CHAPITRE XXX
Les clubs. — Blalonet. — Desmoalms.
Les journaux anarchiques , qui n'avaient pas trouvé de leur goût le projet de fédération , traitèrent fort mal la fête; ils se moquèrent surtout de La Fayette, qui avait partagé les adorations de la foule avec son cheval blanc; ils se moquèrent da fauteuil royal et de la chaise du président, et reprochèrent
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aigrement an roi de n'avoir point prêté le serment sur Tautel de la patrie , mais sau8 sa tente (4 ).
(I) Malgré tontes ses fautes, dit M** de Staél , rassemblée coostitoaatc était adorée de la France presque entière. Il fallait une grande connaissance des principes de la législation politique pour s'apercevoir de tout ce qui manquait à Fœuvre de la constitution, et l'on jouissait de la liberté , quoique les précautions prises pour sa durée ne fossent pas combinées. La carrière ouverte à tons les talents excitait Témulation générale ; les discnssions d'une assemblée éminemment spirituelle , le mouvement varié de la mberté de la presse, la publicité sous tous les rapports essentiels, délivraient de ses chaînes l'esprit français , le patriotisme français , enfin toutes les qualités énergiques dont on a vu depuis des résultats quelquefois cruels, mais toujours gigantesques. On respirait plus ]fl>rement, il y avait plus d'air dans la poitrine, et l'espoir indéfini d*mi bonheur sans entraves s'était emparé de la nation dans sa force comme il s'empara des hommes dans leur jeunesse, avec illusion et sans prévoyance.
La principale inquiétude de l'assemblée constituante ayant pour objet les dangers qne les troupes de ligne pouvaient faire courir un jour à la liberté , il était naturel qu'elle cherchât de toutes les manières à captiver les milices nationales, puisqu'elle les regardait avec raison comme la force armée des citoyens. D'ailleurs, elle était si sâre de Topinieo publique en 1790, qu'elle aimait k s'entourer des soldats de la patrie. Les troupes de ligne sont une invention tout-à-fait moderne, et dont le véritable but est de mettre entre les mains du roi un pouvoir indépendant des peuples. C'est de l'institutton des gardes nationales en France qu'est résultée , dans la suite, la conquête de FEoPope continatale ; mais l'assemblée constituante alors était très-loin de souhaiter la guerre, car elle avait beaucoup trop de lumières pour ne pas préférer k tout la liberté, eteette liberté est inconciliable avec l'esprit d'envahissement et les habitudes militaires.
Les quatre-vingt-trois départements envoyèrent des députés de leurs gardes nationales pour prêter serment à la eonstitution nouvelle. Elle n'éuit pas encore achevée, il est vrai , mais les principes qu'elle consacrait avaient pour eux l'assentiment universel. L'enthousiasme patriotique était si vif, que tout Paris se portait en foule à la fédération de 1790, comme l'année précédente k la destruction de la Bastille.
C'était dans le Champ-de-Mars , en face de l'École Militaire et non loin de l'hôtel des Invalides, qne la réunion des milices nationales devait avoir lieu. 11 fallait élever autour de cette vaste enceinte, des tertres de gazon pour y placer les spectateurs. Des femmes dn premier rang se joignirent à la multitude des travailleurs volontaires qui venaient concourir aux préparatifs de cette téid. Devant l'ËcoIe Militaire, en face la rivière qui borde le Ghamp-de-Mars, on avait placé des gradins avec nne tente pour servir d'abri au roi, à Li reine et à tonte la cour. Quatre-vingt-trois lances plantées en terre , et auxquelles étaient suspendues les bannières de chaque département, formaient nn grand cercle , dont l'amphithélitre où devait s'asseoir la famille royale faisait partie. On voyait , à l'autre extrémité , un autel préparé pour b i
sM HHrroniE de fran^.
Booâtons M. Labaume :
Peu de jours après la fédération , les elubs reprireut le cours de leurs motions sanguinaires. De nouveaux attroupements se formèrent aux Tuileries et au Palais-Royal. On voulait le renvoi des ministres, leur détention, et on finissait toujours par demander leur tête. La reine et sa famille furent inscrites sur des listes de pro^criptiop. Malouet, dont le noble caraetère lui avait fait adopter la dangereuse mission de com- . battre l'anarchie, redoubla de courage dans une circonstance où les factieux cherchaient, par des écrits infâmes, à mettre en mouvement la population parisienne. Indigné de l'impunité de ces attentats , il monte à la tribune dans une séance du soir ; mais les chefs du parti , dont il venait dévoiler les trames , re-
qne M. de Tilleyrand , alors évèqoe d*Antaii, eélébra daas eette grande eireonstance. H. de La Fayette s'approcha de ce aème autel poor y jorer fidélité k la nation, à la loi et an roi ; et le serment et Tbomme qni le prononçait excitèrent un grand sentiment de confiance. Les spectateurs étaient dans l'ivresse : le roi et la liberté lenr paraissaient alors complètement rénnis. La monarchie limitée a toojoirs été le véritable vœa de la France , et le dernier monvement d'enthousiasme vraiment national s'est fait voir k cette fédération de 1790.
