‹ Histoire de FranceChapitre 8 sur 53 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Encore Mirabtau d'sprès M. de Montlosier.

« On doit ^ souvenir du plan de Mirabeau ; ilest adopté (k la part du roi, rien ne manque à la fuite de la première

entrevue dans une cave des Tuileries; Mirabeau commence à recevoir de lui cent mille écus. M. de Laporte nous apprend, à une autre époque assez prochaine , qu'il y avait déjà qua* torze cent mille francs de donnés; enfin M. de Montmorin nous révèle qu'il lui a fallu sept millions. Ce sont certaine* ment, de k part du roi , de grands sacrifices. M. Malouet, de son côté, et M. de Qermont-Tonnerre , ont , d'après ce plan et sur ces espérances , élevé un nouveau club. Les pamphlets et les journaux ne manquent pas plus que l'argent; il ne s'agit plus que de voir oii tout cela aboutira. Ei^aminons d'abord la conduite de Mirabeau à l'assemblée.

« Je ne doute pis, et personne de ceux d'entre nous qui étaient un peu instruits de la marche des choses, ne douta que la première démarche du roi à l'assemblée nationale , pour déclarer sa reconnaissance et son adoption du régime constitutionnel, n'eût été conseillée par Mirabeau; je ne dirai pas, comme d'autres, rédigée par lui , car on m'a assuré que ce fut par M. Necker ; mais alors je ne conçois pas, attendu les liaisons habituelles de Mirabeau avec l'évéque d'Autun , qu'il lui eut laissé faire, en contre-partie du discours du roi, qui rappelait ses nombreuses concessions libérales, une adresse oii l'assemblée nationale avait l'air de revendiquer pour ellemême. Si Mirabeau avait, comme il disait dans le mémoire, quelque intention de dissoudre l'assemblée nationale , il était inutile de vanter ses bienfaits.

« L'affaire de Fhôtel de Castries donne encore une occasion de le juger. H importe de connaître cette affaire.

« Il y eut entre M. Charles de Lameth et le duc de Castries un duel , où Charles de Lameth fut blessé; il y avait eu aussi précédemment, en^e Bamave et CazalèSf un duel; ma|3,

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comme Cazalès, homme du côté droit, avait eu le désavantage , le peuple avait gardé h ce sujet le plus profond silence. Ici , au contraire , comme c'est un homme du parti populaire, voilà tout le peuple de Paris en mouvement, et se dirigeant sur l*hôtel de Castries. M. de La Fayette a soin d'y envoyer un poste de garde nationale : le poste est forcé , la maison et les meubles brisés et saccagés. Bientôt nous arrive à la barre , . en députation, un bataillon du district de Bonne-Nouvelle , qui vient demander une loi contre les duels; elle dit :

c M. de Castries, dont le nom doit révolter dorénavant tous les amis de la Constitution , a osé défier en combat singulier M. Charles de Lameth , sans respect pour ses vertus et encore moins pour son caractère. C'est contre cet homme audacieux ( le Moniteur ne rapporte que le mot audacieux, Torateur dit infâme et criminel) que le bataillon de Bonne-Nouvelle, qui n'est ici que l'organe de tous les patriotes de la France, vient vous demander vengeance. » A ce mot de vengeance, voilà tout le côté gauche et les tribunes d'applaudir. M, Roy, dé* puté d'Angouléme, peu connu de nous tous, ne peut contenir son impatience. Il n'y a que des scélérats qui puissent applau* dir ! n s'éleva aussitôt de grands murmures; tout le côté gaa*" ehe s*écria:A l'abbaye! à l'abbaye! Ces crissent convertis en motion par Bamave ; filirabeau et Halouet se dirigent aussitôt vers la tribune; Malouet, ayant obtenu la parole^ Mirabeau lui dit tout bas : c Cédez-moi votre place, je viend pour plaider dans le même sens que vous , et j'aurai plus de succès.» D'après ce colloque, dont le côté droit n'était pa< instruit , M. Malouet se retire, et Mirabeau s'empare de la tribune. Le côté droit, qui n*est pas dans le secret , se met à ener de toutes ses forces : A bas le scélérat! place à Malouet!

