de grains, devaient monter en outre à 1 7 millions ; le déficit pouvait donc être évalué à cinquante-huit millions.

Quant au futur déficit, il était inévitable, puisque les mêmes causes existaient toujours; le ministre l'évaluait pour les dix derniers mois de l'année à deux cents quatre-vingt quatorze millions.

M. Necker' entrait ensuite dans le détail de toutes les mesures à prendre pour mettre un terme à ce triste état des finances.

L'assemblée renvoya le mémoire du ministre h son comité des finances, et le rapport de ce comité fut entièrement contraire au plan ministériel ; il adoptait ce que M. Necker repoussait: la conversion des assignats en papier-monnaie, et proposait d'émettre de ce papier jusqu'au chiffre de quatre cents millions de livres, portant cinq pour cent d'intérêt, et d'affecter à leur remboursement le prix des biens du clergé et du domaine jusqu'à la concurrence de cette somme ; ce projet de décret fut adopté dans la séance du 47 mars.

Dans l'intervalle» rassemblée constituante avait rendu plusieurs décrets sur la suppression de la compagnie des Indes»

sur le commerce libre des colonies et l'abrogation des gabelles ; elle s'occupa aussi d'impôts, et ce fut le député Yoidel qui pro^ posa le premier, en France, de mettre un im[»ôt sur les feuilles publiques; enfin un plan de finances, proposé par Pétîon de Villeneuve, et la loi sur l'organisation judiciaire, Toccupèrent

C'est à cette même époque qu'appartient la scandaleuse publicité du livre rouge; c'était un registre in-folio des pen^ sions , relié en cuir rouge ; la première communication du livre rouge eut lieu chez Necker ; le comité des pensions lui donna le jour malgré les engagements pris ; et cette publication augmenta les animosités et cette agitation populaire qu'il était, au contraire , du grand intérêt de l'assemblée de chercher à éteindre.

La révolution avec ses tendances de destruction faisait toujours des progrès dans les provinces ; en Bretagne on continuait à poursuivre quelques chartriers nobiliaires et à menacer les châteaux ; dans quelque villes la bourgeoisie arma ses milices et il y eut quelques engagements dans lesquels les paysans qui n'avaient que des bâtons et des fourches eurent toujours le dessous.

Le 7 mars , les gardes nationales des Vosges se fédérèrent à Ëpinal ; on y jura de défendre la constitution et le roi. La fêté dura trois jours. Les mêmes manifestations eurent lieu en Alsace et en Fraifiche-Comté.

A Paris, le Châtélet venait de déchai'ger de toute accusation MM. de Bezenval, Barèntin, d'Atitichamp, de Brogïte et de Puységur ; et le même tribunal avait acquitté M. Âugeard, accusé d'un projet tendant à conduire le roi à Metz.

Camille 0ësmôulMs attaquait le Châte^et avec violéàce ';

RÉTOLUTIOI» FRANÇAISE. 167

pai$, foisani remonter ses calomnies plus haut, le journaliste assurait qu'il régnait une grande intelligence entre la cour des Tuileries et celle d'Espagne ; que le roi de Sardaigne faisait des armena^ts, ainsi que celui de Naples ; qu'un comité se tenait aux Tuileries entre la femme du roi , le garde-dessceaux « M. de Saint-Priest , le comte de Merci, ambassadeur d'Autriche, et M. le comte de Reuss, agent secret, mais bien ooddu de la cour de Vienne ; les ambassadeurs de Naples, d'Espagne et de Sardaigne y sont appelés souvent.

Carra , dans ses Annales patriotiques , dénonce les même» foits ; puis il ^oute : « Amis , redoublons de courage , d'activité, ëe surveillance et de patriotisme. Une nation comme la nôtre, de trente millions d'individus, ne peut pas périr ; ce sont ses ennemis qui périront. »

Dans les deraiers jours de mars , l'alarme était au camp révolutionnaire. Des groupes se formaient aux Champs-Elysées , au Palais-Royal et sur les boulevards. La misère entrai! autant dans ces manifestations que la politique. Les ouvriers étaient sans travail , et plusieurs milliers d'entre eux allèrent en demander à BaiUy, leur maire ; mais la force publique, après avoir fait quelques arrestations, parvint à dissiper ces attroupements.