Toutefois , les personnes capables de réflexions étaient loin de se livrer k la joie générale. Je voyais dans la physionomie de mon père une profonde inquiétude. Dans le moment où Ton croyait fêter un triomphe , peut-être sentait-il qu'il n'y avait déyii plus de ressources. M. Neeker ayant sacrifié sa popularité tout entière k la défense des principes d'une monarchie libre et limitée, M. de La Fayette devait être dans ce jour le premier objet de l'alliection du peuple ; il inspirait k la garde nationale un dévouement très-exalté ; mais, quelle que fiit son opinion politique, s'il avait voulu s'opposer à Fesprit du temps, son pouvoir eât été brisé. Les idées régnaient à cette époque, et non les individus. La terrible volonté de Bonaparte lui-même n'aurait pu rien contre la direction des esprits ; car les Français alors, loin d'aimer le pouvoir militaire, auraient obéi bien plus volontiers à une assemblée qu'à ua général.
Le respect pour la représentation nationale , première base d'un gouvernement libre exislait dans toutes les têtes , en 1790 , comme si cette représentation eât daté d'nu siècle , et non d'une aanée. En effet, si les vérités d'un certain ordre se eeconnaiflsent au lien de s'apprendre» il doit sufllre de les montrer m honunes peur qu'ils s'yi
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fusèrent de Tentendre. Sa constance inébranlable l'emporta sur lears clameurs, et il obtint enfin la parole.
c Yous demandez Tordre du jour, dit avec dignité cet excellent citoyen , eh bien ! Tordre du jour le plus pressant , c'est de prévenir de grands crimes , c'est d'en connaître les causes et les auteurs. Sans doute vous frémiriez, si vous aviez la certitude qu'en cet instant, plusieurs scélérats travaillent à faire emprisonner le roi et la reine , au moment même ob tous les deux viennent de recevoir dans une fête mémorable, de. toutes les parties de Tempire, des témoignages d'estime et d*amour. Messieurs , c'est sous vos yeux, c'est à votre porte que ces projets atroces se développent , que des instruments^ sanguinaires se distribuent, qu'on appelle le peuple aux armes, qu'on Texcite à tous les forfaits : c'est le renversement des lois que je viens dénoncer ; c'est la liberté qui périt, et la constitution avec elle, si de tels attentats restent impunis. Voici le libelle que je vous dénonce, il est signé Marat... » A ces mots, des éclats de rire partent du côté gauche de l'assemblée ; car le délire de ce scélérat était tel, que la majorité des députés ne voulait jamais croire au danger de sa criminelle exaltation.
Malouet s'éleva aussi avec véhémence contre les écrits per-fides dans lesquels Camille Desmonlins s'efforçait d'égarer le peuple, et se jouait de sa crédulité pour Vexeiter à s'insurger ^ à renverser la constitution. L'orateur voulait qu'on enjoignit au Châtelet de poursuivre les auteurs de ces libelles, dont l'audace était intolérable. Son projet fut adopté; mais, pendant que l'assemblée délibérait sur cette affaire , les jacoUns , unis aux cordeliers , loins d'être intimidés des accusations lancées coiHre eux , firent eâébrer un service solennel à la inémoire
ses HkSTotfth: de frange
des patriotes morts à la prise de la Bastille. Marat, Camille Desmoulins, Carra, Corsas/ Brissot, Carra le jeune, Loustalot ei autres journalistes populaires obtinrent les honneurs de la fête ; ils bravèrent le corps législatif en se moquant de sa censure. L'atroce Marat osa même lui envoyer un plan de légis-* lation criminelle, et Ton permit à CamQIe de venir à la bari*e se plaindre de son dénonciateur.
