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CHAPITRE XVIII

DiscQssion sur les affaires ecclésiastiqaes.

Le comité n'avait point encore présenté son plîtn de constitution ecclésiastique , lorsque Roederer proposa en son nom de décider auparavant si le culte public avait besoin d'autres officiers que les évéques , les curés , et s*il ne convenait pas de supprimer les moines. Le duc de La Rochefoucauld se mmtrait favorable à cette sn(q>ression; mais Tabbé Grégoire la combatlit ; il pr 0{iosa de conserver les couvents , pourvu qu'o& introduisit dans les cloîtres» en forme de catéchisme, les doctrines de la révolution.

L'évéque de Nancy, opposé à cette proposition , d^uta par dire : € Je suis loin de croire que vous vouliez détruire la religion , mais il faut convenir que tout ce que vous aviez fait jusqu'à ce jour serait bien propre à assuré le succès d'une pareille entreprise. »

L'évéque de Nancy demanda que la religion catholique , apostolique et romaine , fût ia religion nationale. A l'annonce de cette motion , il règne un grand sHence. L'évéque de Nancy, qui en éta>it l'auteur, monte à la tribune et la soutient en ces termes : <k Lorsque nous ent^dons à chaque instant outrager la religion , il n'est pas possible de ne pas réclamer. Non, t)Ous ne souffrirons jamais que la religion de nos pères soit éclipsée par les idées phitos(^hiques. Voilà le motif de ma motion , et je demande que vous ^a délibériez sur-leehaœp. »

« Cette motion, s'écria Roederer, est une iflsuUe env^s ^'assemblée , et c'est se montrer odulgent ^e de fie pas coi

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relever l'injure. » — « Peut-on douter, ajouta Dupont de Nemours» que la religion catholique ne soit la religion de Fétatt Nous l'avons prouvé en votant plus de quatre-vingt millions pour l'entretien de son culte et de ses ministres, tandis qu'on ne réclame pour les autres que la paix et la tolérance. » — « Vous ne pouvez nier, répliqua Cazalès , que le gouvernement de France ne soit monarcliique , et cepettdant vous Favez décrété. Pourquoi ne pas faire pour la religion ce que vous avez fait pour la monarchie? s^

Montlosier et d'Eprémesnil qualifient le rejet de la motî(A d'outrage fait à la religioû ; mais, malgré M force des raisons qu'ils allèguent, l'assemblée est entraînée par un discours véhément que prononce Charles Lamelh : « S'il s'agit , dit-il , de rappeler les ordres religieux à leur institution primitive, personne ne s'élèvera contre eux ; mais si pour sauver une opulence si ridicule aux yeux de la raison , si contraire à l'esprit de l'Evangile , on éveille l'inquiâiude des peuples sur nos sentiments religieux , on forme le plrojet absurde et crimitfd d'armer le fanatisme pour défendre les abus; eh bien ! si cette intention a pu n'être pas aperçue , je la dénonce à la patrie et prophétise à son auteur qu'eflle n'aura pas le succès qu'il s'en promet... Ce n'est pas au momefnt où nous avons décrété des actions de grâces à l'Être suprême , qu'on peut élever des doutes sur tios sentiments religieux. Demain l'assemblée nationale , en se rendant au pied des autels , donnera à la France et à VEurope entière une preuve frappante de son amour et de son respect pOnr la religion , que Fon prétend être en péril.»

À ces mots, tous les spectateurs applaudissent, et la mo- ^n de l'évéque de Nancy e^ écartée pa^rVorire du jour, qui

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ramène la discussion sur la suppression des ordres monas-

L'abbé de Montesquiou , appelé à traiter cette grave question , établit qu'il fallait séparer dans les vœux ce qui est entre rhommeet Dieu de ce qui est entre rhomme et la société; que la société peut bien cesser d'intervenir dans les engagements religieux , mais qu'elle n'a pas le droit de dissoudre ces contrats sans le consentement des religieux eux-mêmes. En parlant de la suppression des monastères et des ménagements que cette opération exigeait, il défendit la cause des religieuses, dont le bonheur reposait sur la conservation de leurs habitudes tranquilles; après avoir célébré leurs vertus, il fit sentir combien on devait d'égards h la situation de ces filles pieuses; la plupart respectables par leur âge» leur sexe et leur pauvreté.

L'assemblée déclara qu'il ne serait rien innové à l'égard des maisons chargées de l'instruction publique, et que les religieuses pourraient rester dans la retraite qu'elles avaient choisie.

L'assemblée consacra plusieurs jours à délibérer sur le sort des religieux qui voudraient rentrer dans le monde , et sur le sort de ceux qui persisteraient à vivre sous la règle de leur ordre. Cazalès interrompit les débats par une motion de la plus haute importance : elle avait pour but de fixer le terme de la présente législature et la prochaine convocation d'une nouvelle assemblée.

