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CHAPITRE XXIX

La fédération.

Les députations des fédérés arrivèrent à Paris au milieu du mois de juin, une d'elles fixa l'attention publique; elle se composait d'étrangers présidés par le baron de Clootz , prussien d'origine, dont le nom est devenu fameux dans la révolution ; cette dépulation se présenta h la barre de rassemblée, et elle demanda à étpe placée parmi les fédérés.

Ce baron de Clootz avait pris le litre d'orateur particulier

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du genre humain. Il appelait Paris le chef-lieu du globe; la Prusse et l'ÀDgleterre étaient deuit de ses départements; en*fin il s'était déclaré V ennemi personnel de Jésus- Christ.

Le 20 juin , jour aunÎTersaire du Jeu-de-Paume, qui avait été la première atteinte au pouvoir royal , rassemblée ordonna l'enlèvement des figures des quatre nations qui étaient enchaînées .aux pieds de Louis XIV, sur la place des Victoires; ce fut le célèbre peintre David qui donna le plan du monument à élever à sa place.

L'assemblée nationale, dans ce même mois de juin» porta le dernier coup à la noblesse héréditaire; défense fut faite de prendre les titres de duc , de marquis , de comte , de baron , d'excellence , etc., etc., ainsi que de faire porter livrée à ses do mestiques et graver ses armoiries.

Harat et Camille Desmoulins s'autorisèrent de ce décret pour appeler le prince de Gondé Louis- Joseph Capet; les no- .bles ne furent plus que des à-devants, et désignés par leurs noms patronimiques ; H. de La Fayette ne fut plus que M. Mothier tout court , et le comte de Mirabeau , ainsi que son frère le vicomte , H. Riquetti aine et M. Riquetti cadet. Au lieu du mot domestique , on employa celui de familier.

L'abbé Maury avait plaidé la cause de la noblesse. Il était fils d'un cordonnier; on dit de lui, par allusion à l'état de son père, qu'il portait toujours les armes de sa famille à ses pieds, n parut même une petite feuille qui n'eut que deux ou trois jours d'existence et qui avait pour titre : Us SouUers de l'abbé Maury.

L'abbé Maury avait défendu la noblesse contre l'opinion du comte Mathieu de Montmorency, premier baron chrétien.

hà 9, rassemblée adopta le projet de décret relatif à la fête

de la fédération; cette ftte préoccupa tout Paris et ii parut, à cette occasion, une foule de brochures et de projets.

Un membre de l'assemblée proposa de proclamer ce jour-là Louis XVI empereur des Français.

Un autre ouvrit Tavis que chaque citoyen, ce jour-là, fit dresser sa table dans la rue.

A cette époque, Louis XVI n'était réellement plus libre; toute la presse anarchiqué essaya de remuer Paris parce que le roi quitta momentanément les Tuileries pour Saint-€loud.

L'autorité se décida, enfin, à réprimer les écarts de cette presse; le sipal en fut donné par M. Malouet qui dénonça à la tribune le journal de Loustalot; V Orateur du Peuple fut également arrêté, et quelques jours après des poursuites furent dirigées contre l'Ami du Peuple^ journal de Marat.

La Société de 4789 se réunit au palais pour célébrer dans un festin l'anniversaire du 4 7 juin 4 789 ; on remarquait parmi les membres le comté Paoli, Bailly, La Fayette, Mirabeau, Laine, Sieyès, Qiapelier et Tévéque d'Autun.

La fête fut somptueuse, une brillante musique militaire attira la foule ; on porta des toasts ; une députation des dames de la halle fut admise, enfin on chanta des couplets composés par Piis pour la circonstance et qui, demandés par le peuple, furent répétés au balcon d'une fenêtre.

Le mois de juillet vit arriver les fédérés; on avait fait des préparatifs imméioses pour célébrer dignement cette fête; les architectes, les peintres» les sculpteurs furent appelés à déco-' rer le Champ-de-Mars. Tous les Parisiens mirent la main à l'œuvre, et en quelques jours le Ch^np-de-Mars fut prêt à recevoir les acteurs et les spectateurs de cette grande solennité.