Ce jeune énergumène , après avoir signalé les services que lui avait rendus son ami Robespierre, récusa le Cbâtelet, sous prétexte que, depuis plus de six mois , il dénonçait ce tribunal eomme coupable de lèse-nation. Malouet , indigné d'un pareil excès d'audace, se récrie sur l'indulgence de l'assemblée... < Si de tels hommes trouvent ici des défenseurs, ajouta-t-il, que ces défenseurs se lèvent, je les dénonce eux-mêmes... Puisque Camille veut que je lise son journal , je vais le lire ; osera-t-il le justifier ?» — « Oui , je Vose , » cria Camille du haut des tribunes, où il avait été se placer en quittant la barre. Ce manque de convenance souleva rassemblée, et força le président d'ordonner l'arrestation de Camille Desmoulins ; mais Robespierre, après l'avoir excusé, annonça qu'il s'était évadé, et cette affaire n'eut pour lui d'autre suite que d'accroître sa popularité.
Pétion , qui par esprit de parti employait tous ses efforts pour gagner la faveur populaire , combattit Malouet. < Il ne faut pas se persuader, dit-il, qu'une révolution soit un état de calme ; il est louable, dans l'insurrection générale d'un grand peuple, de favoriser son enthousiasme, et vous feriez aujourd'hui poursuivre comme criminels ces mêmes individus à qui vous devez le salut de la France? Vous ne pouvez, d'ailleurs, faire exécuter le décret qu'après avoir défini le crime de lèse-
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nation. » Sur la motion de Camus, on décida que tous les écrits qui avaient paru jusqu'à ce jour sur les affaires publiques, sauf celui de Marat, ne seraient pas poursuivis en justice. Peu de jours après, Marat publia un nouveau libelle» où il exhortait le peuple à dresser huit cents potences dans le jardin des Tuileries. Le député d'André venait d'obtenir qu'on sévit contre ce forcené ; mais Chapelier ayant fait jclbseryev qu'il fallait instituer le jury avant de faire des lois sur les crinaes de la presse, autorisa par là toute eqpëce d'écrits. Alors une foule d'hommes sans mission s'érigèrent en législateurs du monde ; les jacobins et les eordeliers redoublèrent d'audace pour corrompre le peuple et l'abreuver de leurs affreux poisons. Quoique ces factieux fussent loin de former la majorité de la nation, ils avaient un ascendant prodigieux, tant par la force de la populace qui les soutenait , que par l'aveu*» glement de la classe moyenne, qui se laissait entraîner par les flots soulevés contre la noblesse et le clergé.
Le duc d'Orléans arriva dans la capitale , de retour de Londres, l'avant- veille de la fête. Il eut l'audiice de se présen-* ter aussitôt chez le roi; sa vue provoqua le trouble et l'indi* gnation dans le château. Les femmes lui tournèrent le dos; les hommes le regardèrent avec un indicible mépris; le roi et la reine le reçurent avec la plus grande froideur.
Les fédérés , avant de quitter Paris , voulurent rendre leurs hommages au roi ;. tous lui protestèrent de leur fidélité et de leur dévouement. Le chef des fédérés bretons mit un genou en terre, et dit à Louis XVI en lui présentant son épée : Sire, je vous remets pure et sacrée l'épée de vos fidèles Bretons; elle ne se teindra que du sang de vos ennemis. Le roi, vive* ment ému y relève le chef breton , lui reqd son épée et l'em-
iTO mSDOIIUE DEniANŒ.
brasse, en lui disant qu'elle ne pouvait être mieux plaeie qu'entre les mains de ses fidties Bretons.
CHAPITBB XXXI.
L'assemblée. ^- Affaire de Nancy.
Barnave et ie8 deux Laœeth dirigeaient à eette époque le dub des Jacobins. Robespierre, Pétion» ^loine, Salles, Dumetz , souffraient impatiemment le joug des frères Lameth et de Barnave , épiant la première occasion de s'en af ranchir.
A la même époque , le club de 4 789 avait , pour principaux personnages , La Fayette , Bailly, Roederer, Dupont de Nemours, le duc de La Rocfaefoucault et Siéyès.
Parmi les travaux législatifs du mois d'août, l'assemUée nationale fixa les règles à observer pour les pensions et autres récompenses. Elle abolit &ï outre le droit d'aubaine, les apanages des fils puînés de France ; elle organisa les tribunaux de faimille et les justices de paix; enfin elle vota les dépenses des académies et sociétés littéraires.
Le 2 août, Bailly fut réélu maire de Paris. Dans la séance du 40, Barnave et Cazalès se dirent des mots blessants; une rencontre eut lieu le lendemain au bois de Boulogne ; deux coups de pistolet furent échangés; Barnave tira le premier; au second coup , la balle frappa au front Cazalès; heureusement la corne du chapeau amortit le coup , et la blessure ne fut pas grave. Alexandre Lameth était le témoin de Barnave, et M. de Saint-Simon cdui de Cazalès.
