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CHAPITRE XXXIII

Démission de M. Necker.

Necker donna sa démission le 4 septembre. L^attroupement du 2 septembre, qui demanda le renvoi des ministres , en fut la cause ou le prétexte (1).

(1) Les ministres n*étant pas admis k siéger dans l*assemblée, étaient réduits fa un rdle aussi singulier que dangereux. Recevant des décrets et des masses de décrets pour être soumis li la sanction royale , ils furent dans la nécessité de suspendre cette sanc-, tion dans plusieurs circonstances , et de présenter fa l'assemblée des mémoires , des notes , des obserrations , des remontrances où 'ils sollicitaient des explications et des modifications dans ces décrets. II fallair, dans un tel conflit, ou que la dignité royale fât compromise, ou que rassemblée nationale fltTaveu d'une erreur. Mais un corps législatif ne se soumet guère fa recevoir des leçons; et les ministres étaient souvent mandés fa la [barre et réprimandés pour avoir osé remplir le premier devoir de leor place.

Le 6 novembre 1789 {Courrier de Provence , n* 63), M. de Mirabeau fit une motion pour donner aux ministres une voix consultative , et requérir leur présence dans l'assemblée. Ses arguments étaient les mêmes que ceux que nous venons de citer, en y joignant tontes les insinuations oratoires qui pouvaient flatter Torgueil de ceux qu'il voulait convaincre.

« Dira-t-on que rassemblée nationale n*a nul besoin d'être informée par les ministres? Mais-où se reunissent d'abord les faits qui constituent l'expérience du gouvernement? N'estrcepas dans les mains des agents du pouvoir exécutif? Peutron dire que ceux qui exécutent les lois n'aient rien fa faire observer fa ceux qui les projettent et qui les déterminent? Les exécuteurs de toutes les transactions relatives fa la chose pnbliqoe , tant intérieures qu'extérieures , ne sont-ils pas comme un répertoire qu'un représentant actif de la nation doit sans cesse consulter? Et où se fera cette consultation avec plus d'avantage pour la nation , si ce n'est en présence de l'assemblée? Hors de l'assemblée , le consultant n'est plus qu'un individu auquel le ministre peut répondre ce qu'il veut , et même ne foire aucune réponse. L'interrogera-t-on par décret de l'assemblée ? Mais alors on s'expose fa des délais , fa des lenteurs , fa des tergiversations , fa des réponses obscures , fa la nécessité, enfin, de multiplier les décrets, les chocs, les mécontentements, pour arriver fa des éclaircissements qui , n'étant pas donnés de bon gré , resteront toujours incertains. Tous ces inconvénients se dissipent par la présence des ministres. Quand il s'agira de rendre compte de la perception et de l'emploi des revenus , peut-on mettre en comparaison un examen fait en l'absence du ministre , avec on^ezamen qui sera fait sous ses yeux? S'il est absent, chaque

La populace insulta Necker après sa retraite : on placarda des épigrammes à la porte de son hôtel, et une caricature représentait le ministre réfléchissant sur les produits de

question qu'il panttra nécessaire de loi adresser, deviendra Tobjet d*im débat; tandis que, dans l'assemblée , la question s'adresse li Tinstant même an ministre par le membre qni la conçoit. Si le ministre s'embarrasse dans ses réponses , s'il est coupable , il ne peut échapper à tant de regards fixés sur lui , et la crainte de cette redoutable inquisition prévient bien mieux les malversations que tontes les précautions dont on pourrait entourer un ministre qui n'a jamais à répondre dans l'assemblée. Où les ministres pourront-ils combattre avec moins de succès la liberté du peuple? Où p ropo- ' seront-ils avec moins d'inconvénient leurs objections sar les actes de législation? Où leurs préjugés , leurs erreurs , leur ambition , seront-ils dévoilés avec plus d'énergie ? Où contribueront-ils mieux à la stabilité des décrets? Où s'engageront- ils avec plas de solennité li leur exécution? N'est-ce pas dans l'assemblée nationale ? «

