CHAPITRE XXXVn
Départ de Mesdames. — Emeotes.
Le premier jour de l'an eurent lieu les compliments d* usage ; le président de l'assemblée nationale et le maire de Paris adressèrent, à cette occasion , des discours au roi.
Mais l'assemblée n'en trouva pas moins le temps de voter une loi sur le timbre , une autre sur la fabrication d'une nouvelle espèce de monnaie; enfin elle prit connaissance d'un état de la contribution patriotique de tous les départements.
Depuis quelques temps , la presse des jacobins ne cessait de signaler Timminence d'une guerre avec l'étranger. Alexandre de Lameth, président du comité militaire, présenta un aperçu des forces dont la France pouvait disposer ; cent mille soldats, au premier signal , seraient incorporés dans l'armée, et un mot de l'assemblée nationale pourrait aisément mettre sur pied trois cent mille gardes nationaux. L'orateur qui lui succéda à la tribune fut Mirabeau ; il fit un rapport sur la situation des puissances étrangères.
Rien de remarquable ne se passa dans les provinces ; il y eut une émeute à Strasbourg par suite du refus de ser-
U était spécifié que l'évêque ne pourrait faire aucun acte de jahdiction , en ce qui concernait le gouvernement du diocèse, qu'après en avoir délibéré avec eux. Pendant la vacance des sièges, toute l'autorité passait au premier vicaire épiscopal. On donnait aux curés le droit de choisir leurs vicaires parmi les prêtres ordonnés ou admis dans le diocèse , sans qu'ils eussent besoin de l'approbation de l'évêque. Tels étaient les principaux articles de cette comtitulion ewile du clergé, ainsi appelée, sans doute, pour faire croire qu'elle ne portait que sur des objets purement civils , tandis qu'elle statuait sur les matières les plus exclusivement dépendantes de rantorité spirituelle. L'un des principaux rédacteurs de cet acte était un avocat nommé Camus ; il était conuu par son attachement au parti désigné sous le nom d'appelant français.
(Suite 4a préaident Hénauit. )
ment; les femmes y jouèrent le principal rôle par Fardeur qu'elles mirent à défendre leurs confesseurs qui ne voulaient pas le prêter. Les habitants d'Avignon mirent le siège devant Qirpentras , et le château de Clarat, dans le Lot, fut incendié dans ce même mois de janvier.
Les travaux les plus importants de l'assemblée nationale, en février, furent l'organisation judiciaire , les questions de finances et une loi contre les émigrés et le comte d'Artois.
Des noms, qui devaient devenir plus tard horriblement célèbres, commencèrent à être remarqués dans ce même mois. Tallien fonda un club; le boucher Legendre revendiqua l'honneur d'avoir donné asile une année entière à Marat; Danton fut élu membre du département; CoUot d'Herbois etFabre d'Ëglantine donnaient des pièces au théâtre. Mais les personnages principaux de la révolution étaient Pétion et Robespierre.
Le bruit se répandit tout à coup que Mesdames, tantes du roi , allaient quitter Paris pour se rendre à Rome ; Tagitation fut grande dans le parti anarchique : les meneurs des sections se rendirent à la municipalité pour dénoncer le voyage de ces princesses ; l'abbé Mulot se présenta même le 1 4 à la barre de l'assemblée, au nom des sections, pour se plaindre de ce départ. Mais cette démarche le hâta. Mesdames sortirent de Paris le 17 février pour se rendre à Bellevue, et, delà, elles prirent la route de Lyon.
Le voyage des tantes du roi ne fut pas sans obstacle : on voulut les arrêter d'abord à Moret, mais elles furent protégées par un détachement de dragons ; à Auray-le-Duc , la municipalité crut devoir les retenir malgré le passeport qu'elles avaient reçu du roi; cependant , sur un ordre venu de l'assemblée, les tantes du roi purent continuer leur voyage.
Cette nouvelle étant parvenue à Paris, le soir même, un rassemblement composé, de femmes de la populace» de filles publiques, d'habitants des faubourgs, et d'hommes même déguisés en femmes, remplit la cour et les jardins des Tuileries; des voix s'élevaient de cette foule pour demander que le roi ordonnât à ses tantes de revenir auprès de sa personne.
La garde nationale arriva sur ces entrefaites; La Fayette fit fermer les Tuileries et rangea ses troupes en bataille, avec six pièces de canon, mèches allumées en tête, tandis que des officiers-municipaux sommaient la foule de se dissiper. La sommation ayant été sans résultat, La Fayette se disposa à dissiper l'attroupement, et, au premier mouvement de la garde nationale, la populace effrayée s'enfuit dans toutes les directions.
Une nouvelle émeute eut lieu le 28 février; la municipalité avait ordonné quelques réparations à Vincennes; il se répandit dans le public qu'un souterrain communiquait des Tîlileries à Vincennes, et que ces travaux avalent pour but l'évasion du roi et de la reine; presque toute la population du faubourg Saint-Antoine fut debout, elle s'arma d'instruments et d'outils dans le but de démolir Vincennes et se mit en route; les démolisseurs étaient déjà à l'œuvre, quand le général La Fayette arrive sur les lieux avec un fort détachement de garde nationale; sur l'ordre de se retirer, les factieux refusent et ils osent même attaquer les premiers la milice citoyenne ; une lutte s'engage , quelques hommes sont tués ou blessés de part et d'autre; mais la populace est presqu'aussitôt dispersée, et La Fayette rentre dans la capitale avec une soixantaine des principaux chefs qu'il avait fait arrêter.
Voici comment un historien du temps raconte cet événement : « Le peuple de Paris se porte à Vincennes et démolit les pa*
rapets du donjon. Quatre cents jeunes gens se rendent aux Tuileries pour protéger le roi contre les excès dont sa personne est menacée. Les chefs de la garde nationale prétendent que cette réunion a le projet de favoriser la fuite du rôi. Louis XYI , pour épargner à ces jeunes gens de plus grands malheurs, prend le parti de les désarmer lui-même et de les engag(ir à se retirer. Us défilent entre deux haies de gardes nationaux qui les accablent d'injures et même de coups. Quelques-uns de ceux qui les maltraitaient, croyant ajouter le ridicule à Finsulte, les appellent chevaliers du poignard. Ce nom odieux est appliqué à cette troupe de sujets fidèles pour avoir essayé sans succès de soutenir les débris d*une monarchie qui s*écroulait de toutes parts. Les émigrations se multiplient dans toutes les parties de la France.»
Il est curieux de voir comment Y ami du peuple, Marat, rapporta cette affaire dans son journal :
f Vers dix heures du matin , plusieurs émissaires de M. Mothier (La Fayette] se répandirent dans le faubourg Saint-lntoine, disant qu'on allait enfermer dans Yincennes le duc d'Or- Uans et tous les bons pattiotes; l'alarme se répand, et vers midi cent irenio-nenf citoyens arrivent h Yincennes et y voient beaucoup de petites chambres très-bien meublées ; un émis^ saire aposté leur dit qu'elles étaient destinées a renfermer la famille d'Orléans; à ces mots, transportés de colère, les citoyens jettent les meubles par les croisées et se mettent à démolir le donjon; cependant la générale que Molhier hlsaii battre dans tout Paris, etc. » Tout le reste de l'ariide est de cette force; c'est avec de tels moyens que les feuilles anarchiques cherchaient à excuser les crimes de leurs séides quand ils n'avaient pas réussi.
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S&4 HISTOIRE DË.PRANCË,
L'assemblée natioiiale, dans le mois de mars» organisa les pouvoirs administratifs, le trésor public et le ministère; enfin, elle fit des lois sur la régence et la résidence.