Mirabeau persiste ; les injures redoublent; alors la colère le saisit, et, au lieu de tonner contre les incendiaires de Fhôtel de Castries , le voilà qui prend le parti de ce bon peuple qu'on calomnie. «Voulez-vous connaître, dit-il, les vrais incendiaires? Ils sont là, ajouta-t-U en montrant le côté droit. En même temps il appuie avec une telle véhémence la motion de Barnave contre Roy, que celui-ci fut condamné à trois jours de prison.

c Comme Mirabeau descendait de la tribune, Malouet, indi^ gné, va à lui : < Misérable, n'étes-vous pas honteux , lui ditil , de m'àvoir trompé comme vous avez fait? — Oh oui , sans doute , Je suis honteux , répondit Mirabeau , mais prenezvous en à ces messieurs. Comment voulez-vous que je vote avec des gens qui voudraient me mettre en pièces? »

« Je ne me souviens plus si c'est dans la même séance, c'est au moins dans une séance semblable , que le marquis de Fou^ caud , s'élevant à la tribune contre cette prétention de l'as^ semblée, d'infliger la peine de la prison à ses membres , dit : « Si l'assemblée m'infligeait une telle peine , je n'obéirais pas, ou je n'obéirais que mort. » Mirabeau , en lui répondant, débuta par des paroles d'ironie , dont Foucaud , en interrompant son discours, se plaignit. Mirabeau continuant, et, s'adressant à la fin à Foucaud personnellement , lui dit : « Voilà , Monsieur, puisque vous n'aimez pas l'ironie, ce que le profond mépris que je dois à votre conduite et à vos discours m'ordonne de vous adresser, d

c A l'instant même vingt membres du côté droit s'élancent vers Mirabeau. Il en serait mésarrivé. Tous les évoques et les curés du côté droit s'interposent, et nous retiennent par nos habits. Le président ne put s'empêcher de rappeler Mirabeau à l'ordre : « Oui sans doute, reprit-il, je dois être rappelé à

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Tordre, si l'assemblée veut déclarer qu*uD de ses membres est coupable d'employer le mot mépris envers celui qui n'a pas craint de professer ouvertement à cette tribune son mépris pour les ordres de la majorité. i^

< Cette algarade était d'autant plus déplacée , que Mirabeau lui-même, dans une autre circonstance, dira, au sujet de la loi sur l'émigration : < Si une telle loi était rendue, je jure de ne lui obéir dans aucun cas. »

« Dans l'affaire de Brest, où, selon l'ancien usage, qui n'était pas encore abrogé, des vaisseaux arrivant de Saint-Domingue avaient arboré le drapeau blanc, une grande plainte fut portée, comme on peut s'y attendre, à l'assemblée nationale. Voilà Mirabeau qui fulmine , étouffe et devient violet de colère. Dans ce transport, qui ressemblait à de Tivresse, il se permet , contre les ofSciers de ces vaisseaux et les matelots, les dénonciations et les imprécations les plus furibondes. M. de Guilhermy s'avance vers lui : « Vos paroles sont celles d'un scélérat et d'un assassin. »

< Au même moment , on demande au côté gaucbe que M. de Guilliermy soit tenu de garder les arrêts pendant trois jours. L'abbé Maury demande la parole , et monte à la tribune : l'assemblée ferme la discussion ; Maury persiste , et alors , de tous côtés , on vient à lui. Un membre du côté gauche veut se placer à ses côtés, et parler à sa place; l'abbé le prend par l'épaule , lui fait faire deux pirouettes , et rouler dans la salle ; un huissier vient le ramasser : j'ai eu idée que c'était le duc de La Rochefoucauld. Un autre se présente, il lui en fait autant ; à la fin cependant voilà tout le côté gauche qui s'émeut, et parait vouloir s'avancer vers lui; Maury entre en fureur, saisit la tribune couune pour la lancer.

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« J*enteDdis la tribune craquer; elle se trouva retenue par deux forts tenons de fer, sans quoi elle allait voler en éclats. Le président appelle les huissiers au secours de la tribune; les membres se replacent sur leur siège. Dans cette séance , Mirabeau , qui avait commencé par des fureurs» fut à la fin assez raisonnable ; Guilhermy fut condamné à trois jours d'arrêt.

< Dans une autre séance du soir, l'impuissance et TinsufiBsance de Mirabeau ne furent pas moins en évidence.

