I. M. Bazin
tencieux, plein de choses, modeste dans l'expression, absolu dans la volonté : » la conclusion en était de demander à l’assemblée peu de paroles et beaucoup d’effets, Les notables répondirent à son désir, et d’importantes décisions sortirent de leurs séances qui durèrent plus de deux mois et demi (2 décembre 1626, 24 février 1627). On pourvut aux dépenses publiques, sans augmenter et en diminuant même la taille, mais en ordonnant le rachat des domaines, droits et impôts qui avaient été engagés à vil prix. Une approbation unanime accueillit le projet, annoncé par le cardinal, d’entretenir sur l'Océan une flotte permanente de quarante-cinq vaisseaux de guerre. L’ordonnance rendue au mois de juillet précédent à Nantes, pour prescrire la démolition des forteresses inutiles à la défense du royaume, reçut de l’assemblée une solennelle confirmation. Le roi enfin, avant la clôture des séances, publia une déclaration dans laquelle il semblait faire, des mesures votées par l’assemblée, le programme de son gouvernement. On y remarqua la promesse qu’il faisait « de réunir tous ses sujets en l'unité de l'église catholique par toutes bonnes voies de douceur et de bons exemples, et de maintenir les prétendus réformés en leur liberté, attendant qu’il plût à Dieu d’illuminer leurs cœurs.» Richelieu s’y prenait à l’avance pour rassurer les huguenots sur la portée de9 coups qu’il méditait contre leur organisation politique.
Tout annonçait cependant qu'une puissante alliance les soutiendrait dans la guerre qui se préparait contre eux; une rupture était imminente entre les
gouvernements de France et d’Angleterre. Il y avait plusieurs années que la marine britannique, par un insolent abus de sa supériorité, se livrait contre le commerce français à des actes de piraterie, pour lesquels nulle satisfaction n’avait été obtenue. Louis XIII se plaignait, en outre, de la contrainte outrageuse que rencontrait sa sœur, la reine Henriette-Marie, dans l’exercice de sa religion, malgré les stipulations formelles de son contrat de mariage. Buckingham s’offrit à ajuster ces différends, en revenant comme ambassadeur à la cour de France; mais pour la seconde fois sa demande fut éludée; il lui fut répondu que Louis « ne pouvait avec honneur recevoir personne, de la part du roi son frère, qu 'auparavant la contravention qui avait été faite au traité de mariage ne fût réparée. » Ce refus réitéré blessa mortellement l’orgueilleux favori de Charles Ier, et il ne respira plus que vengeance contre Richelieu. Chargé des haines du peuple anglais, qui lui imputait les attentats multipliés du pouvoir royal contre les libertés publiques, il crut échapper à l’orage qui s'amassait sur sa tête, en poussant son pays dans une guerre à la fois religieuse et nationale contre la France. C’était comme protecteur des huguenots menacés que Charles 1" devait prendre les armes, et de nouvelles avanies contre le commerce français préludèrent aux hostilités. Richelieu, après avoir fait tout ce qui était conseillé par la prudence et permis par l’honneur pour détourner celte guerre, se prépara à la soutenir énergiquement. Il savait Buckingham occupé à répandre de tout côté le feu de sa haine; il n’hésita pas à conclure.
contre l’Angleterre, un traité d'alliance avec l’Espagne (avril 1 G27) ; &il ne s’assurait point par là les secours du roi catholique, il les ôtait du moins à I’enneini. En même temps, il envoya le duc de Chevreuse rechercher sa femme, qui, exilée à Nancy, y avait exercé sur le jeune duc Charles IV l’irrésistible séduction de son esprit et de sa beauté, et l’avait gagné à la cause de ses parents les ducs de Rohan et de Soubise. Au lieu de madame de Chevreuse ce fut Charles IV qui vint donner à Louis XUI de loyales assurances, démenties dès le lendemain par sa conduite. Le cardinal avait enfin à compter parmi ses plus dangereux ennemis le duc de Savoie, prêt à tout faire pour se venger de l’abandon où il avait été laissé par le traité de Monçon, au commencement de l’année précédente. L’envoyé de ce prince à Paris, l’abbé Seaglia, avait la main dans toutes les intrigues ourdies contre la France. Quelques tentatives furent faites pour faire entrer le duc d’Orléans dans ce vaste plan d’hostilités; il s’y refusa, placé sous le charme de sa jeune épouse, qui mourut alors en lui donnant une fille (4 juin) Richelieu cependant ne crut pas, au milieu de tant de périls, que ce fût pour lui le moment de faire des avances aux grands par une politique de tempéraments et de concessions. Au mépris des édits rigoureux, portés pour arrêter la fureur contagieuse des duels, le comte de Boutteville, réfugié aux Pays-Bas, en était accouru pour se battre en plein jour, à Paris, sur la Place Royale. C’était son vingt-