‹ Histoire de FranceChapitre 52 sur 53 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

La prévention qui, dans certains esprits, s'attache aux idées absolues, c*est-à-dire aux principes, est un sentiment irréfléchi.

Ce sont les idées fausses , les principes faux qui méritent Tanimadversion des gens de bien ; mais les idées vraies , les principes vrais doivent être adoptés dans ce qu'ils ont d'absolu, parce qu'ils ne peuvent faire le bien , si on les dénature.

Les principes sont tout dans un état. Ils font le bien ou le mal, l'ordre ou l'anarchie, la paix ou la guerre, la pro^ rite ou la ruine.

Il y a quatre principes absolus sur la souveraineté dans ce pays:

La souveraineté royale ,

La souveraineté du peuple ,

La souveraineté de h raison,

La souveraineté nationale.

La souveraineté royale a produit tout ce qu'on nomme l'ancien régime, l'ordonnance de 89 sur les trois ordres, et de nos jours l'octroi de la charte , l'ordonnance du 3 septembre 4 84 6 et les ordonnances de juillet.

La souveraineté du peuple a produit la république, le 24 janvier, la terreur, la Convention, le Directoire, et enfin le despotisme.

La souveraineté de la raison a produit le règne des doctrinaires, la loi du monopole électoral , tous les droits foulés aux

pieds, TompipoteDce parlementaire , et tout ce qu'il y a d'arbitraire dans le régime que nous subissons.

La souveraineté nationale qu'on voulait dans les cahiers de 89, et qu'on formulait ainsi : Le souverain est le peuple joint au monarque et présidé par lui , voilà le seul principe d'ordre et de liberté. C'est le seul moyen d'union du pouvoir et de la liberté. C'est le seul principe qui puisse donner sécurité aux races royales et empêcher le despotisme, puisque ce principe fait l'union du roi et du peuple. C'est ce que les républicains de Rome avaient bien compris, en mettant sur leurs étendards ce symbole : Senatus populusque Romanus.

Quand le peuple se retira sur le mont Aventin et que le sénat resta dans Rome , il n'y avait plus de Rome. Lorsque Louis XYI a été emprisonné , puis frappé de mort, il n'y eut plus de nation ; la souveraineté , de nationale qu'elle devait être, était devenue populaire.

Le mot de révolution peint admirablement cet état violent, puisque revolvere indique que la société est subvertie.

Nous défions qu'on, puisse tirer du principe de souveraineté nationale aucune conséquence injuste ou dangereuse ; avec ce principe on voit se réaliser ce que la France a voulu à toutes les époques, et les magnifiques progrès qu'elle avait conçus en 89, et qui sont encore aujourd'hui dans les vœux et les idées de tous : le droit commun , l'égalité politique , la conciliation , la fraternité , le concours de tous pour la grandeur de la France au dehors, la royauté forte, la liberté réalisée , la monarchie nationale , la représentation nationale : les conséquences évidentes, logiques, rationnelles du principe de souveraineté nationale entendue d'une manière com-

plète , absolue , sans concession aux hommes d'arbitraire.

11 est tellement vrai que les principes sont tout, que les fautes , les crimes , les erreurs qui ont rempli les cinquantehuit ans, de 89 à 4847, doivent être exclusivement attribués aux faux principes qui avaient prévalu dans la classe lettrée du dix-huitième siècle.

Avec la souveraineté du peuple substituée à la souveraineté nationale, tous les hommes qui ont frappé Louis XVI et déchiré le sein de la patrie ont agi d'une manière conséquente.

Grégoire a pu écrire dans une apologie de sa conduite :

c Je déclare que je suis venu à l'assemblée constituante avec la haine profondément sentie et raisonnée de la tyrannie, et le respect également senti et raisonné pour les droits du souverain , c'est-à-dire du ji^tij^J^. » Et plus loin : « La royauté fut abolie sur ma rédaction, et j'avoue que pendant plusieurs jours l'excès de la joie m'ôta l'appétit et le sommeil. »

M. de La Fayette , dans ses Mémoires , a confessé que fous ses sentiments d'homme étaient contraires à ses actes , et ces actes il les avait puisés dans la logique de la souveraineté du peuple.

Une fois les véritables principes de l'aulorilé royale et de la représentation du peuple violés, tout fut livré à la tempête. Personne ne sut plus la conduite qu'il devait tenir pour arriver à rharmonie des sentiments et des idées, tout se précipita vers l'abime.

La France ne peut rentrer dans l'ordre, la paix, la vérité, la justice, que lorsqu'elle se. a rentrée dans ses traditions, dans ses principes et dans son unité.

Mirabeau avait tué la royauté au serment du Jeu de Paume et à la séance du 23 juin.

Robespierre tua le roi à la Convention.

M. deTalleyrand avait dépouillé et avili ie clergé, Robespierre chassa et tua les prêtres.

Mirabeau et l'assemblée constituante avaient détruit la no* blesse, Robespierre et la Convention tuèrent les nobles.

Le principe de la souveraineté du peuple fut la hache de la place de la Révolution. Une fois adopté , il renversa tout devant lui.

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