« Nous eûmes une députation delà Corse qui vint à l'assemblée, et qui osa se plaindre de deux députés du côté droit comme ayant manqué à Fhonneur. Aussitôt, nous voilà tous en fureur ; nous demandons au moment même l'arrestation ou l'expulsion des députés corses. Je monte à la tribune ; le président me dit que je n'ai pas la parole. Je lui réponds que je la prends. Le président me dit : — Monsieur, il vient d'être déclaré qu'on passerait à l'ordre du jour. Je réponds : — Monsieur le président , Je demande aussi Tordre du jour ; mais comme l'ordre du jour n'est probablement pas celui des insolences, je réclame le châtiment de ces Messieurs qui sont audessous de moi (ils étaient à la barre). Je demande qu'à l'instant même ils soient éconduits de la salle.

« La question ainsi posée, et l'assemblée consultée, elle décida, à une assez grande majorité, que les députés corses continueraient à être entendus. Le côté droit se leva alors tout entier, déclarant qu'à quelque prix que ce fût, il ne souffrirait pas d'insulte. Les députés corses continuent, et voilà de nouvelles insolences ; le tumulte redouble. Le président se couvre et dit : -T- n y a un décret qui ordonne que la lecture de Tadresse sera continuée. Je déclare, sur ma responsabilité , que

je sévirai avec la plus grande rigueur contre tous ceux qui interrompront.

« Je réponds au président : — Je vousdéclare, Monsieur, sur ma responsabilité, que j'interromprai l'adresse si elle contient encore des injures. Mirabeau ne prit aucune part à cette scène ; il entrait avec M. de Blacons et Tévéque d'Autun.

<K Si Mirabeau avait eu l'ombre de cette prépondérance qu'on lui croyait sur l'assemblée , et à laquelle il prétendait, il eût été sûrement dans l'affaire du club des Impartiaux. Ce club , fondé par M. Malouet et par M. de Clermont-Tonnerre , et auxiliaire des vues de contre-révolution proposées par Mirabeau lui-même et acceptées par le roi , méritait de sa part une défense et une protection. Au moyen d'une souscription de ses membres, et peut-être aussi de secours qui lui arrivaient d'ailleurs, voilà ce club qui se met à faire des aumônes, et, comme le blé était cher, des distributions de pain. Bamave vient tout-à-coup à la tribune , et à une séance du matin , dénoncer ce club comme un atelier de contre-révolution. ' — « C'est vrai, Messieurs, il distribue du pain, mais c'est du

pain empoisonné. Je dis je dis Foucaud l'interrompt :

— Vous ne savez dire que des sottises. M. Malouet sort alors de sa place, s'avance vers la tribune , et , tout en fureur, lui dit en le menaçant : — Vous êtes un misérable ! Charles de Lameth se lève alors et s'écrie : — Monsieur le président , je demande que vous mettiez à l'ordre M. Malouet , l'intendant , qui fait le spadassin auprès de la tribune ! Barnave continue : — Ce n'est pas ici le moment de traiter cette insidieuse, perfide et factieuse association. (Les cris de la droite augmentant, les applaudissements de la gauche y répondent). Le moment n'est pus encore arrivé. Sans doute, les magistrats chargés de veil-

1er à la tranquillité publique auront pris les précautions qu'exige cette tranquillité; sans doute, le comité des recherches instruira bientôt l'assemblée de ces manœuvres factieuses, de ces distributions de pain à moitié prix , destinées à porter le trouble dans le peuple et à en armer ( Applaudissements de la gauche, fureurs de la droite). Je demande , dit M. Malouet à plusieurs reprises (Vinterruption continue.]. Je demande, dit M. le chevalier de Murinais, que le membre qui a appelé le coutelas des assassins sur notre tête soit ( Interruption ]. Dès le jour même, le peuple se porte en foule au lieu de rassemblement du club ; il fut dissous et dispersé à coups de pierres : j'y étais. On se porta de même chez M. de Clermont- Tonnerre. Le maire s'y rendit en personne, pour cette fois, sa maison fut garantie. Une autre fois, je crois que c'était au sujet du décret d'Avignon, le peuple y alla encore, il enfonça les portes , et se serait porté à de plus grandes violences sans un piquet de la garde nationale. M. de Murinais posa le fait à la tribune, on lui répondit : à l'ordre! à l'Abbaye! Il invoqua le décret d'inviolabilité, on lui répondit encore : à l'ordre! à l'Abbaye! A la fin pourtant, on le laisse parler; mais quoi qu'il pût faire, l'assemblée passa à l'ordre du jour. On peut voir, par tous ces faits, le peu d'influence qu'avait Mirabeau sur l'assemblée. Il fut très-bon pour son frère dans l'aflaire des cravates de son régiment. L'assemblée , qui ne voulait pass'embarrasserd'aflfaires particulières, craignait aussi d'avoir à sévir sur ses membres. Elle sentait d'avance le contre-coup qui résulterait bientôt , contre la majorité elle-même , de sévices exercés sur la minorité. L'entraînement des circonstances forcera uii jour la Convention à des violences de ce genre ; elle s'en trouvera mal.

