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CHAPITRE XXIV

La religion catholique religion de Tétat.

Le 1 1 avril, rassemblée entendit un rapport sur les dîmes : la discussion s'établit le lendemain sur ce rapport. Tout-àcoup, dans un moment de silence, don Gerles, chartreux, et membre de la nouvelle société des jacobins, prend la parole pour proposer un décret portant que la religion catholique, apostolique et romaine est et sera pour toujours la religion de la nation , et que son culte sera seul autorisé. Cette proposition fut applaudie par la droite de rassemblée ; mais on. demanda à gauche Tordre du jour. Une longue discussion s'engage ; un membre propose d'ajouter à la proposition de don Gerles cet amendement t Les citoyens non-catholiques jouiront de tous les droits qui leur ont été accordés par de précédents décrets. C'était évidemment une mesure de conciliation propre à faire voter la proposition de don Gerles ; mais la gauche ne voulut rien entendre; elle demanda que la discussion fût renvoyée au lendemain, et le président, après avoir consulté rassemblée, leva la séance, malgré les protestations de la droite.

Le lendemain , mardi 1 avril , les abords de la salle des séances étaient encombrés de troupes. Une foule immense occupait les espaces vides , de même que les Tuileries et le Palais-Royal .-Les débats furent orageux ; la droite voulait que l'assemblée déclarât que la religion catholique était celle de l'état. Plusieurs de ses orateurs voulurent monter à la tribune pour parler dans ce sens , entre autres M. de Cazalès ; mais rassemblée, à la majorité de 495 voix contre 400, lui retira la parole.

StiB mSTOIRE DE FRANCE.

M. de La Rochefoucault proposa un amendement à la motion de don Gerles ; il portait que la majesté de la religion, et le profond respect qui lui était dû, ne permettaient pas qu'elle devînt l'objet d'une délibération , et que l'assemblée devait reprendre Tordre du jour sur les biens ecclésiastiques, ce qui fut adopté ; après quoi la séance fut levée , malgré les plus vives protestations de la droite.

 leur sortie, les orateurs qui avaient voulu faire reconnaître que la religion catholique était la religion nationale furent exposés aux huées et aux sifflets dé la populace ; Tabbé Maury fut même menacé et dans la nécessité de montrer des pistolets qu'il portait toujours à sa ceinture ; le vicomte d« Mirabeau mit Tépée à la main : voilà comme le parti , qui se disait ami exclusif de la liberté» respectait la liberté des votes ; mais aucune violence n'eut lieu , la garde nationale était encore sur pied.

Il n'est pas d'odieuses insinuations et de grossières calomnies que les journaux de la révolution ne débitèrent sur les membres de la droite, à l'occasion de cette séance. Voici un échantillon de leur style : < C'était une coalition de brigands

< de cour, de brigands de robe et de brigands d'église; ils

< révent une nouvelle Saint-Barthélémy , ils font des mande-

< ments incendiaires , ils veulent soulever les protestants

< contre les catholiques et les juifs contre les chrétiens. » Puis venait une attaque d'un autre genre contre la royauté:

c Des sommes considérables étaient sorties depuis quelques jours du trésor public, et la garde nationale avait arrêté dixsept tonnes d'argent qu'on emportait ; les chevaux de l'écurie étaient prêts. »

Un tel langage, dans les journaux de la révolution, indiquait

assez cetftte le parti était capable de tenter; aussi l'autorité prit-elle toutes ses mesures : on doubla tous les postes et la garde de l'assemblée; le jardin des Tuileries fut fermé.

La discussion sur les dtmes fut reprise dans la séance du lendemain. Elle se termina par l'adoption d*un amendement de M. Loys. Enfin, dans la séance du 1 9 avril, les pouvoirs de l'assemblée furent discutés et définis.

A cette même époque , La Fayette et Bailly fondèrent le club des Feuillants dans le but de neutraliser le club des Jacobins en lui faisant concurrence ; les deux frères Lameth dirigeaient ce dernier club ; Mirabeau allait indifféremment à J'un et à l'autre.

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