L'affaire la plus grave du mois d'août fut Tinsurrection de Nancy.
Trois régiftteirts, igà fiNnnaient la giraison» et um grande
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partie de la populaee, s'éuient eonstiuiés en eut de révolte GODtre les autorités ; ils avaient forcé et pillé Farsenal » le magasin à poudre et la caisse militaire; les membres de la municipalité avaient été menacés d'être tués s'ils ne leur procuraient de l'argmnt ; enfin ils avaient jeté en prison leurs officiers et le commandant de la place.
Un officier général, envoyé par le ministre de la guerre, arriva sur ces entrefaites avec un décret de l'assemblée; ouiis les soldats et la populace refusèrent d'obéir à ce décret. L'officier supérieur faillit même devenir victime de son devoir à remplir les ordres qu'il avait reçus; mais il tira l'épée, el parvint à se faire jour à travers ceux qui voulaient l'arrêter.
Cependant le marquis de Bouille * commandant de la pror vince» approchait de Nancy avec des troupes fidèles; son intention était d'exécuter le décret de l'assemblée. Il sWéta à une lieue et demie de la ville, pour publier une proclamation dans laquelle il invitait tous les bons citoyens à se réunir à lui et à lui livrer les chefe de la rébellion.
Cette proclamation étant restée sans efiet , il fit de nouvelles démarchespour éviter l'effusion du sang; elles furent inutiles. C'est alors qu'il se décida à employer la force : il pénétra dans Nancy par différents points. Les rebelles tirèrent les premiers; un combat sanglant s'engage ; mais les rebelles finissent par être complètement défaits, et M. de fouillé rétablit le département et la municipalité , et le règne des lois fut rétabli dans la ville.
A cette époque, des troupes autrichiennes traversaient encore la Lorraine pour aller comprimer l'insurrection des Belges (4). On saisit cette circonstance, si contraire à l'esprit na-
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tional , pour répandre le bruit que H. de Malseigne est ua général autrichien déguisé. Il n'en fallut pas davantage pour redoubler Tagitation et occasionner de nombreux attroupements ; le régiment du roi prend les armes et se propose d'arrêter le général qui part pour Lunéville; à peine sa fuite est connue , que cent cavaliers de mestre de camp le poursuivent; mais, auprès de Lunéville» des carabiniers les combat^ tent et les dispersent.
En m&ne temps on yenait de recevoir à Nancy un de ces journaux incendiaires envoyés dans les provinces pour faire envisager comme des conspirations toutes les mesures qui teidaient à étouffer les progrès de l'anarchie. Les réflexions de ce journal , combinées avec le départ de M. de Malseigne, provoquèrent une violente émeute; on bat la générale , les soldats courent aux armes , le lieutenant de roi Dénoue est arrêté et mis au cachot; les officiers qui avaient voulu le défendre subissent le même sort. Un autre incident vient augmenter le désordre. Des dépêches du prévôt général , adressées au prévôt de la Lorraine, sont interceptées par les soldats; elles contiennent Tordre de faire conduire hors du royaume les Suisses révoltés; ceux-ci, irrités de cet ordre, redoublent de fureur; le bas peuple se joint à eux, et, dans leur rage, ils forcent la maison du prévôt, et Tobligent à chercher son salut dans la fuite. L'insurrection venait d'éclater, lorsque les cavaliers revinrent de la poursuite de M. de Malseigne, en criant que leurs camarades avaient été massacrés.
Cette dernière nouvelle excite une telle irritation , qu'aussitôt trois mille hommes marchent sur Lunéville, dans l'intention de tailler en pièces les carabiniers. Ceux-ci se disposaient au combat , lorsque la garnison de Nancy leur envoya
une députation qui persuada aux carabiniers que M. de Malseigne les trahissait, qu'il était vendu h Tempereur; cette fable s'accrédita , et ces soldats , gagnés ou abusés , livrent leur général à la municipalité de Lunéville , qui , sous une forte escorte , le fit conduire à Nancy.
Cette ville était dans un désordre inexprimable. Le régiment de Châteauvieux exigeait une somme de deux cent mille livres, et celui du roi voulait encore un à-compte d'un louis par homme. Dès qu'on eut appris l'arrivée de M. de Malseigne , prisonnier, un détachement des trois régiments alla le recevoir et le conduisit en prison , au milieu d'une soldatesque mutinée qui ne cessait de proférer contre lui des cris féroces.
