CHAPITRE VI
RÈGNE DE FRANÇOIS II (1559-1560); REGENCE DE CATHERINE DE MÉDICIS JUSQU’A LA MAJORITÉ DE CHARLES IX (1563).
Nous entrons dans une des plus tragiques et des plus émouvantes périodes de notre histoire, celle des guerres de religion. Nous avons vu comment l’hérésie de Calvin s’était de proche en proche répandue en France, comment elle s’y était régulièrement et fortement organisée, comment elle avait fini par trouver des adhérents dans la première noblesse du royaume, et jusque dans la maison royale elle-même. Nous allons voir ces chefs que l’ambition, autant qu’une conviction sincère, a donnés à la réforme, s’armer des opinions nouvelles comme d’un moyen d attaque, ou, si l’on aime mieux, de défense, contre la puissance envahissante des Guises, en même temps que les rigueurs impitoyables exercées contre les sectaires auront leur ordinaire effet d’exalter le fanatisme bien plus que d inspirer la terreur, et jetteront les huguenots1 persécutés dans une résistance ouverte au pou-
1. Corruption du mot allemand eidi/enossen, confédérés, adopté d’abord par les protestants gene\ ois, puis par ceux de France.
voir qui le» frappe. De là trente-cinq an» de guerres d’autant plu» acharnées, que les âmes »e passionnent avec plus d’ardeur pour une cause où elles voient engagé le premier de leurs intérêts; de là des haines et des fureurs tristement contraires à l’esprit de charité et de paix du christianisme, et toute une suite de scènes de sang. qui font horreur, mais au milieu desquelles de grands spectacles sont souvent donnés par l’énergie des passions et l’héroïsme des caractères. Le règne de François II, dans sa courte durée de dix-septmois, ne nous montrera guère que le prologue de ce drame; mais on voit déjà les acteurs s’y préparer aux redoutables événements qui vont suivre.
L’aîné des quatre fds de Henri II et de Catherine de Médicis, François H, âgé de quinze ans et demi, était majeur aux termes de l’ordonnance de Charles V, mais il ne l’était nullement selon les lois de la nature; avec un sang vicié et une complexion débile et maladive, ce n’était qu’un enfant livré par la faiblesse de son caractère et de son intelligence à l’ascendant delà belle et séduisante Marie Stuart, qui, trop tôt, lui avait été donnée pour épouse. La jeune reine de France et d’Écosse n'avait que deux ans de plus que son mari, mais elle joignait à cette beauté, dont le renom a traversé les siècles, les plus rares dons de F esprit, cultivés par une savante éducation ; déjà même elle avait été initiée au manège de la politique, adroite et persuasive en son langage, autant quelle était dans ses sentiments ardente et passionnée. Appuyés par elle, ses deux oncles eurent peu de peine, le jour même de 1 avènement de François 11, à prendre
en main l’exercice de la souveraine autorité. Les restes de Henri 11 furent laissés, dans le palais des Tournelles, à la garde du connétable, en vertu de son office de grand maître de France, et le couple royal alla s’installer au Louvre. Ce fut là que le jeune roi reçut le Parlement et lui signifia qu’il avait donné au duc de Guise et au cardinal de Lorraine la charge de toutes choses. La reine mère, qui, en dépit des quarante jours de réclusion prescrits par l’étiquette à son veuvage, avait suivi la cour au Louvre, se contenta de la faible part du pouvoir que les princes lorrains voulurent bien lui faire: elle avait prouvé depuis douze ans qu’elle savait attendre. Les Bourbons, en raison même de la parenté qui les rapprochait du trône, furent mis à l'écart, le roi de Navarre avec un mépris publiquement affiché, le prince de Condé avec des égards apparents, et le connétable de Montmorency, remercié par le roi de ses vieux services , alla cacher sa disgrâce dans ses magnifiques demeures d’Éeouen et de Chantilly. La charge de grand maître, dont la survivance était assurée à son fils aîné, lui fut ôtée pour passer aux mains du duc de Guise, et le gouvernement de la Picardie fut retiré à son neveu l’amiral de Coligny. Si les uns et les autres parurent au sacre du roi (20 septembre 1559), ce ne fut que pour y donner plus d’éclat au triomphe de leurs superbes rivaux.
