Les six autres nièces de Mazarin étaient Anne Martinozzi
ses autres legs étaient six cent mille livres, destinés à faire la guerre au Turc, et deux millions pour fonder le collège dit des Quatre -Nations1. Sa magnifique bibliothèque, qui ne comptait pas moins de trentecinq mille volumes, manuscrits ou imprimés, devait passer à ce collège. 11 faut ajouter, à l’honneur de sa mémoire, qu’il maintint à tous les gens de lettres les pensions qu'il leur avait faites durant sa vie. Lorsque fut consommé le long énoncé de ses dispositions dernières, Mazarin n’avait plus que deux jours à vivre.
Depuis un mois que, par une fantaisie de mourant, il s’était fait transporter à Yincennes, la cour l’y avait suivi, et ni Anne d’Autriche, ni le roi n’avaient cessé de l’y entourer de leur déférence et de leurs soins. Lorsque la mort fut plus proche de lui, il s’enferma seul avec le religieux théatin, son confesseur, et avec le curé de Saint-Nicolas-des-Champs , prédicateur renommé. Quoique peu dévot, il avait voulu recevoir le saint viatique, avant de dicter son testament; à mesure que redoublaient ses souffrances et qu'il sentait s'avancer sa dernière heure, son calme et sa fermeté, sans se démentir, prenaient un caractère plus chrétien. « Je souffre beaucoup, dit-il, après qu’on lui eut administré l’extrême onction, mais je sens que
mariée au Prince de Conti ; Laure Martinozzi, à l’héritier de Modène ; Laure Maucini, an duc de Mercœur, morte avant son oncle; Olimpia Mancini, au comte de Soissons, de la maison de Savoie ; Marie Mancini, à Lorenzo Colonna, connétable de Naples ; Anne Mancini, qui devint duchesse de Bouillon.
1 . Soixante jeunes gentilshommesappartenant aux trois provinces d’Alsace, d’Artois, de Roussillon et au territoire de Pignerol, réunis à la France par les deux traités de Westphalie et des Pyrénées, devaient recevoir uno éducation gratuite dans ce collège.
la grâce est encore plus forte que le mal, » et il ajoutait, en parlant de la mort, que « son seul scrupule était de ne la pas craindre assez. » Il expira le 9 mars 1061 , à Page de cinquante neuf ans. Il en avait régné dix-huit, comme Richelieu, et il mourait parvenu à un degré de puissance et à un éclat de prospérité que n’avait jamais connu son glorieux prédécesseur. Louis XIII n’avait point pleuré Richelieu, Louis XIV pleura Mazarin.
Le lendemain, le roi, retourné à Paris, convoqua au Louvre le conseil où siégeaient le chancelier Séguier, le surintendant des finances Fouquet, les secrétaires d’état Brienne, La Vrillière, du Plessis Guénégaud, Lelellier et le minist re d’état Lionne, a Monsieur, dit-il, en s’adressant au chancelier, je vous ai fait assembler, avec mes ministres et mes secrétaires d’état pour vous dire que jusqu’à présent j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le cardinal ; je serai à l’avenir mon premier ministre. Vous m'aiderez de vos conseils, quand je vous les demanderai. » La cour apprit avec un sourire d incrédulité cet engagement solennel pris par un roi de vingt-deux ans; elle crut qu’il le tiendrait à peine quelques jours. Louis XIV y resta fidèle pendant cinquante-quatre ans.