« Nous touchons , dit-il, à Tépoque vraiment décisive delà révolution ; les citoyens vont s'assembler, et la nation va juger la conduite de ses représentants. Nous ne pouvons nous dissimuler qu'emportés par l'amour de la liberté nous avons

dépassé les pouvoirs qui nous ont été confiés : de députés de bailliages que nous étions, nous nous sommes déclarés députés de la nation. Le succès de nos opérations, le bonheur qui naîtra d'une constitution égale et libre , sera sans doute notre excuse; mais il n'en est pas moins vrai que cette constitution, pour être réellement nationale, doit avoir la sanction de la nation elle-même; que la nation seule peut lui donner le grand caractère qui fera sa force, et placer au rang des délits nationaux les atteintes qui lui seraient portées. Des adhésions et des serments individuels ne peuvent équivaloir à une sanction générale. Pour faire taire les calomnies qui se sont répandues sur notre compte , il est important de consacrer le principe de la souveraineté du peuple, en s'assuranl si la nation , par Torgane de nouveaux députés , donnerait son suffrage aux lois d'une assemblée où la division et l'aigreur se sont continuellement manifestées. »

Cinq mois auparavant, Volney avait demandé que l'assemblée , sans discontinuer ses travaux , ordonnât pour toute l'étendue du royaume une nouvelle élection de députés, « afin , dit-il , de nous relever et de substituer une représentation vraiment nationale à une représentation vicieuse, ou désintérêts personnels et privés ont souvent opposé un effort puissant à la volonté publique. »

Les mots de liberté et de souveraineté du peuple, dans la bouche du plus ardent défenseur des prérogatives royales, ne parurent qu'un artifice oratoire employé pour favoriser le succès d'une motion tendant à dissoudre l'assemblée qui avait juré de ne pas se séparer avant que la constitution fût achevée. Cette pensée souleva les députés, et, dans leur indignation y ils reprochèrent à Cazalès d'avoir violé son ser-

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ptent, ep osapt douter de sa légitimité. Suivait le baroQ de Menou, cette motiQo pouvait allamer uq ioceudie dans tout (e royaume. Au milieu 4u tumulte, Lucas, de Gapnat, perce la foule i^t s'élance à la tribune : < Ifessieurs, dit-il en levant la main , je n'eus pas le bonheur d'assister à I4 séafice poiémorable du Jeu-de-Paume, où vous jurâtes de ne point vous séparer que la constitution pe fût achevée. Veuillez en ce moment recevoir de moi ce serment que mop cœur proQopce. » La salle retentit d*applaudissea:ents; plusieurs autres députés , qui ne s'étaient pas trouvés à la réunion du Jei^ -do- Paume, s'empressèrent de suivre pet exemple. D'autres, quoique l'ayant prêté , veulent encore le renouveler. Les acclamations redoublent lorsqu'on voit s'avancer le chartreux D. Certes , qui , avec l'habit de son ordre , confirma son premier serment avec la même ferveur qui autrefois l'avait inspiré.

La motion de Cazalès avait été rejetée à une immense majorité, et l'irritation qu'elle causa semblait être calmée, lorsqu'elle éclata de nouveau quelques jours après, le 7 mars, à la suite d'un rapport sur les finances, où Necker peignait sous les couleurs les plus alarmantes le désordre et l'épuisepient du trésor public. Alexandre Lameth , sachant que les espérances de la cour pour empêcher la vente des biens du clergé, se fondaient sur l'anarchie qui ramène toujours au despotisme , s'écria avec feu : < Il existe , oui , il existe une coalition secrète des ennemis de l'état; leur but est la dissolution de l'assemblée. Ils accaparent le numéraire pour troubler l'ordre social et faire crouler la constitution ; mais ils n'y réussiront pas : s'ils ont de l'or, nous avons du fer...., »

Après ce mouvement oratoire, Rabaud Saint-Etienne, avec des formes plus calmes , produit une impression non moins

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vive eD racontant avec détail les manœuvres qui viennent d'être dénoncées : c On cherche , Messieurs , à vous décrier dans les provinces, ajouta-t-il; on répand avec affectation que vous avez outrepassé vos pouvoirs ; on essaye de suggérer au peupie qu'il doit nommer d'autres députés et vous remplacer incessamment par une nouvelle législature. On dit que vous aimez l'autorité, que vous voulez prolonger votre pouvoir, que les adresses d'adhésion qui vous arrivent de toutes parts sont

votre ouvrage Quel temps choisit-on pour répandre ces

calomnies? l'époque la plus importante, le moment où les districts vont se former. Messieurs, détruire votre ouvrage, voilà le but; vous calomnier, voilà les moyens. » Puis il s'éleva contre les [bruits qu'à dessein on ne cessait de répandre sur la situation déplorable des finances. La banqueroute, ajoutat-il , n'est pas possible lorsque les gages* que nous allons donner à la nation surpassent le capital de la dette? Vous ayez encore un revenu foncier immense, les impositions de^ privilégiés , la réforme des abus , l'économie dans les dépens^ , et le patriotisme qui ne se lasse point, parce qn'il est soutenu par les plus justes espérances. »

L'assemblée décida que ses décrets seraient présentés par son président à l'acceptation ou à la sanction du roi dans le délai de trois jours, et que dans la huitaine de la présentation le garde des sceaux devait l'instruire des déterminations du trône. Un comité était institué pour s'assurer que les minis* très feraient fidèlement exécuter dans tout le royaume les décrets sanctionna.

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