Les objections furent toutes tirées de la crainte de l'inflaence ministérielle ? On eât dit que ces hommes qui venaient de faire une révolution , allaient tous devenir hambles et tremblants , s'ils avaient à parler en présence d'an ministre du roi. M. de Noailles fit un tableau burlesque du parlement britannique , où il représenta le chancelier de l'échiquier, au milieu de la troupe qu'il a enrôlée , distribuant les fonctions , assignant les postes , prescrivant la parole ou le silence , observant de l'œil qui l'on doit récompenser, qui l'on doit punir, dirigeant li son gré toutes les évolutions de sa bande mercenaire.

L'un des membres les plus distingués, M. Clermont-Tonnerre , fit un dernier effort pour soutenir la motion du comte de Mirabeau. « On oppose à l'admission des mbistres le nom de liberté! Mais il ne faut pas regarder le pouvoir exécutif comme rennemi de la liberté nationale. Je ne vois que des avantages fa admettre des ministres dans l'assemblée, avec voix consultative (car la voix délibérative n'appartient qu'à ceux qni la tiennent de leurs commettants). Nous avons gémi longtemps sous des ministres ineptes , qui sont le fléau le plus humiliant pour une nation ; mais des ministres ineptes , appelés fa soutenir l'épreuve et l'éclat des délibérations publiques , seront chassés dans quatre jours. Leurs palais sont les asiles de leur ignorance ; ils ont Ifa mille moyens d'en imposer et d'échapper aux regards des citoyens ; ils sont entourés de flatteurs, de commis, de protégés qui se croient honorés d'un coup d'œil; mais, au milieu de l'assemblée nationale , ils verront des hommes , ils seront forcés de savoir et de faire eux-mêmes leur métier de ministres ; s'ils ont des talehts et des vertus , ils ne sont point fa craindre ; s'ils ont des talents et des vices , ils seront démasqués ici par des talents égaux. Quant aux brigues , fa l'influence , aux traités secrets , tout ce trafic est dangereux dans l'assemblée , et ne l'est point dans le silence du cabinet. (iÇ mal qu'on ne voit pas est toujours le plus funeste. La présence des ministres, loin d'iyouter fa ce danger, le diminue. »

Un d^uté breton proposa une motion directement contraire; non content que celle

Fagiotage. Deux années auparavant , Necker était Fidole du peuple ; la révolution n'aurait pas marché sans lui. On l'avait imposé en quelque sorte au roi. Sa première retraite fut un jour de deuil : elle faillit amener les troubles les plus graves; les théâtres furent fermés, et son buste porté en triomphe dans les rues ; sa démission n'excita que riïidiflférence publique. 11 fut même arrêté 'à Arcis-sur-Aube par la municipalité ; mais un ordre vint de l'assemblée nationale de le remettre en liberté avec un passeport pour continuer son voyage en Suisse.

« Soutenu par le souvenir de son ancien ascendant , dit M. Labaume, Necker n'avait cessé d'adresser des mémoires à l'assemblée pour combattre ces décrets et lui donner des conseils ; mais sa voix, méconnue par des hommes épris de leurs propres théories^ se perdait au milieu des clameurs publiques. Toutefois la dignité de son caractère ne pouvait se prêter à cette politique mobile et mesquine, qui prolonge pendant quelques jours l'existence des ministres décrédités. Sa fierté dédaigna d'entrer en lice contre ses adversaires , et il ne voulut jamais changer de système pour en adopter un autre, à la vérité plus vaste, plus h»rdi, mais dont sa prudence timide lui faisait redouter l'application. Privé de la confiance publique, sans laquelle un ministre ne peut plus administrer, quels que soient ses talents, il ne comprit plus rien à des réformes qu'il

de Mirabeau eût été rejetée , il demanda qu'aucun membre de rassemblée ne pût parvenir au ministère dorant la présente session. Le bruit s'étaif répandu que le roi voulait appeler M. de Mirabeau dans son conseil ; et la question , de politique qu'elle était d'abord , était devenue purement personnelle. On peut voir, dans le Courrier de Prûvenee, la réponse que fit le député d'Âix au député breton. C'est un modèle d'esprit , de raison , de sarcasme ; mais les passions étaient enflammées , et l'exclusion fut prononcée. {TacUçue des assemblées, TpuBenihsm. — Note de M. Dumoot.)

