CHAPITRE XLII
Voltaire. — Robespierre. ^ La Fayette.
Au mois de mai , l'assemblée nationale décréta que les cendres de Voltaire étaient dignes de recevoir les honneurs du Panthéon.
De graves événements eurent lieu dans le mois de juin.
Voici un fait qui prouve le degré de réprobation qui s'attachait déjà dans le parti constitutionnel au nom de Robespierre (l}. Duport avait été nommé président du tribunal cri-
(1) Barnave a jugé ainsi Robespierre :
« Robespierre occupe plus que jamais ratlcnlion publique. Ses déclamations babitnetles , qa*on était accoutumé II mépriser pendant la paix , sent devennes un sujet d*indignation depuis que les éeliecs de Mons et de Tournai , en ont fait apprécier la funeste influence. La division qu*il vient d'opérer dans le club des Jacobins a servi aussi ii le mettre en scène ; attaqué de toute part , il est en ce moment un objet d'exécration pour la nation presque entière , et un problème inexplicable pour ses partisans les plus obstinés. Ceux qui écriront l'histoire de notre révolution ne peuvent se dispenser de faire connaître cet homme singulier. S'il est vrai que ses talents sont plus que médiocres, et surtout incapables de rapporter à la société aucune ntiKlé réelle,
minel; mais il refusa, parce que Robespierre avait été choisi pour accusateur public. Le vice-président et le substitut refusèrent pour le même motif. C'est un homme sans mesure , disait Duport; en flattant le peuple et en mettant les juges dans l'embarras, il ferait une accusation de toute décision entre le peuple et entre la loi.
Le 1*' juin , un décret de l'assemblée nationale maintint la peine de mort malgré Robespierre , qui en demanda Tabolition. Elle s'occupa ensuite du droit de grâce qui fut aboli; nouvelle atteinte portée à l'autorité royale.
Dans la séance du 40 juin, elle discuta le licenciement de l'armée. Le rapporteur attribua la plus grande partie des désordres à l'indiscipline des soldats. Mais Robespierre prit leur défense et calomnia Thonneur des officiers.
c Que nous proposent les comités , s'écria Robespierre? De nous fier aux serments, à l'honneur des officiers pour défendre la constitution qu'ils détestent. De quel honneur veuton nods parler? Quel est cet honneur au-dessus de la vertu et de l'amour de son pays? Je me fais gloire de ne pas croire à un pareil honneur. »
Cazalès ayant parlé de lâches calomnies , des cris à Tordre !
il n*est pas moins vrai qae sou caractère^ homogène et constant eu fait un être i part.
« Chez loi , il y a suite dans la volonté , activité dans la poursuite , portant tous ses talents vers les moyens qa*il veut employer.
« Sans génie , sans invention , sans observation Iprofondc , et toujours conduit par des passions intérieures et concentrées , il n'a , de tous les mouvements de l'âme qui portent à la franchise , qae cet amour-propre des scélérats qui les pousse â publier leurs victoires et leurs ruses.
« Du reste , eonvainca d'avoir eu deux vies politiques , et d'avoir lâchement encensé le despotisme dans un âge où le lessort de Târae porte naturellement ii rindépendance , il fut tellement couvert de mépris , qa.'il en était cuirassé. C'est lui qui a écrit que la vertu ne pouvait avoir d'autre base que la réflexion.»
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à l'Abbaye ! s'élevèrent de la gauche. « Eh quoi! s*écria€a2alès, n'est-ce point assez d'avoir contenu mon indignation en entendant accuser deux mille citoyens qui , dans toutes les crises actuelles, ont donné l'exemple de la patience la plus héroïque ! J'ai entendu le préopinant» parce que je suis , je le déclare , partisan de la liberté la plus illimitée des opinions; mais il est au-dessus du pouvoir humain de m'empécber de traiter ces diatribes avec le mépris qu'elles méritent. Si vous adoptez le licenciement qu'on vous propose» vous n'avez plus d'armée; nos frontières sont livrées à l'invasion de l'ennemi, et l'intérieur aux excès et au pillage d'une soldatesque effrénée. »
Le lendemain , la discussion sur le licenciement fut reprise, et le projet de décret rejeté; mais l'assemblée adopta le modèle d'une déclaration qui devait être signée par les officiers de l'armée ainsi que l'itérative injonction au prince de Condé de rentrer en France I sous peine d'être traité comme rebelle.