‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 19 sur 38 · De inimicis meis vindicabo inimicos meos · texte numérisé non relu

De inimicis meis vindicabo inimicos meos

petites rivières de ITsle et de la Dronne. Tout reluisait de leclat de l’or et de la soie dans le camp de Joyeuse; les brillants escadrons de gentilshommes (jui l’avaient suivi s’élaicnt parés pour la bataille comme pour une fête; ils allaient prouver qu aussi braves qu’efféminés, ils savaient mourir, mais ne savaient pas vaincre. Dans la petite armée des huguenots, ce n’étaient que pourpoints usés, armures rouillées et pauvre équipage; mais on lisait sur les visages des hommes et dans leur ferme et mâle contenance la vieille habitude de la guerre. Le prince de Condé et avec lui le comte de Soissons, bien que catholique, étaient venus se ranger autour du chef de leur maison. « Je ne vous dirai qu’une chose, leur cria le roi de Navarre, c’est que vous ôtes du sang de Bourbon, et vive Dieu! je vous montrerai que je suis votre aîné. — Et nous, repartit Condé, nous vous montrerons que vous avez de bons cadets. » La bataille ne dura qu’une heure; l’impétueuse charge des chevaux essoufflés de l’armée catholique alla se briser contre le rempart de fer que leur opposaient les escadrons serrés des huguenots, et Ton vit celte vaillante jeunesse, mise en désordre, se faire tuer avec une héroïque insouciance. Plus de quatre cents gentilshommes et de trois mille soldats restèrent sur le champ du carnage. Joyeuse et son frère, le sire de Saint-Sauveur, étaient du nombre. C’était la première fois, depuis le commencement des guerres civiles, que les huguenots étaient vainqueurs en bataille rangée (20 octobre 1587). Le roi de Navarre se fît un égal honneur par sa bravoure et par son humanité; il prom 20

digua ses efforts pour arrêter la furie de ses soldats aussi ardents au massacre qu’au pillage : mais, enrichis, comme ils l’étaient, par les opulentes dépouilles de l’armée royale, il ne sut point les retenir sous leurs drapeaux, et ne retira presque aucun fruit do sa victoire. D’Aubigné lui reproche de n’avoir pensé qu’à en aller faire hommage à la belle Corisande d’Andoins; triste faiblesse qui se retrouvera chez ce prince jusqu’à la dernière année de sa glorieuse vie! Sully n’est pas moins sévère envers son maître; il représente, après la journée de Contras, l’armée des huguenots dissoute par les divisions survenues entre le roi de Navarre et ses deux cousins, et ballottée en sens divers, sans aucune direction, « comme un grand vaisseau dans le milieu des ondes courroucées. »

Pendant ce temps, la puissante armée, levée en Allemagne et dans la Suisse protestante et rassemblée en Alsace, avait traversé la Lorraine, et s’était répandue dans les plaines de la Champagne (septembre 1587). Elle comptait près de quarante mille combattants; mais, au lieu d’avoir pour chef le prince Jean Casimir, qui jouissait au delà du Rhin d’un grand renom militaire, elle était sous les ordres du baron de Dohna, gentilhomme prussien, à qui rien ne donnait un suffisant ascendant sur ces bandes mercenaires. Dès leurs premiers pas en France, Dohna laissa prendre à ses troupes des habitudes d’indiscipline, qui ne pouvaient que retarder sa marche, et il arriva à grand’peine vers le milieu d’octobre aux bords de la Loire. Les huguenots français qui accompagnaient l’armée allemande, eussent voulu qu’on se