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EnfiD arriva le 44 juillet; un arc de triomphe avait été construit à rentrée du Qiamp-de-Mars sur le quai ; il était d'arcbilecture romaine ; il avait huit inscriptions mélé^ de prose et de vers, quatre au-dedans, quatre au-dehors, et toutes apalogues à la circonstance.

Près de TEcole-militaire , on avait construit une immense galerie» ornée de drapeaux bleu et or, avec un pavillon au milieu et dans ce pavillon était placé un trône, le fauteuil du président de rassemblée h côté et derrière la tribune que devait occuper la famille royale.

Au centre de l'amphithéâtre, on voyait Tautel de la patrie sur lequel on montait par quatre escaliers et des parfums brûlaient autour dans des cassolettes antiques.

A vrai dire, la fête commença le 1 2; les électeurs parisiens réunirent à un banquet un fédéré de chacun des quatre-vingttrois départements ; Louis XYI passa, de son côté, en revue, sur la place Louis XV , les troupes nouvellement arrivées et un Te Deum fut chanté le soir à Notre-Dame.

Le roi avait été nommé, par un décret de l'assemblée, chef delà fédération et, pour ce jour là seulement, commandant de toutes les gardes nationales du royaume.

Le 4 4 juillet, dès la pointe du jour, la foule encombrait toutes les rues qui aboutissaient au Champ-de-Mars, à midi et demi 1^ fédérés commencèrent à y entrer.

A trois heures un quart, toutes les bannières se trouvèrent réunies autour de Tautel de la patrie; le ciel était sombre, mais Tenthousiasme était universel.

Aussitôt que le roi f«t arrivé, Tévéque d'Autun célébra les sainUs mystères ; au moment où il élevait les mains pour appeler la bénédiction du ciel sur le drapeau de la France, le sgleil

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reàiplendit du plus grand édat, ce qui vint ojoutBr etrcoi^e à renlhousiasine. On regarda ce fait naturel comme le pins heureux augure. La Fayette monta alors sur Tautelde h pa-< trie., et, Tépée nue à la main, prononça le serment fédératif tel que l'assemblée Tavait décrété le 4 juillet. Ce serment fut répété par tout le monde au milieu des fanfares, des musiques militaires et des décharges d'artillerie (1 ).

La reine était au grand balcon de l'Ecole, entourée d'un petit nombre de dames et de gentilshommes : deux cents préires, vêtus d'aubes blanches, et décorés de ceintures tricolores, couvrent les marches de l'autel; au milieu d'eux est M. de Talleyrand , nommé par le roi pour officier dans cette cérémonie. C!e prélat, revêtu de ses habits pontificaux , était assisté de l'abbé Louis , son clerc de chapelle , et de soixante aumôniers de la garde parisienne.

Douze cents artistes, qu'accompagnait un orchestre nombreux , exécutèrent un hiérodrame. C'était une espèce de chant dialogué en forme de chœur ; toutes les paroles tirées de TEcriture, étant rapprochées et liées entre elles, formaient le sujet de la prise de la Bastille. Le style oriental des livres saints, accompagné d'une musique harmonieuse , peignait d'abord la tristesse , le trouble et les alarmes des Parisiens dans les deux premiers jours du combat. Une grosse cloche faisait partielles instruments de musique, et ses sons lugubres rappelaient ceux

(1) Voici le texte da serment prêté par La Fayette aa nom de tons les fédérés : . « MoDs jarons d*ètre à jamais fidèles )i la nation , à la loi et aa roi ; de maintevir de tout notre pouvoir la constitution décrétée par rassemblée nationale et acceptée par le roi; de protéger, conformément aux lois, la sAreté des personnes et des propriétés « la circulation des grains et sulisistances dans rintérienr da royaime , la perception des contributions publiques; enfin de demeurer unis à toius les Français par Icslienç indissolubles de la fraternité. »

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du foem, qui, dans ces jours d'anxiété, jurent FelFroi dans Pftris; ensuite des sons joyeux exprimaient Tallégresse à la suite de la victoire.