C'est alors que le marquis de Bouille , après avoir réuni dans Metz trois régiments suisses et les gardes nationales de Toul et de Metz, se disposa à marcher sur Nancy. Les autorités de cette ville, cédant aux instances des officiers, lui envoyèrent des députés qui , après avoir dépeint la servitude des administrations et des chefs de corps , le supplièrent d'employer toutes les voies pour amener une conciliation que l'on croyait possible. M. de Bouille répugnait d'en venir à de violentes extrémités ; retenu surtout par les préventions répandues contre lui, il avait demandé au ministre de la guerre que deux membres du corps législatif vinssent dans son camp , afin de prouver au peuple qu'il n'était que l'exécuteur des volontés nationales.
L'assemblée délibérait sur cette demande judicieuse , lorsque la garnison de Nancy continuait à opposer aux paroles de ^ paix une résistance obstinée. Elle exigea que la municipalité fit un appel aux citoyens et 4)ux carabiniers de Lunéville, pour, n* SÉRIE. T. m. 18
les engager à s'unir à elle. Pendant ce temps, BouQlé s'avance avec son armée , dont la force n'égalait pas celle des révoltés, qui, réunis à une partie de la population, s'élevaient au moins à dix mille hommes; sa marche était protégée par huit pièces de canon. Arrivé à deux lieues de Nancy , il s'arrête et fait signifier aux trois régiments retendue de ses pouvoirs, en leur accordant un délai pour se soumettre. Ces régiments lui ayant envoyé des députations, il les reçut avec dignité, et exigea que la garnison , après avoir mis en liberté MM. de Malsoigne et Dénoue, sortit de la ville et lui livrât les coupables , au nombre de quatre par régiment ; ensuite il se rapprocha de Nancy, et s'arrêta de nouveau pour attendre le résultat des négociations. Ces conditions semblaient être acceptées, et les soldats , que Ton croyait troublés, désunis, et surtout repentants, après avoir conduit au camp de M. de Bouille les o£Bciers dont il avait demandé la liberté, se retirèrent dans une prairie voisine qui leur avait été assignée.
C^ général , persuadé que son expédition aurait une issue heureuse, changea son ordre de bataille. Au lieu de diviser son avant-garde en deux colonnes, il la fit ranger sur une seule pour entrer par la porte Stain ville; mais un ramas d'étrangers , réunis à la populace et à une portion de la garnison qui s'était opiniâtrée à ne pas vouloir se soumettre, occupaient encore cette porte. Telle était la situation des choses , lorsque deux ofBciers vinrent annoncer à M. de Bouille la résistance qu'ils éprouvaient à faire exécuter la convention.
La tête de colonne , composée de gardes nationales, n'étant plus qu'à trente pas de la porte Stainville , somme les soldats qui kl gardaient de se retirer ; ceux-ci répondent par des cris de rtge , et se préparent à mettre le feu à une pièce chargée à
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mitraille. Alors un jeune officier breton, nommé Desilles, lieutenant de chasseurs au régiment du roi , quitte sa compagnie où il n'était resté que pour en prévenir les excès, et se précipite sur la lumière du canon. < Ce sont vos amis, criet-il à ses soldats , ce sont vos frères, rassemblée nationale les envoie : voulez-vous déshonorer le régiment du roi? » La noblesse de ses paroles , l'énergie de sa conduite ne peuvent fléchir les rebelles; ceux-ci s'irritent des moments perdus, et veulent arracher leur jeune officier de ce poste important ; mais Desilles se fait un appui du canon auquel il se cramponne. Les coups de baïonnettes n'arrêtent pas sa noble résolution , et il tombe couvert de gloire et de blessures.
Les révoltés, maîtres du canon que leur avait disputé Desilles , s'en servirent aussitôt. Le coup qu'ils tirèrent , suivi d'une décharge de mousqueterie , tua trois officiers et renversa plusieurs soldats de la garde nationale de Metz, qui , voyant tomber ses chefs, marche avec ardeur pour les venger, enlève le fatal canon , et enfonce la porte. Elle est suivie par les régiments suisses de Castella et de Vigier, qui , au pas de charge, se précipitent sur les soldats de Châteauvieux comme sur des traîtres qui déshonoraient l'antique fidélité de leur pays. Cette troupe, ayant pénétré dans la ville, fut assaillie de coups de fusil tirés des maisons par des forcenés retranchés aux fenêtres et aux débouchés de toutes les rues. Les corps campés dans la prairie, croyant qu'on avait profité de leur absence pour attaquer leurs camarades, s'ébranlent au bruit du canon et rentrent dans Nancy, malgré leurs officiers. De son côté, l'armée de de Bouille criait aussi qu'elle était trahie par la garnison , et se livrait aux transports d^un violent ressentiment.