« Le vicomte de Mirabeau échappa ainsi à une accusation grave, moins par Finfluence de son frère que par des motifs de convenance de rassemblée.

« Sur des points généraux , tels que les questions de législation et de politique , on ne peut pas plus remarquer Tinfluence de Mirabeau. Là où elle aurait dû être plus sensible , de la part d'un homme qui s'annonçait comme voué au retour des principes monarchiques , c'était certainement 'dans les articles constitutionnels relatifs à Torganisation de la force publique. Il est à remarquer que, dans ces articles, il n'était fait aucune mention du roi. Ce fut pour nous tous, au côté droit, un sujet de scandale ; et cependant , soit dégoût, soit conviction d'impuissance, personne ne se hasardait de s'expliquer. Je pris la parole :

€ Messieurs , je n'ai jamais cru qu'il fût possible d'organiser un corps sans âme. (Murmures). C'est ce que vous avez fait dans vos articles sur la force publique. Je cherche en vain où seront dans ce corps sa vie , ses ressorts, ses attaches. J'ai lieu de croire qu'au lieu d'un corps organisé, vous nous offrez un corps mort. Ou le roi n'est rien pour vous , ou il est éminemment le chef de la force publique. Vous ne pouvez oublier comme vous faites le nom du roi, sans vous rendre coupables envers la nation, qui vous a expressément ordonné de faire une constitution monarchique. Vous l'avez dit dans un temps où vous vous croyiez moins forts qu'aujourd'hui ; vous avez déclaré le gouvernement français essentiellement monarchique : je dois être scandalisé de voir le comité de constitution l'oublier. Si la force publique n'est pas dans la main du roi , il n'y a plus de monarchie. Je demande le renvoi et l'ajournement des articles, et l'impression de tous les projets d'organisation de la force

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publique dans toutes ses parties. Il faut imposer cette pénitence au comité de constitution , pour lui apprendre à proposer un projet sur l'organisation de la force publique, où il n'est pas qufôtion du roi.

« Desmeuniers m'accusa de calomnier le comité de constitution et rassemblée. M. Malouet répondit à Desmeuniers ; d'autres membres demandèrent la parole. Je me levai de nouveau. — Je demandai que mon amendement fût mis aux voix. (Bruit). Si vous refusez de m'entendre, je demande qu'on renouvelle à l'instant le serment de fidélité au roi ; cette proposition doit passer avant tout.

« La discussion fut fermée sur mon amendement , et les articles du comité de constitution adoptés tels qu'ils étaient. Il y eut enfin une question , celle de la paix et de la guerre , dans laquelle Mirabeau se montra. Il y engagea cette fois toutes ses forces, et s'efforça, soit auprès de l'assemblée, soit auprès du public, soit auprès du roi , à paraître vainqueur, encore qu'il ne le fût pas du tout. Le débat s'ouvrit à l'occasion d'une apparence de division entre l'Espagne et l'Angleterre. Alliés de l'Espagne , nous dûmes , au premier abord , armer des vaisseaux. M. de Montmorin , qui nous rapportait ces cfrconstances, nous demandait en même temps les subsides qu'exigeaient ces dispositions. Alexandre de Lametb pensa qu'avant tout il fallait décider si la nation, qui est souveraine, devait déléguer au roi le droit de guerre et de paix. Charles de Lameth soutint le danger de déléguer un tel droit au roi. Rappelant ensuite d'une manière insultante les derniers moments de la vie de Henri IV, il dit : « Quand la France, par un crime horrible, a perdu ce prince, il faut savoir qu'il allait embraser l'Europe pour la possession de la princesse de Condé. » Faisant allusion ensuite

aux aristocrates et au cAté droit de la chambre , il dit : c ils ont de Tor, nous avons du fer.» Cazalès, Maury, Clermont- Tonnerre , rarchevéque d'Aix , parlèrent admirablement sur cette question. Cazalès dit : « Vous avez déjà ôté au roi deux de ses plus grandes prérogatives, l'administration intérieure et l'administration de la justice. Si vous allez encore lui en ôter une troisième , le droit de guerre et de paix , vous allez révéler au peuple français un grand secret : c'est qu'il n'a plus de roi. »

