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CHAPITRE XXXV

Affaire du parlement de Toolonse. — Eut de l'Europe et de la Fraace.

Dans la séance du 5 octobre, le garde-des-sceaux lut un Mémoire dans lequel il rendait compte d'un arrêt de la chambre des vacations du parlement de Toulouse, qui déclarait nuls et non avenus les décrets de rassemblée qui supprimaient toute Tancienne hiérarchie judiciaire.

Un rapport eut lieu sur cette affaire dans la séance du 8. L'assemblée rendit un décret portant que « tous les membres de la chambre des vacations du parlement de Toulouse , y compris le procureur-général, seraient traduits devant un tribunal, qui serait incessamment créé pour juger les crimes de lèseiiation , et que le roi serait prié de donner sans délai des ordi-es pour s'assurer de leurs personnes. »

Ce fut M. de Éroglie, ministre du roi, qui dénonça cet arrêt à rassemblée, eu ajoutant, pour le flétrir, qu'il était audessus de toute qualificution. Eh bieiî-, ce furent les mêmes expressions qu'employa le tribunal révolutionnaire au mois de juin 1793 , quand il coîidamna à mort tous les membres du parlement de Toulouse ! Vingt-six magistrats périrent ce

(i) M. Laliaumei

jour-là sur Véchafaud ; et deux mois après , le duc de Broglie lui-même fut traduit devant le même tribunal, accusé du même délit, condamné et exécuté !...

Dans le mois d'octobre, l'assemblée nationale adopta le décret présenté par M. de Menou , tendant à substituer au drapeau blanc le drapeau tricolore. C'est encore dans ce mois que les mulâtres de la partie nord de Saint-Domingue se soulevèrent.

Le mois de novembre vit un duel qui excita un grand soulèvement dans le parti révolutionnaire. Charles de Lâmeth se battit avec le duc de Castries, et fut grièvement blessé.

Comme le vaincu était un des chefs du club des Jacobins , la populace courut à Thôtel du duc de Castries, oii elle brisa et jeta tout par les fenêtres. La garde nationale, avec La Fayette, arriva trop tard.

La commune de Paris demanda , à cette occasion , une loi contre les duels. La presse révolutionnaire prodigua l'outrage au duc de Castries et à ses amis politiques ; elle publia qu'il existait une ligue de spadassins pour se débarrasser des meilleurs patriotes, tels que Charles Lameth, Menou , Robespierre, Barnave, Rabaud, Rœderer, etc., etc.

L'esprit révolutionnaire fit de grands progrès dans ce même mois, grâce à ses clubs et à ses journaux.

La Pologne , la Belgique et le pays de Liège sympathisaient plus ou moins avec le nouvel ordre de choses établi en France. Les Polonais mettaient à profit la guerre de la Russie contre la Suède et la Sublime-Porte pour rétablir leur constitution. L'Angleterre et la Prusse, qui craignaient l'ambition de Catherine II, contribuaient à assurer cet état à la Pologne. Frédéris^ Quillauitie traita même avQC clU lé 89 mars ilW\

L'empereur Joseph II avait eu sur les bras rinsurrection des provinees Brabançonnes. L'insurrection fit de tels progrès, que, le 4 4 janvier 4 790, une assemblée de députés se forma à Bruxelles, qui proclama la déchéance de Joseph II, et constitua les provinces sous le titre d'Etats Belgique-Unis.

Mais cet état ne se soutint pas; à Joseph II succéda Léopold; le nouvel empereur envoya en Belgique une armée sous le commandement du maréchal de Bender. Â son approche, les chefs de rinsurrection prirent la fuite, leurs troupes se débandèrent, et tout en Belgique fut rétabli sur l'ancien pied. Mais les victoires que les généraux de Catherine II gagnèrent sur les Turcs et les conquêtes qui en furent la suite, portèrent une première et grave atteinte k la balance européenne établie en 4 664 par le traité de Weslphalie. La Pologne alors crut devoir traiter avec la Porte et entra dans le système de la Prusse et de l'Angleterre contre la Russie. L'Angleterre signa un traité avec l'Espagne , et la bonne intelligence fut rétablie entre les deux états.

L'assemblée nationale devint de plus en plus révolutionnaire.

I..es ouvrages licencieux et les gravures obscènes augmentèrent d'une manière effrayante.

Les doctrines les plus anti-sociales étaient proclamées au grand jour ; des écrivains firent publiquement l'apologie du régicide. On réclamait le divorce et une plus grande liberté pour les femmes.

Voltaire et Rousseau étaient les dieux du jour. On comptait dans Paris quinze cents maisons de jeu , et pas une rue oii il n'y eût une maison suspecte.

Rien de plus commun alors que les vols à main armée,

que les malversaUons des fonctionnaires publics; les faux en matière de billets et de commerce, les incendies, le pillage et les assassinats dépassaient toute idée.

D*un autre côté , les clubs se préparaient à une guerre à outrance, et Tirritation était au comble entre toutes les nuances de royalistes et les jacobins.

La littérature était devenue toute politique. L'Académie passait pour aristocrate. Les journaux et les libelles portaient les titres les plus bizarres, tels que ceux-ci : Deo grattas, le journal de la Râpée, le Tailleur patriote, la Passion de Louis XVI, roi des Juifs et des Français. Le théâtre avait pris également une couleur toute politique , on y jouait : le Procès de Sacrale , le Point d'honneur, les Rigueurs du cloître , la reprise de Guillaume Tell, etc. , etc.

Deux almanachs parurent dans les derniers mois de 4 790 : YAlmanaehdu Père Dut;hesne et celui des Aristocrates; nous ne parlerons pas du premier, Topinion et le style de son auteur sont trop connus, et sa mémoire est abjecte. Quant au second , il faisait la guerre aux révolutionnaires, et remplaçait le nom des saints dans le calendrier par ceux des enragés de l'assemblée constituante. On y trouvait saint Gorsas le reptile; sainte guillotine, vierge; saint Samsçn , bourreau , dtoyen actif; saints réverbères patriotiques , et saints fripons de tous genres.

3i4 lUSTOIRE DE FRANCE.

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