Affelto di signureggiart
attaquer les Açores, à la tête d’une escadre française (juillet 1582). Cette expédition échoua. Mais, sur ce point comme aux Pays-Bas, la guerre avait été engagée de fait avec Philippe 11 , et l’on devait s’attendre de sa part à de dangereuses représailles. Il avait sous la main les Cuises et les éléments de la Ligue tout prêts à se réunir en un corps redoutable. Il tenta même, démarche peu séante au roi catholique, de décider le roi de Navarre à rentrer en campagne contre Henri III. Il n’y avait armes qui ne fussent bonnes à son ambition et à sa vengeance.
Une de ses grandes intrigues fut mise alors au jour par larrestation de Nicolas de Salcède, Espagnol de naissance, un de ces scélérats déterminés qui mettent au service du plus offrant leur conscience sans scrupule et leur courage mercenaire. Salcède était allé aux Pays-Bas offrir au duc d’Alençon un régiment levé à ses frais, et le jeune prince, prompt à donner sa confiance, avait accepté avec empressement la proposition de 1 aventurier. Le prince d’Orange, moins facile à abuser, réunit bientôt sur Salcède de tels renseignements, que le duc d’Anjou lit arrêter cet homme à Bruges, et l’envoya prisonnier au roi son frère ( juillet 1582). Salcède, enfermé au donjon de Vineennes, y lit les aveux les plus circonstanciés sur une vaste conspiration dont il était 1 agent, et qui avait pour chefs les ducs de Guise et de Mayenne, avec quelques autres des principaux seigneurs de la cour. Le but des conjurés était, disait-il , « de mettre le roi en cage, et de livrer la France aux mains de Philippe IL Salcède varia dans ses déclarations, tantôt les aggra-
\ant sous l’empire de la torture, tantôt les rétractant; mais s’il y eut des doutes assez fondés sur la formidable étendue qu'il voulait donner au complot, il n'y en eut aucun sur le fond même de la trame ourdie contre Henri III. Le misérable monarque, qui, caché derrière un rideau , avait voulu entendre luimême les aveux que la question arrachait à l'accusé, trouva qu’il en savait trop, dans l’impuissance où il était d'atteindre les hautes têtes dénoncées à sa justice. 11 crut avoir tout fait, quand il eut livré Salcède au bourreau (25 octobre 1582). Si encore, averti de ses périls, il en eût profité pour diminuer les scandales qu’il donnait à ses peuples et les souffrances qu’il leur infligeait ! Mais l'année 1583 fut celle même où il fit peser sur eux les exactions les plus tyranniques; la saisie des rentes de l’hôtel de ville mit le comble aux colères des bourgeois de Paris. Au même temps, le duc d'Anjou, comme s’il eut été frappé du même aveuglement que son frère, achevait de se perdre par sa criminelle et infructueuse tentative contre la ville d’Anvers (janvier 1583). 11 avait voulu se rendre maître absolu aux Pays-Bas, et s’en fit chasser avechonte.il rentra en France accablé de chagrin, et avec une santé ruinée qui ne lui promettait plus de longs jours. L’attention publique commença dès lors à s’absorber de toutes parts dans cette fin prochaine du duc d’Anjou. L’héritier présomptif de la couronne allait être le roi de Navarre , et il était impossible de voir ce grave événement s’approcher sans les plus sérieuses préoccupations. Le sage de la cour de Nérac, Duplessis-Mornay, déjà en possession de toute la con-
HISTOIRE DK FRANCE.
fiance du Béarnais, lui écrivait alors, dans la prévoyance de sa grande destinée : « Sire, ces amours auxquelles vous donnez tant de soins ne sont plus de saison. 11 est temps que vous fassiez l’amour à toute la chrétienté, et particulièrement à la France, que par tous vos mouvements vous vous rendiez agréable à ses yeux. » D’un autre côté, un sourd frémissement commençait à agiter la majorité catholique du royaume, à l’idée d’un prince huguenot assis sur la première marche du trône. Chose aussi triste qu’étrange! ceux que l’attente de l’événement eût dû occuper le plus, le roi et Monsieur, semblaient y songer le moins. Ils passèrent ensemble à Paris le carnaval de l’année 1584 dans les folies les plus scandaleuses. La phthisie dont le duc d’Anjou portait le germe funeste ne fit que s’en développer avec plus de rapidité; il expira le 10 juin, ne laissant aucun regret, et « ayant acquis, dit d’Aubigné, autant d’ennemis qu’il y avoiUde personnes qui le connussent. » Sa mort devint le signal d’une des crises les plus redoutables qu’eût traversées jusqu’alors la monarchie française.