hâtât de traverser le fleuve pour aller donner la main au roi de Navarre; reîtres et lansquenets s y refusèrent; ils aimèrent mieux se rapproeherd e Paris, et aller vivre à discrétion dans les grasses plaines de laBeauce. Le duc de Guise qui, avec un corps d’armée trop faible pour leur livrer bataille, les suivait * elles observait dans leur marche, conçut l’audacieuse pensée de les surprendre la nuit dans leurs cantonnements, à Vimory, près de Montargis. Comme son frère, le prudent Mayenne, hésitait et l’engageait à réfléchir : « Les réflexions que je n’ai point faites en un quart d’heure, je ne les ferai point en un an, » lui répondit-il, et il ordonna l’attaque, dont le succès fut complet. Les Allemands, qui se gardaient mal, perdirent grand nombre d’hommes et de chevaux (20 octobre). Paris, à qui l’on faisait croire que le roi le délaissait à dessein, jeta des cris de joie et salua Guise du nom de son libérateur. Les éclats de l’allégresse publique y furent bien plus grands encore, lorsqu’on apprit, quinze jours après, que le héros de la Ligue avait, pour la seconde fois, surpris les Allemands assoupis par la débauche, et en avait fait un carnage affreux dans le bourg d’Auneau, près de Chartres (11 novembre). Ce coup, joint à celui que d’Épernon avait frappé à Gien sur un corps de troupes suisses, décida du mouvement rétrograde de l’armée d’invasion. Affaiblis chaque jour par la désertion, harcelés par les habitants des campagnes qui les massacraient sans pitié, menacés à la fois par Guise et par d’Épernon dans leur retraite précipitée, ces formidables auxiliaires de la cause protestante furent

trop heureux de conclure avec le roi une capitulation qui permit à leurs débris de reprendre la route de l’Allemagne.

La nouvelle de cette transaction excita à Paris chez les ardents ligueurs une vive colère; ils opposaient la lâche conduite de Henri III à celle du vainqueur de Yimory et d’Auneau, « sans la constance et prouesse de qui l’arche sainte fût tombée entre les mains des Philistins. » « Il n’y eut prédicateur, ajoute l’Estoile, qui ne criât que Saül en avait tué mille, et David dix mille, dont le roi fut fort mal content. » Il le fut bien plus encore en apprenant une délibération de la Sorbonne, qui attribuait aux sujets « le droit d’ôter le gouvernement aux princes qu'on ne trouvait pas tels qu’il fallait. » Mais alors, comme toujours, on vit le monarque insensé, au lieu de tâcher de ramènera lui l’opinion de ses peuples, se faire un jeu de l’irriter davantage. Les funérailles qu’il fit au duc de Joyeuse furent celles d’un roi, et il y prodigua des sommes àgrand’peine arrachées à la détresse publique. En même temps, la dignité d’amiral de France et le gouvernement de la Normandie, riches dépouilles du vaincu de Coulras, furent entassés sur la tête du duc d'Épernon, déjà chargée de tant de richesses et d’honneurs (janvier 1588). Pour être conséquent avec lui-même, Henri III eût dû écouter les conseils de ce favori, chez qui du moins le courage égalait l’arrogance. Mais il était retombé dans sa mollesse et dans sa frivole imprévoyance; il parlait d’aller au printemps assiéger la Rochelle, et en attendant, il se livrait, comme de

coutume, aux folies du carnaval. On savait qu’il devait avec d’Épernon courir la ville le mardi gras, sous un joyeux déguisement, et deux des plus audacieux ligueurs, la Chapelle-Marteau et Bussy Leclerc formèrent le projet de se saisir de sa personne, au milieu du tumulte de la mascarade. Nicolas Poulain révéla ce nouveau complot : tout ce que fit le roi fut de rester ce jour-là enfermé au Louvre. Cette inerte défensive semblait lui suffire, pendant que tout était autour de lui dans une menaçante fermentation, que son nom était outragé chaque jour parles libelles les plus injurieux, que la chaire provoquait au renversement journalier de son autorité, et que l'audacieuse duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise, se vantait tout haut de porter à sa ceinture les ciseaux qui devaient donner au roi de Pologne et de France une troisième couronne.

Ce fut au milieu de ces circonstances que les Guises réunirent autour d’eux à Nancy leurs principaux adhérents pour y rédiger en commun une requête, qui fut adressée au roi dans le courant du mois de février. C’était une sommation dernière que la Ligue faisait à Henri III, avant de le traiter en ennemi déclaré. On exigeait « qu'il se joignît plus ouvertement et à bon escient à la sainte Union, qu’il s’engageât à ôter d’autour de lui, ainsi que des places, états et offices importants, ceux qui lui seraient nommés, » et entre autres gages de son adhésion, on lui demandait la publication en France du concile de Trente, et l’établissement du tribunal de l’inquisition dans lés principales villes du royaume. Henri, comme s'il

eût eu à attendre du temps des secours ou des lumières, ajourna sa réponse : l’heure approchait où il allait voir un sujet plus puissant que lui lui venir enlever la souveraineté de sa capitale.