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pensait avoii' parfaitement conçues , et qu'il s'était flatlé de diriger avec calme et sécurité : erreur d'un bon homme qui crut que l'esprit révolutionnaire n'avait abaissé un roi que pour élever un ministre !

Son trouble et son effroi redoublèrent lorsqu'il entendit son nom diffamé dans tous les discours , calomnié clans tous les écrits ; déjà une affliction concentrée s'était emparée de lui : , des travaux continuels , et plus encore les chagrins de tout genre dont il était abreuvé, avaient visiblement altéré sa santé ; un regard triste, un front soucieux , une attitude consternée , révèlent ses souffrances morales, et le forcent enfin à renoncer pour toujours aux affections populaires dont il avait été le généreux martyr; Pour mettre un terme à son tourment, il envoya sa démission au iirésident de l'assemblée; elle fut acceptée sans qu'on daignât y mêler un seul regret , une seule expression d'intérêt et d'estime : indifférence cruelle pour l'homme vain qui s'était flatté de gouverner une assemblée dont il était le créateur ! Les illusions de l'amour-propre , les chimères de l'ambition, en se dissipant comme une ombre , le livrèrent à la douleur d'avoir si mal connu les hommes , et de ne pouvoir flus, comme autrefois, ennoblir sa disgrâce en l'attribuant à des intrigues de cour.

Cette épreuve ne fut pas la seule qu'on fit subir à la sensibilité de Necker. On excita le peuple contre lui, et les derniers moments de son ministère furent marqués par des scènes qui prouvèrent que la multitude, aussi ingrate que les rois, est encore plus cruelle envers s^s anciens favoris. Lors de son dernier rappel , on avait mis au-dessus de la porte de son hôtel cette inscription : Au ministre adoré; avant son départ, elle fut enlevée par une troupe furieuse , qui mit en place des

épithètes outrageâmes. Et cet homme , qui un an auparavant avait éclipsé la majesté royale, fut obligé de recourir cYla force publique pour se garantir des violences dont on le menaçait. Sur le soir, il quitte Paris clandestinement pour se rendre à sa maison de Saint-Ouen. Son arrivée nocturne excite une grande rumeur dans le village ; Nécker en est alarmé, et il erre jusqu'au jour dans la vallée de Montmorency, sans pouvoir trouver un asile.

Il déclara en partant qu'il laissait au trésor deux millions prêtés par lui sans intérêts depuis douze ans, ainsi que son hôtel et son mobilier, pour gages de l'intégrité de son aidministration. Plusieurs sections , ne se fiant pas à la délicatesse d'un ministre qui avait servi sans émoluments sa patrie adoptive, voulurent s'opposer à son départ jusqu'à l'apurement de SCS comptes. Mais les chefs de chaque parti , impatients de le voir quitter la France, repoussèrent cette demande.

Il partit pour la Suisse. Arrêté dans la ville d'Arcis-sur- Aube, on le considéra comme un transfuge emportant les tirésors de la France. Peu s'en fallut qu'il n'éprouvât le sort funeste dont il avait, sur cette même route, préservé M.,de Bezenval ; il écrivit à l'assemblée nationale pour réclamer sa liberté, et , après de longs débats , on consentit à le laisser simplement jouir des droits de l'homme. Muni du nouveau passeport de l'assemblée, il continue son voyage ; mais, arrivé à Vesoul, la populace entoure sa voiture, et prononce contre lui des menaces effrayantes : on brise ses malles, et il ne manque qu'un léger prétexte pour consommer un grand crime. Pendant cinq heures, lui et les siens demeurèrent placés sous le fer des assassins ; le danger fut tel , qu'ils promirent [d'accomplir des vœux religieux s'ils sortaient sains et saufs d'un

royaume qu'ils avaient naguère traversé sous des arcs de triomphe.