Mais celte absolue domination des Guises ne de\ait pas tarder à .rencontrer des résistances. Si le héros de Calais était l'idole de la multitude, si son zèle ardent pour la foi catholique ajoutait encore à sa popu-
larité, le cardinal de Lorraine était loin de jouir au même degré de la faveur publique, et la dureté de son régime financier excitait parmi la bourgeoisie des villes et le peuple des campagnes un violent mécontentement. Celui de la noblesse il était pas moindre ; elle voyait d’un oeil jaloux l’insolente élévation d’une maison étrangère, qui mettait sous ses pieds toutes les plus illustres maisons de France, et chose presque inouïe dans l’histoire des cours, le vieux connétable, dans sa retraite, était recherché et entouré de l’élite des gentilshommes du royaume, tandis que les princes lorrains se trouvaient dans le délaissement au faîte de leur grandeur. Mais c’était parmi les huguenots surtout, nobles ou hourgeois, que fermentaient les haines les plus fortes contre ces princes, que l'on savait alliés à Philippe H pour l’extermination de l’hérésie. Les édits rigoureux chaque jour publiés contre les conventicules illicites des réformés ne faisaient qu’accroître chez eux l’esprit de sédition. Rien ne remuait, rien n’éclatait encore, et déjà les Guises avaient le sentiment du péril dont les menaçaient ces « malcontents » de toute sorte prêts à se liguer contre eux; déjà ils s’inquiétaient du mot redoutable d’États généraux répété par mille bouches, et la reine mère, leur alliée du moment, invoquait les secours du roi catholique, son gendre, contre les Rourbons, qui, par le moyen de ces États, prétendaient « la réduire à la condition d’une chambrière. » Philippe s’offrit au roi, son beau-frère, avec quarante mille hommes qu’il avait tout prêts; fanfaronnade politique, qui ajouta à la terreur qu’il inspirait, au moment même où il con-
fessait à son ministre Granvelle l’état de faiblesse où le mettait l’épuisement de ses finances.
Arrivé en Espagne, pour n’en plus sortir(août<559), il y avait tout aussitôt signalé par les supplices son zèle contre l’hérésie. Les Guises lui payèrent, en Limitant-, le prix de son alliance. Le procès d’Anne du Bourg et des conseillers arrêtés avec lui fut entamé. Du Bourg se défendit avec autant d’habileté que d’obstination, et d’appel en appel, il parvint à faire durer cinq mois sa lutte contre la justice royale et la justice ecclésiastique ; mais, lorsqu’il eut épuisé toutes les ressources que la loi lui prêtait pour sauver sa tête, il ne contraignit plus l’exaltation de ses sentiments et de son langage, refusa d’en appeler au pape, en le flétrissant du nom d’antechrist, et, dégradé des ordres sacrés (il était diacre), se félicita de ne plus porter le caractère de la bête de l’Apocalypse. La fermeté avec laquelle il subit sa peine lui valut parmi ses coreligionnaires les honneurs du martyre. Quelques jours avant son exécution, le président Minard, l un de ses ennemis et de ses juges, avait été assassiné, au sortir du palais, par une main inconnue. Premier exemple des représailles atroces dont l’enchaînement caractérise si tristement nos guerres religieuses ! Après les deux magistrats, ce seront les deux grands chefs de guerre dont l un payera pour l'autre, Coligny pour Guise, et plus tard le sang de Henri de Lorraine sera vengé par le sang de Henri de Valois. Mais on n’en était encore qu’aux premiers grondements de l’orage, et tout en faisant pleuvoir sur les Guises une grêle furieuse de libelles, les hu-
