‹ Histoire de FranceChapitre 32 sur 53 · mSTOlKE DE FilANCE · texte numérisé non relu

mSTOlKE DE FilANCE

La réststancc delà iroupe qui gardait la iJorle Slainville obligea les assaillants à reprendre leur premier plan d'attaque; tandis que la première division entrait par cette porte, la seconde se présentait à la porte Stanislas; et, après en avoir brisé la grille , elle s'avança à travers la fusillade qui partait des fenêtres. La garnison, persuadée qu'on lui avait tendu un piège, en concevait un désespoir qu'elle poussait jusqu'au délire. Une pièce d'arlillerie , braquée sur la place Royale, aurait foudroyé cette seconde colonne, si un officier de M. de Bouille n'eût tué le soldat qui allait y mettre le feu.

Au milieu de tant d'atrocités , on aime à recueillir quelques traits d'héroïsme. Ainsi la femme du concierge d'une des portes de la ville, à la suite d'inutiles efforts pour calmer .l'opiniâtreté des soldats , &'exposa à toute leur furie , en jetant un seau d'eau sur l'amorce d'un cnnon qu'ils avaient chargé. Tel est encore celui du jeune Bouthilier : en tombant d'un coup de feu , il entend qu'on va le porter à l'hôpital ; alors il recueille ses forces pour prononcer ces paroles dignes de Desilles, dont il avait toute la grandeur d'âme : « Si mes blessures sont mortelles , portez-moi sous les drapeaux du régiment ; c'est là que je veux mourir. »

Cependant les rebelles, chassés de poste en poste, n'offraient plus qu'une faible résistance; l'armée était maîtresse de la ville. Les soldats de Ghâteauvieux , obstinés à se défendre , étaient presque tous prisonniers ou hors de combat. Ceux de Mestre de Camp s'étaient retirés à une lieue de Nancy. Les quatre bataillons du régiment du roi, rentrés dans leur caserne, furent contenus par leurs officiers , qui parvinrent entin à calmer leurs subordonnés; ceux-ci connurent enfin le repentir; ils conjurèrent les chefsd'intercéder pour eux auprès

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du général victorieux. Leur médiation eut un plein succès, tout rentra dans Tordre; les autorités municipales, que les révoltés avaient cassées, furent rétablies. Les militaires français et tous les gens du peuple , pris les armes 'à la main , obtinrent leur grâce ; mais le gouvernement suisse montra plus de fermeté ù Tégard du régiment de Châteauvieux ; vingttrois soldats furent fusillés , et un plus grand nombre condamné aux galères.

Les jacobins , consternés de la défaite qu*ils venaient d'éprouver, affectèrent de grands sentiments d'humanité ; ils crièrent au massacre du peuple , et gémirent sur la perte de tant de citoyens et de soldats égorgés ; ils s'élevèrent surtout contre le c}H)ix qu'on avait fait de M. de Bouille ; à les entendre, un chef patriote aurait fait mettre bas les armes aux régiments sans tirer un seul coup de fusil ; puis ils se disaient entre eux: « Pourquoi n'a-t-il pas attendu les commissaires qu'il avait demandés? pourquoi ne s'est-il pas trouvé à la tête de l'avant- garde pour aplanir les difficultés qui se sont élevées? Sans doute il a agi d'après un décret, mais la proclamation de rassemblée nationale ne prouve-t-elle pas que ce décret lui a été arraché par surprise? »

L'assemblée semblait abandonner Bouille, bien qu'il eût agi d'après ses ordres ; elle voyait avec inquiétude les éloges décernés par l'opinion publique à un royaliste aussi prononcé. Cazalës embrassa sa défense dans le cours d'une lohgue discussion , et sur laquelle on revint quatre mois après. Jamais l'orateur ne déploya plus d'énergie.

Malgré les clameurs qui taxèrent M. de Bouille de cruauté , sa conduite irréprochable lui talut du gouvernement des félicitations , des éloges , et bientôt il devint l'espérance du parti

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monarchique. Alors la colère des jacobins se tourna contre les ministres ; pour soulever contre eux ropinion publique , on les accusa d'avoir fait passer de faux renseignements à l'assemblée. Robespierre le dit à la tribune; il reprocha à^M. de Bouille la lenteur qu'il avait mise à prêter son serment à la constitution : < Le despotisme et Taristocratie , dit-il , se sont servis de son armée pour agir contre des soldats dont le patriotisme a fait toute Terreur. »

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