Rentré au sein de la vie privée , Necker vécut à Coppet , où il s'était formé la retraite d'un sage, contemplant de loin notre sanglante révolution, qu'il eût été plus propre à observer qu*à bien conduire ; aussi, Burcke Ta-t-il parfaitement jugé, en disant de lui : Ah ! si sa pratique eût valu sa théorie ! Toutefois, sa philosophie ne put surmonter l'amertume de sa disgrâce, et, dans le livre qu'il écrivit sur son administration , il ne montra la France perdue que parce qu'elle était privée de ses lumières. Ulcéré de l'injustice des hommes, il annonça qu'il élèverait un poteau d'infamie^ auquel l'assemblée nationale demeurerait attachée pour crime d'ingratitude. Cependant les fautes de cette assemblée n'avaient été que la conséquence des siennes ; cette communauté d'erreur, d'oubli et de faiblesse aurait dû le porter à s'exprimer avec moins d'acrimonie ; car on pouvait lui renvoyer le reproche qu'il faisait à nos législateurs : « d'avoir eu un goût de jeunesse pour les choses nouvelles, un désir glorieux d'ori ginalité, une répugnance vaniteuse pour toute espèce d'imitation , enfin , une confiance crédule aux projets tracés par la théorie, et un mépris inconsidéré pour les réalités gravées par l'expérience. »

Après le départ de Necker, on continua à délibérer sur la grande question de la liquidation de la dette nationale au moyen des assignats ; et, en y comprenant le remboursement des charges, il fut reconnu qu'elle s'élevait à plus de deux milliards. La discussioîi fut longue, animée; MM. de Montesquieu , Custines , Freteau , Duport , Bergasse , Chapelier , y prirent part ; les députés Bannier, Decretot, Prugnon , et les abbés Eynoiard et d'Abbecoùr, quoique moins connus, se fireàt

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remarquer par des discours pleins de savoir et d'éloquence; mais ceux de Bamave, de Tabbé Maury, et surtout de Mirabeau, jetèrent de vives lumières sur une question qui intéressait toutes les classes de la société, et qui embrassait les intérêts les plus chers de l'état.

L'assemblée nationale venait de prononcer la tilôture de cette longue et orageuse discussion , lorsque d'Ëpréménil , revenant sur cet objet, proposa de verser à la caisse d'escompte six cent millions de papier-monnaie, outre les quatre cent millions déjà créés, et qu'elle paierait à bureau ouvert ; de déclarer que la nation acceptait l'offre de quatre cent millions faite par le clergé, qui, à cette condition, rentrerait dans tous ses biens ; que la justice reprendrait son ancien cours, et les propriétaires leurs droits , sauf les servitudes personnelles et |iriviléges pécuniaires; qu'on continuerait à percevoir les impôts comme par le passé , à l'exception de la gabelle et du franc-fief. Enfin, pour opposer un frein aux crimes déchaînés de la révolution, d'Épréménil demanda aussi le rétablissement des juridictions prévotales , et l'augmentation du corps de là gendarmerie, qu'il appela toujours maréchaussée.