guenots hésitaient à engager contre eux d’autres hostilités. Calvin, comme avant lui Luther, interdisait la révolte contre les puissances établies, et la victoire que venait de remporter en Écosse la doctrine contraire, prêchée et mise en pratique par John Knox, ne suffisait pas pour balancer l’autorité souveraine de l’apôtre de Genève. II fallut, pour que cette autorité fût méconnue, qu’un nouvel élément entrât dans le parti de la réforme, et que le cardinal de Lorraine, par un insolentabus de sa puissance, grossît à plaisir le nombre déjà si grand des malcontents. Une potence fut dressée par son ordre aux approches de la résidence royale de Fontainebleau, avec menace d’y accrocher tous ceux des gens de guerre licenciés et sans pain, qui viendraient importuner la cour de leurs sollicitations. C’étaient autant de recrues qu’il jetait dans le camp huguenot, et qui n’y apportèrent point la résignation passive des martyrs. Hommes d’action, il n’y avait dans leurs esprits aucun doute sur les justes motifs qu’il y avait pour eux d’agir. Ce fut par eux que furent provoquées, en France et en Allemagne, des consultations théologiques, établissant le droit des huguenots de recourir aux armes contre le pouvoir usurpé qui les opprimait; et tandis que le corps presque entier des ministres, avec les têtes les plus sages et les cœurs les plus honnêtes du parti, obéissaient encore à leurs scrupules religieux et patriotiques, la masse plus résolue des malcontents ne craignit pas d’entrer dans un vaste complut qui se formait, pour tirer, disait-on, le jeune monarque de la captivité où il était tenu, et substituer
un gouvernement légitime à la tyrannie des princes lorrains.
L’agent principal de ce complot était un gentilhomme périgourdin, Godefroy de Barri, sire de la Renaudie, naguère évadé de la prison où un arrêt du parlement de Dijon l’avait jeté pour crime de faux. Les temps de révolutions ne manquent jamais de ces hommes qui, à force d’audace, tâchent de réhabiliter leur nom flétri. La Renaudie, réfugié en Suisse, s’y fit huguenot; rentré ensuite en France, sous le prétexte de faire reviser son procès, il y employa pendant plusieurs mois toute son activité et toutes les ressources de son intelligence à courir de province en province, pour unir les malcontents les uns aux autres, les animer du même esprit et les tenir prêts à obéir au même signal. Tout étant ainsi préparé, il convoque secrètement à Nantes pour le 1 tr février 1 560 une réunion de nobles et de bourgeois, venus des divers points du royaume, comme pour offrir une image des États généraux que réclame le vœu national. IA il expose ses plans pour renverser le pouvoir des Guises, rassure les consciences en lisant les consultations des théologiens et des jurisconsultes favorables à la prise d’armes, et en protestant solennellement que « rien ne sera attenté contre la majesté du roi, les princes du sang et l’état légitime du royaume; » puis il exige de chacun des assistants un serment, qu’il prête le premier au véritable chef de l’entreprise, « au capitaine muet, » dont il n’est que le lieutenant. C'était le prince de Condé, avec qui la Renaudie s’était entendu, et dont, après le serment prêté, il ne craignit
plus de révéler le nom. Coudé commençait ainsi, sous le masque, le rôle de chef du parti huguenot,' qu’il allait jouer bientôt à face découverte.