a Je pris la parole à mon tour, et , faisant d'abord allusion au trait, nom avons du fer, je répondis : « Oui, vous avez du fer; vous avez aussi des torches. Oui, vous avez du fer, et c'est, ce fer à la main, que vous faites toutes vos lois. » revenant ensuite sur le trait dirigé contre Henri lY : c On vous a dit que ce prince , au moment où il fut assassiné , était près d'embraser l'Europe pour la possession de la princesse de Condé ! Cette accusation a déjà été prononcée hors de cette chambre, dans une sssemblée peu éloignée de la nôtre ; c'est là qu'elle pouvait convenir.

«Voilà comme des orateurs, qui figurent dans nos clubs patriotiques, lâches adulateurs de la tyrannie du peuple, comme ils Vont été en d'autres temps de la tyrannie des rois, s'essaient à répandre partout du poison- sur ce que nous tivons de plus sacré. C'est ainsi qu'ils ne respectent pas même un mo-^ narque , de tout temps l'amour des Français ; c'est sur l'attentat horrible de Ravaillac qu'on vient nous proposer aujourd'hui des consolations.

« Barnave se leva contre cette imputation. Le côté gauche et M. de Lameth demandèrent mon rappel à l'ordre. Je fus rap*' pelé à Tordre.

c L'intention de Mirabeau avait été d'abord défaire accorder >aa roi tous les moyens nécessaires au moment, sauf à discuter dans un autre temps la question de droit ; mais il ne put remporter sur ce point. Il avait contre lui dans rassemblée les deux Lameth et Barnave, dont la prépondérance le dominait, et qui mettaient comme lui une grande importance à cette question. Mirabeau voulait faire prédominer Tautorité royale ; les Lameth voulaient mettre en première ligne Tautorité populaire. Forcé de modifier ses vues sur les leurs , tout ce qu'il put faire fut de proposer, comme article constitutionnel , le décret suivant : « Le droit de faire la guerre et la paix appartient à la nation. L'exercice en sera délégué concuremment aux pouvoirs législatif et exécutif. Ainsi le roi pourra déclarer la guerre, mais le corps législatif pourra refuser les fonds nécessaires. 9 Cet article, tout chargé qu'il était des couleurs du temps, eut besoin de l'appui de M. de La Fayette pour passer.

Malgré tous les ménagements qu'il y put mettre , Mirabeau n'en fut pas moins dépopularisé dans Paris. On a beaucoup parlé, comme d'un chef-d'œuvre, de son discours sur le droit de guerre et de paix. Ce ne fut pas lui qui le fit , ce fut Pellenc (j'en sui^ sûr). Ce qu'il fit , et qui est réellement admirable, c'est la réplique qui suivit. Je vais la rapporter.

« Il y a peu de jours , on me portait en triomphe. Aujourd'hui , l'on crie dans les rues : La grande trahison du comte de Mirabeau. Je n'avais pas besoin de cette leçon pour savoir qu'il est peu de distance du C^pitole à la Roche Tarpéienne. Mais l'homme qui combat pour la raison , pour la patrie, ne se tient pas si aisément pour vaincu; celui qui a la conscience d'avoir bien mérité de son pays et surtout de lui être encore

utile ; celui que ne rassasie pas une vaine célébrité , et qui dédaigne les succès d'un jour pour la véritable gloire ; celai qui veut dire la vérité, qui veut faire le bien public, indépendamment des mobiles mouvements de Topinion populaire , cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers. »

c On s'étonne sans cesse , et on s'étonnera encore , en lisant ces Mémoires, de m'entendre douter de Tinfluence de Mirabeau. Eh ! non , je ne la conteste pas. Elle était très-grande pour le mal, nulle pour le bien. C'est que, comme je l'ai dit, il n'y avait d'influence alors que par la popularité , qu'à condition d'une complicité continue dans toutes les violences et dans tous les crimes, et on sent quelle pouvait être l'influence de Mirabeau. Il le sentait fort bien lui-même. S'il avait vécu, il aurait été le premier à se moquer et des plans qu'on lui proposait , et de ceux qu'il faisait : aussi ne s'en occupait-il pas du tout. Il s'était chargé particulièrement auprès de M. de Laporte et de M. de Montmorin , d'une certaine correspondance avec les départements. »

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