La lecture de ce piojet, souvent interrompue par des huées, des cris et les explosions d'un violent mécontentement, fut à peine finie, que la salle parut transformée en une arène de gladiateurs; trente membres, émus par la colère, maudissaient la majesté du lieu qui retenait leurs bras ; l'un voulait en* voyer l'orateur aux aliénés , l'autre au comité des recherches, pour avoir proposé de rentrer dans les voies de l'ancien régime, c La folie et le délire, s'écria le vicomte de Montmorency, peuvent seuls excuser un projet qui mériterait la sévérité de l'assemblée. » Gazalès ayant demandé s'il était permis à un

Gdogle

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membre d'en insulter un autre , Charles Lamclh lui répliqua avec feu : c Quoi ! au milieu des bruits qui se répandent d'une réunion des parlements, de conspirations, de projets d'enlever le roi, on ne pourra ridiculiser l'auteur d'un projet insensé, d'un projet que tous les bons esprits doivent considérer comme le produit d'une imagination en délire ! Les espérances de nos ennemis sont plus fortes que jamais, nous n'avons pas un moment a perdre. Le péril est extrême, il faut la coalition de tous les bons citoyens. » ^

A peine Charles Lameth a-t-il fini de parler, que Coroller, l'un des députés bretons les plus révolutionnaires , s'écrie : c Qu'on amène H. d'Épréménil à la barre ! qu'on le traîne en prison ! » Celui-ci veut reprendre la parole ; mais , au milieu de cette mer agitée, les vagues frémissantes couvrent sa voix. Lorsque le calme eut succédé à l'orage, les députés voués à la démocratie firent passer un décret qui anéantit le projet de d'Épréménil, et accrut la force de la révolution dont il voulait arrêter le cours. Une émission de huit cent millions d'assignats . fut accordée avec cette clause qu'on pourrait rembourser les capitaux en papier, lors même qu'il aurait été stipulé que ce remboursement se ferait en argent. La valeur totale des assignats en circulation consacrés à l'acquit de la dette publique non constituée ne devait , en aucun cas, excéder la valeur des biens nationaux, ni même dépasser douze cent millions.

L'archevêque de Bordeaux et M. de Saint-Priesl, après avoir partagé avec M. Necker les dangers et les tortures d'un ministère impuissant et avili, dès qu'il se fut élpigné , espérèrent se rendre les maitres du conseil; croyant toujours que la révolution n'était qu'une œuvre passagère, ils voulaient se trouver là , tout établis » afin de recueillir les premiers fruits

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cVun mouvement conUaire. Mais la haine des deux pariis opposés éleva contre eux des accusations si graves , qu^elles obligèrent rassemblée à consulter les comités réunis. Ceux-ci, cédant aux vœux tant de fois exprimés par Barnave , Duport et les Lameth , déclarèrent que la faiblesse du gouvernement prenait sa source dans la méfiance que la nation avait conçue contre les premiers agents du pouvoir, et qu'il convenait de représenter au roi que la défaveur des ministres opposait le plus puissant obstacle à l'ordre public et à rétablissement de la constitution.

A ce sujet, il s'élevs^ un débat très-vif entre les deux côtés de rassemblée; les ministres furent succes^^ivement attaqués et défendus; mais, en cette occasion , Cazalès, s'abandonnant aux élans de sa vive éloquence, s'écarta de l'esprit de rectitude qui, tant de fois, l'avait éclairé sur les questions les plus difficiles. Dangereux flatteur de l'exaltation royaliste , qu'il avait eu souvent la sagesse de modérer, il ne tint point compte aux ministres des circonstances déplorables sous lesquelles ils étaient placés, ni des obstacles invincibles qui les avaient arrêtés. Cet acharnement à les poursuivre dénotait assez que le parti dont il était l'organe ne leur pardonnerait jamais d'avoir transigé avec la révolution.

La majorité de l'assemblée se rangea de l'avis de Malouet , de Clermont-Tonnerre et de Cazalès lui-même , en décidant que, d'après l'esprit de la constitution, le roi était libre dans le choix de ses ministres , qu'il fallait les supporter tant qu'on ne pouvait pas les mettre en accusation. L'appel nominal ayant été demandé, les conclusions du rapport des quatre comités furent rejetées à la majorité de quatre cent trois voix sur trois cent quarante.