Le coup qui devait frapper les Guises était habilement préparé. Cinq cents gentilshommes, parmi lesquels Castelnau de Chalosse, Maillé-Brézé, Ferrières- Maligny et quelques autres portaient des noms de très-bonne noblesse, devaient partir à cheval de leurs diverses provinces, en même temps qu’un millier d’hommes de pied, et filer par petites bandes vers Blois, où se trouvait la cour. Là, quelques notables huguenots, réunis en apparence pour présenter au roi une humble pétition en faveur de la liberté du culte réformé, avaient pour rôle véritable d’ouvrir à leurs coreligionnaires en armes les portes de la ville, et tous ensemble devaient se porter au 'château pour y saisir le duc de Guise avec le cardinal et « les faire punir par justice. » Mais il est sans exemple que le secret d’un complot aussi étendu ait été gardé en France. Déjà Philippe II, qui entretenait toute une armée d’espions dans le royaume, avait transmis aux princes lorrains quelques avis sur ce qui se préparait; bientôt deux des conjurés, soit peur, soit remords, révélèrent l’un au duc de Guise le plan général de l’entreprise, l’autre à la reine mère tous les détails de l’exécution. La cour quitte aussitôt Blois pour se rendre à Amboise, dont le château fortifié ne pouvait être enlevé par un coup de main; et pendant que le cardinal, qui, selon Brantôme, « étoit de nature fort timide et poltron, et le disoit lui-même, » dicte au roi un édit d’amnistie pour désarmer le gros du parti m ic
huguenot (2 mars), le duc, son frère, déterminé à attendre les rebelles, apprête silencieusement contre eux d’énergiques moyens de défense. Averti des préparatifs de la cour, l’intrépide la Renaudie n’en persiste pas moins dans son plan d’attaque : comment arrêter le mouvement imprimé à ces bandes qui affluent de tous les points du royaume? L’audace ne lui réservait-elle pas d’ailleurs encore quelques chances de succès? Mais tous ses mouvements étaient connus et surveillés, et Amboise avait eu le temps de recevoir dans ses murs la noblesse catholique des environs, accourue au secours de la religion et de la royauté en péril, lx chef des huguenots de Gascogne, Castelnau de Chalosse, est entouré dans le château de Noisay et forcé de se rendre au duc de Nemours; grand nombre de conjurés sont arrêtés isolément et conduits à Amboise, et il ne reste bientôt plus d’autre ressource à la Renaudie que de se faire tuer dans un effort désespéré pour rallier ses partisans (18 mars). Son corps fut attaché à une potence sur le pont d’Amboise, avec un écriteau qui portait ces mots; « La Renaudie, chef de rebelles. » Telle était cependant la résolution fanatique dont il avait animé les conjurés, que, le lendemain de sa mort, en plein jour, malgré leur petit nombre, les huguenots de Picardie, sous leurs chefs la Mothe et Coequeville, assaillirent la ville et se firent écraser par les soldats de l'armée royale. Brantôme rapporte que Condé et les Châtillons, pour se laver du soupçon d’être leurs complices, furent obligés de se mêler aux troupes qui les chargèrent.
Il est triste de voir les Guises, vainqueurs dans une
juste cause, la souiller par d'atroces barbaries, et ouvrir ainsi la porte aux horreurs qui suivirent. Le duc, investi par François 11 des pouvoirs illimités de la lieutenance générale du royaume, en usa pour substituer le terrible arbitraire du glaive aux formes de la justice. Tout ce qui fut pris parmi les fugitifs du tumulte d’Amboise fut sans jugement livré au bourreau; durant tout un mois, rapporte le protestant Itegnier de la Planche, dont le témoignage n'est que trop confirmé par les récits des catholiques, « on ne fit que décapiter, pendre et noyer gens ; » et nous voudrions pouvoir douter de ce qu'il ajoute, que chaque jour, après dîner, ccs effroyables exécutions étaient données en spectacle au roi et à ses jeunes frères, comme si I on eût pris à tâche d’endurcir leur enfance contre toutes les émotions de la pitié. Il fallut que le prince de Coudé allât une fois lui-même, du haut d’une fenêtre, assister à 1 agonie de ceux qui mouraient pour lui. Première honte et premier supplice que lui infligeaient ses ennemis victorieux! Ils eussent voulu davantage, si les preuves écrites n’eussent manqué contre lui. Accusé, de la bouche même du roi, d’avoir été le chef de la conjuration, Condé sentit qu'un trait d’audace pouvait seul le sauver. Il obtint de François II de réunir le conseil et toute la cour dans la grande salle du château d’Amboise, et là il donna un démenti solennel à ceux qui le chargeaient d’avoir conspiré contre la personne du roi et son État, se déclarant prêt à soutenir contre qui que ce fût ce démenti à la pointe de son épée. L'effet de cette bravade chevaleresque fut tel , que le
