CHAPITRE XXVIII
Retour dn duc d'Orléans.
Le duc d'Orléans profita des approches de la fédération pour motiver son refour. En même temps Louis XVI , à la prière de M** la duchesse d'Orléans, l'autorisa à rentrer en France* Mais il accompagna sa permission de cette phrase sévère et tout à fait déplacée après une réconciliation : « Vous apprendrez de votre roi comment il faut être français, et comment on est digne d'être du sang des Bourbons. »
Au moment de quitter Londres, M. de Boinville , aide*der camp de La Fayette , vint trouver le duc d'Orléans pour le détourner de son dessein, en lui assurant que les mêmes raisons qui avaient motivé son éloignement subsistaient encore. Alors le prince chargea ses amis d'obtenir le consentement de rassemblée; dans ce dessein, M. de Latoache, député de Montargis, lut à la tribune une lettre oii le duc annonçait que, sa mission terminée , il avait écrit au roi pour lui faire part de sa prochaine arrivée. « C'est M. de La Fayette, écrivaitil , qui me fit entendre que mon absence ramènerait la tranquillité ; j'ai condescendu à son désir, et cependant la tranquillité n'a pas été rétablie ; il est temps qu'on dise pourquoi
mon nom pourrait servir aux mouvements populaires; \\ est temps qu'on ne présente plus le fantôme sans donner des preuves de la réalité. En attendant , je déclare que , depuis le 25 de ce mois, mon séjour en Angleterre n'est plus utile aux intérêts de la nation et au service du roi. » Il ajoutait que l'anniversaire du 44 juillet lui prescrivait impérieusement son retour, et qu'à moins d'une décision contraire de la part de l'assemblée, il persisterait dans sa résolution.
L'assemblée , pour rester étrangère à des débats personnels entre La Fayette et les amis du duc , prononça qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, ce qui laissait à ce dernier la faculté de rentrer en France. Toutefois le prince resta encore quelques jours à Londres, afin de laisser au roi et à ses ministres le temps de lui* envoyer de nouveaux ordres ; mais , voyant qu'on usait toujours à son égard de subterfuges et de dissimulation, il quitta l'Angleterre. Le 4 4 juillet, il parut à la tribune. Après avoir annoncé qu'U adhérait au serment que tous les députés avaient prêté en son absence à la constitution , il ajouta : < Le jour approche où la France va se réunir solennellement , et où toutes les voix ne feront entendre que des cris d'amour pour la patrie et pour le roi ; pour le roi , si digne, par ses vertus , de régner sur un peuple libre, et d'attacher son nom à la plus grande comme à la phis heureuse époque de la monarchie. » Son retour avait été précédé d'une apologie publiée sous le titre A' Exposé de la conduite du due d'Orléans durant la révolution de France.
Le duc d'Orléans revint à Paris le 5 juin de son voyage forcé en Angleterre. Son retour ne fit pas la moindre sensation; son parti était déjà absorbé par le parti anarchique; il ne resta bientôt plus à ce misérable prince que de se jeter dans
le courant révolutionnaire-, traîné à la remorque des partis , et où il devait rencontrer un abîme.
Le jour ou le duc d'Orléans reprit sa place dans rassemblée, Bailly monta à la tribune pour proposer la grande fédération des gardes nationales de tout le royaume et des ar*mées de terre et de mer.
Ce projet de fédération déplut aux jacobins.
Les hommes d'anarcbie, dit M. Labaume» raisonnaient juste en s'opposant à la fédération, puisque avec l'union des gardes nationales et des armées de terre et de mer, il était impossible qu'ils pussent établir leur domination au moyen de cette vile populace, qu'ils devaient plus tard qualifier du nom de peuple. La presse anarchique se mit donc à appeler les gardes nationaux des épaulettierSy elle dit que c'étaient des. bleus qui ressemblaient à cette faïence bleue qui n'allait jamais au feu ; quand ils entendirent Bailly parler de fédération, ils publièrent qu'on voulait royaliser la France.
L'assemblée constituante fixa la fête de la Fédération au 4 4 juillet , jour anniversaire de la prise de la Bastille.