‹ Histoire de FranceChapitre 33 sur 53 · CHAPITRE XXXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXn

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Ces discours devaient provoquer une émeute; elle eut lieu en effet : quarante mille hommes se réunirent aux Tuileries et autour de la salle de l'assemblée pour demander à grands cris le renvoi des ministres. Au milieu de la sédition , les uns proposent de cerner leurs hôtels , d'autres de garder les barrières pour les empêcher de sortir de Paris. Tout à coup une voix rrie : Allons à Saint-Cloud , où se trouvait alors le roi. Mais ce cri ayant été inutilement répété , on se décida à envoyer une députation à la barre de l'assemblée; elle ne fut point admise; les clameurs qu'on vociférait sur la terrasse des Feuillants jetèrent un tel effroi parmi les députés , que plusieurs d'entre eux qui siégeaient au côté droit passèrent vers la gauche.

La populace ne se borna pas à pousser des cris séditieux : dans son ressentiment contre M. de la Tour-du-Pin, elle s'ameuta autour de son hôtel et se disposait à l'envahir. Tout faisait craindre que cette extrême fermentation n'amenât dans Paris les mêmes désastres qu'à Nancy; mais la courageuse

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pati6nce de la garde nationale étouffa cette crise. La majorité de l'assemblée ne se laissa pas non plus dicter le décret qu'elle était appelée à prononcer. Frappée des dangers où l'indiscipline de Varmée avait plongé la patrie , elle voulut y mettre un terme. Dans Tintérét de l'état , elle surmonta sa répugnance pour Tobéissance passive , et vota des remerciments à M. de Bouille, aux gardas nationales, aux troupes de ligne, aux autorités civiles de la Meurthe et à la municipalité de Nancy. En même temps des commissaires furent envoyés dans cette ville pour réparer les calamités dont elle avait été le théâtre. Ces médiateurs , pénétrés des principes de la constitution et delà véritable liberté, ramenèrent les esprits, rapprochèrent les opinions et concilièrent les intérêts. Leurs recherches sur les causes et les circonstances de ces malheureux événements furent peu favorables à la municipalité de Nancy qui , dans le danger, montra une faiblesse condamnable; aussi l'assemblée rétracta , par un décret, les éloges prématurés qu'elle lui avait donnés.

Les jacobins^ qui youlaient établir leur empire sur l'anarchie, continuèrent le cours de leurs injures contre H. de Bouille. Quoiqu'il eût châtié des hommes soulevés par esprit de cupidité , ils l'appelèrent traître et J)ourreau des patriotes. Ses s^ffections secrètes pour la cour n'étant pas encore bien connues , les constitutionnels lui rendirent justice. La Fayette n'hésita point à le louer ; tous convinrent qu'il avait rendu à la France un service signalé en donnant , dans un moment de défiance et d'agitation , un grand et terrible exemple , si nécessaire pour rendre à la discipline sa salutaire vigueur.

Enfin la patrie paya, aux citoyens qui périrent pour la dé-

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fense des lois , un juste tribut de reconnaissance; elle honora leur mémoire en votant une fête funèbre , qui fût célébrée au au Champ de la Fédération avec une grande solennité. Des offrandes sans nombre secoururent leurs veuves et leurs orphelins; Faction du jeune Desilles, lâchement égorgé pour avoir donné l'exemple d'une vertu romaine , inspira le plus vif enthousiasme : son nom glorieux fut cité avec transport dans toute la France ; les beaux-arts célébrèrent à l'envi son immortel dévouement.

En annonçant le désastre de Nancy, Marat , dans son Ami du peuple , avoue qu'un grand nombre de pauvres s'étaient joints aux soldats, c Ce qui confirme , ajoutait Marat, une grande vérité pour l'histoire de notre révolution , c'est que la classe des citoyens infortunés (les mendiants] est la seule qui soit patriote comme la seule qui soit honnête; c'est le rebut du genre humain, dit la canaille à la cour, c'est la seule partie saine de la société. »

La faction anarchique ne s'en tint pas à des injures dans ses journaux , elle excita un mouvement de la populace. La foule courut à l'assemblée nationale pour faire entendre les cris : à bas les ministres ! Un autre attroupement se porta sur l'hôtel du ministre de la guerre ; mais il le trouva gardé par un fort détachement de troupes et deux pièces d'artillerie , mèche allumée.

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