Le 28 mars, la chronique de Paris annonça la conspiration de M. Maillebois , tendant à enlever le roi pour le conduire à Metz. « Voilà, disait encore Camille Desmoulins, cinq ou six conspiratiiHis. Nous avons eu la conspiration des sacs de farine, la conspiration des sacs d'argent , la conspiration Bezenval, la conspiration Eavras , la conspiration MaiUebois. » -

Toutes ces conspirations n'existaient que dans la têtu des révobiiionnaires, qui avaient besoin de ces moyens pour ca-

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lomnier Tautorité et remuer les mauvaises passons du peuple.

Vers cette même époque, le club des jacobins faisait déjà grand bruit. Des députations de province, après avoir présBité leurs adresses à rassemblée nationale, se rendaient à cette société pour fraterniser avec elle.

L'assemblée nationale, sauf les interruptions, employa tout le mois d'avril à discuter les questions judiciaire et financière.

La première question à résoudre fut celle-ci : y aura-t-il des jurés, et les établira-t-on en matière civile comme en matière criminelle ?

Plusieurs orateurs furent entendus sur cette question , dans les séances des 5, 6, 7, 8 avril. Mais d'autres travaux vinrent interrompre cette discussion, qui ne fut reprise que le 27. De tous les orateurs qui furent entendus , les uns se rangèrent à la proposition de Duport, qui voulait le jury au civil et au criminel ; les autres opinèrent pour l'établissement du jury au criminel seulement.

La discussion annoncée pour le 27 n'eut pas lieu, à l'occasion d'un incident élevé pour la présidence, et dont les débats furent scandaleux, et qui se continua même le 28. Enfin, l'assemblée, dans la séance du 29 avril, décréta qu'il y aurait des jurés au criminel, et qu'il n'y en aurait pas en matière civile.

La discussion sur les finances fut également fort ipoportante ; il était question» en effet , de faire une nouvelle création d'assignats. L'assemblée nationale voulait relever le crédit , et il y avait en vérité urgence , puisque les billets de 4 ,000 livres de la caisse ne s'escomptaient qu'à 35 livres de perte , ceux de 300 livres qu'à 4 7, et les billets de 200 livres, qu'à 1 2.

C'est au sujet de cette discussion financière, que le comité

des pensions fit un rapport sur ce livre rouge dont nous avons déjà parlé; ce qui donna le moyen à la presse révolutionnaire de redoubler ses attaques contre Tautorité royale, calomnier les bonnes intentions du monarque, et semer Tirritation dans Tesprit du peuple. Camille Desmoulins se fit remarquer, à cette occasion, par sa violence ; il attaqua à la fois M. Nec^ ker , le roi et la famille royale : « Nous trouvons bien plus mauvais, disait-il , que le sieur Necker parle en termes si peu mesurés à rassemblée nationale , au nom de celui qui n'est

que le premier bourgeois du royaume Tu no sais donc pas

que nous avons eu en France douze contrôleurs-généraux des

finances qui ont été pendus et exposés à Montfoucon Le

voilà donc, cet homme si pur, si probe, bien convaincu d'être le receleur et le complice de tant de brigandages ; le voilà pris la main dans la poche, non pas d'un seul homme, mais de 25 millions d'hommes , et méritant d'être pendu 25 millions de fois. > Tel était le langage de la presse révolutionnaire en17«0.

Le décret qui mettait les biens du clergé à la disposition de la nation facilita l'émission des quatre cent millions de billets. Un comité ecclésiastique avait été formé; mais ses membres, pris dans les trois ordres , n'étaient par conséquent pas animés du même esprit. L'évêque de Clermont, qui en faisait partie, avait déclaré ne vouloir plus coopérer à ses travaux.

Forcé de s'expliquer, le comité avoua qu'une divergence complète régnait parmi ses membres; en le réorganisant, on en doubla le nombre ; les trente commissaires dont il fut alors composé se divisèrent en trois sections : l'une fut chargée de Torganisation du clergé ; les deux autres s'occupèrent des biens et des affaires ecclésiastiques.

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