»• SÉRIE. T. m. 19

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Le côté ffLUChe de TasBeniblée , fatigué de la violente opposition du côté droit, impatient surtout d'arriver à son but, feignit d'agir au nom de la nation, dont il se disait l'unique mandataire, pour mettre en mouvement la commune et les sections de Paris, qui se considéraient comme ayant une autorité souveraine. Danton , chef du district et du club des Cordeliers, fut choisi pour être leur formidable organe. Né pour les discordes civiles, nous ne l'avons encore fait connaftre que par son immoralité. .Sa physionomie hideuse, au dire de lui-même, était âpre comme la liberté, et ses formes de gladiateur l'avaient fait surnommer le Minotaure de la révolution ; que l'on joigne à ce physique effrayant le tonnerre de sa voix,, portant dans l'esprit de ceux qu'elle ne pouvait convaincre une émotion terrible que provoquait une élocution pleine d'hnages gigantesques, de violentes apostrophes, et l'on aura une idée juste du personnage dont Mirabeau se servit quelquefois comme d'un soufflet de forge pour enflammer les passions populaires, lorsqu'il voulait effrayer la cour par la crainte des insurrections.

La pétition que Danton présenta à la barre de l'assemblée contre UM. de Saint-Priest, Champion de Qcé et la Tour-du- Pin , était, à l'égard des deux derniers, un tissu de calomnies, d'imputations dénuées de toutes preuves, enfin un vrai modèle de cette déraison turbulente qui trouble la société et bouleverse les états. 11 demanda que leur procès s'instruisit immédiatement sur la dénonciation formelle des districts parisiens.

C'était la première fois que le parti populaire intervenait d'une manière aussi directe dans une question de gouvernement; le président, au lieu de repousser une démarché à la

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fois inégale et téméraire , répondit à Danton que Tobjet de sa demande serait pris en considération , et que le chef suprême de la nation ne le repousserait pas. En lui accordant les honneurs de la séance, il lui permit d'assister à la discussion. La plupart de ceux qui accompagnaient Danton étant couverts des livrées de la misère , le marquis de Laqueille les qualifia de sans-culottes; ce nom » donné par le mépris, devint aussitôt un titre d'honneur qu'adoptèrent les jacobins et les cordeliers.

Les ministres , voyant l'impuissance de l'autorité royale et la faiblesse de l'assemblée nationale , qui n'hésitait à prononcer leur destitution qu'afin de les mettre à l'abri du ressentiment de la populace , se décidèrent tous , à l'exception de M. de Hontmorin, à donner leur démission au roi, qui ne Taceepta qu'à regret. Duport du Tertre, ancien avocat au parlement, fut nommé garde-des-sceaux ; c'était un ardent zélateur de la constitution , mais très^attaché à ses devoirs et plein d'honneur et de délicatesse. Cahier de Gerville remplaça M. de Saint-Priest, Duportail obtint le ministère de la guerre ; la marine fut confiée à Fleurieu , et les finances à Lambert , qui bientôt après fut remplacé par Delessart , mattre des requêtes.

Quoique les nouveaux ministres fussent beaucoup plus disposés que leurs prédécesseurs à marcher dans le sens constitutionnel, ils étaient à peine installés que les clubs, analysant les droits que chacun d'eux avait à la confiance publique, n'en trouvèrent aucun digne de leur estime. Fleurieu et Lambert furent suspectés de pencher pour l'aristocratie, et quoique Moutmorin fût sorti pur de l'enquête sévère des comités , il n'eu fut pas moins en batte à l'honorable haine des factieux,

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irrités de ce qu'il avait conservé dans les ambassades les anciens agents diplomatiques ; car eux-mêmes aspiraient déjà aux places les plus éminentes; nul ne leur convenait, si ce n'est Marat, Danton, Fréron ou Camille Desmoulins. Duportail était un ami de La Fayette ; instruit par lui du caractère et des opinions de M. de Bouille, son premier acte administratif fut de restreindre les pouvoirs confiés à ce général : cette circonstance, comme on le verra par la suite , devint fatale aux projets ultérieurs que le roi avait conçus pour s'affranchir du joug des démagogues.

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