■2kk
duc de Guise, ainsi provoqué, ne trouva rien à dire, sinon « qu’ayant l’honneur d’être parent du prince, si le défi était accepté, il avait droit d être son second. »
On ne tarda pas à voir que le parti huguenot n’était pas pins abattu que son chef. Sans avoir fait encore profession publique de la réforme, Coligny, en arrivant à la cour, avait déclaré hautement à François Il que la paix ne pouvait être rendue au royaume que par un bon édit qui accorderait relâche à ceux de la religion, jusqu’à ce que les décisions d’un concile général eussent pacifié l Église. Le chancelier Olivier avait appuyé cet avis. L’hérésie, en effet, n’en était plus à se cacher timidement dans d’obscure conventicules; sur tous les points de la France, en Normandie comine en Languedoc , dans le Berri comme en Gascogne, à Mâcon comme à Angoulême, à Chartres comme à Valence, elle tenait ses prêches en plein jour; en certains lieux même, elle s’était installée de vive force dans les églises et les monastères. Les Guises s'étonnèrent de voir, après leur victoire d’Amboise, la fureur des libelles séditieux se déchaîner contre eux plus audacieusement que jamais. Bientôt même le bruit leur arriva que, dans le midi du royaume, des chefs de guerre ne craignaient point de déployer le drapeau de 1 insurrection religieuse. Ferrières-Maligny avait failli surprendre Lyon, pendant que le sire du Puy de Montbrun et les deux frères Mouvans parcouraient en armes les montagnes du Dauphiné et de la Provence, donnant le signal de cette guerre de destruction contre le culte catholique, qui
devait être un des fléaux infligés à la France par la réforme. Ces tentatives de rébellion furent réprimées sans grande effusion de sang; mais elles n’en témoignaient pas moins des progrès du mal et de l’impossibilité de le guérir par les moyens violents. Les difficultés de cette situation étaient si graves, qu'il y eut dans la politique des princes lorrains un moment d’hésitation : ils avaient vu François II, troublé par le concert d’imprécations que proféraient contre eux les huguenots suppliciés, concevoir la pensée de les éloigner momentanément, afin de ramener à lui le cœur de ses peuples; ils savaient que Philippe H luimême avait conseillé au roi cet éloignement ; ils savaient que la reine mère, par de secrètes intrigues nouées avec les Bourbons et les chefs des malcontents, se ménageait pour l'avenir d’autres chances que celle de leur alliance; ils voyaient enfin leurs embarras se grossir du mécontentement que causait depuis bien des années la mauvaise gestion des finances. 11 y aurait eu péril pour eux, en un tel état de choses, à heurter de front l’opinion publique, qui réclamait avec une égale impatience la réforme du gouvernement par les États généraux et l’apaisement des troubles religieux par le concile. Aussi , dans l’intérêt même de leur pouvoir, se montrèrent-ils disposés à accorder au vœu national cette double satisfaction. En même temps, pour flatter la reine mère, ils lui permirent de donner au chancelier Olivier, qui venait de mourir, un successeur de son choix. Ni les Guises, ni Catherine elle-même ne soupçonnaient quel était l’homme à qui furent remis alors Jes sceaux
du royaume. Michel de L’Hôpital n’était à leurs yeux qu’un magistrat lettré, aussi estimé pour sa probité que pour son savoir, et portant dans ses relations avec les grands des dehors respectueux, assortis à son humble origine. Il ne fallut rien moins que le poste éminent de chancelier de France et les circonstances au milieu desquelles il y fut élevé, pour mettre dans tout leur jour les lumières de son esprit et la grandeur de son caractère. La physionomie de L’Hôpital porte plus peut-être l’empreinte de la sagesse antique que celle du christianisme ; le choix de sa fière devise* semble plutôt inspirée parla morale du Portique que par celle de l’Évangile; mais sa vertu calme et austère n’en contraste pas moins noblement avec les passions et les mœurs de cette époque orageuse, et l’on peut dire de lui, que s’il ne lui fut pas toujours donné de faire le bien, toujours au moins il le voulut, et le voulut avec courage. L’édit de Romorantin, qui instituait provisoirement les évêques et les curés seuls juges du fait d’hérésie, fut porté par lui au Parlement avec des paroles d’une sage modération, auxquelles les voûtes du palais étaient peu accoutumées (juillet 1560).
Cependant, avant de tenter la hasardeuse épreuve des États généraux, on jugea prudent de réunir une assemblée de notables qu’on interrogerait sur les grandes questions que le gouvernement avait à résoudre. Les Bourbons y furent mandés et ne s’y rendirent pas ; le prince de Condé était en Guyenne