Cependant le ciel continuait à se couvrir d'épais nuages; poussés par les vents du nord, ils produisaient par intervalle de fortes averses, et tout le cirque n'offrit plus qu'une immense voûte de parapluies aux couleurs rouges et vertes. Ce contre-temps troubla la marche des corps civils et militaires qui défilaient encore ; il porta la confusion parmi les législateurs, et dispersa momentanément les prêtres, les ofiBciers municipaux et les députés fédérés; plus de cent mille femmes vêtues d'étoffes légères, exposées à l'inclémence des éléments, sont bientôt pénétrées par la pluie; mais, dit M. Labaume, eUes rient de ce contre-temps.

La messe achevée, le pontife bénit l'oriflamme, nouveau drapeau destiné à la troupe de ligne, et les quatre-vingt-trois bannières des départements qui , durant le sacrifice , avaient formé un quadruple cordon circulaire autour de l'autel de la patrie.

On s'att^dait alors à voir Louis XVI descendre de son trône et monter à l'autel pour y prêter à haute voix le serment. Mais le mauvais temps s'y opposa , en sorte que le roi, et même le président de l'assemblée le prononcèrent sans quitter leur place.

c Moi , roi des Français, je jure d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'état à maintenir la constitution décrétée par rassemblée nationale et acceptée par moi. »

La reine, émue, saisit dans ses bras l'auguste enfant, héritier du trône, et du haut du balcon où elle est placée, le

RÉVOLOTION FRANÇAISE. MS

montre à la nation assemblée. A ce noble monrement , des cris de joie et d*amour se dirigent vers la mère et Ténfant. La haine qu'on avait contre elle est oubliée, tous les Français semblent unis et hereux du bonheur commun. Toutes les mains sont levées, des milliers de serments se prononcent, se répètent et se propagent plusieurs fois d'un bout du cirque à l'autre. Les soldats agitent leurs armes , au haut desquelles ils placent leurs chapeaux ou leurs, casques confondus avec une forêt d'étendards que le vent fait flotter sur leurs têtes. Ces transports universels , unis au son de mille instruments guerriers, au bruit majestueux de cent pièces de canon, se font entendre dans les quartiers les plus reculés de Paris, et retentissent jusqu'au fond des provinces , car le même jour et à la même heure ils étaient répétés dans toutes les communes de France par vingt-six millions d'habitants ; les noms des vingt peuples divers , dont l'agrégation formait l'empire français , se confondent en un seul , celui de Français ; on ne connaissait plus qu'un titre, celui de citoyen; qu'un sentiment , celui de Uberté.

Le même cortège ramena le roi au bruit des mêmes acclamations qui lavaient accompagné. Il y eut des joutes sur l'eau, un feu d'artifice , et Paris fut illuminé le soir.

Un grand nombre de personnes allèrent offrir un bouquet à la statue de Henri IV, sur laquelle on avait placé cette inscription : « n eut l'amour du peuple ; Louis XVI est son héritier. » On lança un ballon tricolore dans le Champ-de-Mars; un bal eut lieu dans la Halle-aux-Blés et sur la place de la Bastille.

Les fédérés restèrent plusieurs jours à Paris ; on leur rendit le» plas gri^ hoonews^ ils moiit»ent la gardeaux Tuileries,

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ils étaient applaudis dans les rues, aux promenades et dans les théâtres; enfin, ils avaient les premières places dans les fêtes, les bals et les banquets.

Les Parisiens leur donnèrent à tous une médaille» un certificat de civisme et le procès-verbal de la fête qui venait d'avoir lieu.

Le Champ-de-Hars devint le champ de la fédération ; les modistes v^dirent des habillements de fédérés; les tabletiers fabriquèrent des éventails à la fédération ; Chénfer, Fontanes, Piis, Cubières, etc., etc., firent des odes patriotiques, des chansons, des épithalames sur cette fameuse journée.

Cependant la révolution allait toujours son train ; on en eut la preuve dans les travaux même qu*on fit au Champ-de-Hars; snr l'enseigne des ouvriers cordonniers , on lisait : dernier soupir des aristocrates; celle des bouchers portait cette inscription : tremblez, aristocrates^ voilà les garçons bouchers! sur d'autres bannières, on lisait : vivre libre ou mourir; et même ça ira, mot fameux d'une chanson appelée I^ cariUm national, qui menaçait les aristocrates de la lanterne. Cette chanson avait été composée par Dupuis , Vauteur de Y Origine de tous les cuites,

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