Les Seize qui voyaient le secret de leurs conciliabules chaque jour livré au roi, et qui craignaient que son inertie ne cachât de profonds desseins de vengeance, pressaient le duc de Guise d’arrher à Paris, où l’appelait le cri populaire. C’était engager la lutte, et avant d’en venir à ce moment suprême, le prince lorrain, chez qui une certaine hésitation se mêlait aux ardeurs de l’ambition, voulut mettre de son côté toutes les chances delà victoire. Il ne quitta Nancy, qu après s’être assuré des forces que lui pouvait fournir la ligue parisienne. La Chapelle-Marteau lui ayant répondu de trente mille combattants, il leur envoya des officiers de son choix, dirigea sur la capitale de petits détachements de gens de guerre qui lui appartenaient, avec ordre de se tenir cachés dans les faubourgs, et s’avança lui-même jusqu’à Gonesse, presque aux portes de Paris. 11 apprend là qu’une nouvelle entreprise formée par les Seize vient d’échouer : au lieu de trouver le roi captif et la ville levée en armes pour le recevoir, il trouve le roi averti et quatre mille Suisses appelés de Lagny, comprimant le peuple par leur présence. II retourne à Soissons, mais en laissant aux bons catholiques la promesse de ne les pas abandonner. Ce n’est plus dès lors de nuit, c’est en plein jour, sous les yeux mêmes du roi et malgré ses défenses, qu’il se prépare à faire son entrée dans la capitale. Henri III, qui en est in-

formé, lui expédie messages sur messages, pour l’arrêter dans sa marche; ordres et prières sont également éludés, et le 9 mai 1588, à midi, le due de Guise, avec une simple escorte de sept cavaliers, se présente à la porte Saint-Martin, d’où part une longue acclamation de joie pour annoncer son arrivée à la ville tout entière. Bientôt les rues sont pleines d’une foule ivre d’enthousiasme qui se porte au-devant de son héros; on l'embrasse, on le couvre de fleurs, on se prosterne devant lui, comme devant un saint, on lui fait toucher des chapelets; et au milieu de ces témoignages d’une véritable idolâtrie, il est porté par le flot populaire à l’hôtel de Soissons, résidence de la reine mère, et de là dans le cabinet du roi au Louvre. Henri 111, dans le premier transport de sa colère, hésita s’il ne frapperait pas sur son audacieux ennemi le coup que plus tard il devait frapper à Blois. S’il eût écouté l’abbé del Bene et le Corse Alphonse d Ornano, le rôle du grand chef de la l.igue eut été terminé ce jour-là. Mais la vie du roi l’eut été peut-être aussi, et c’est en lui montrant la multitude furieuse, prête à forcer les portes du Louvre presque sans défense, que Bellièvre et le chancelier Chiverny arrêtèrent l’ordre qui allait sortir de sa bouche. L entrée de Guise le surprit au milieu de son indécision. A l’air dont le roi le reçut, au ton dont il lui parla, à quelques mots qu’il échangea à part et à voix basse avec sa mère, le duc comprit le danger qu’il courait, et n’eut rien de plus pressé que de mettre fin à l acté de soumission menteuse qu’il venait de faire. 11 sortit tout pâle, et ne retrouva son sang-froid que hors du

palais, au milieu de la foule qui lui fit cortège jusqu'à sa demeure. Dès le soir, l’hôtel de Guise devint une forteresse, pleine de gens de guerre et de bourgeois armés; le roi, de son côté, se mit en défense dans le Louvre, comme dans une place assiégée.

Deux jours se passèrent durant lesquels le roi et le duc se virent plusieurs fois, sans faire autre chose que d’éehanger d’amères et violentes récriminations. Guise, bien entouré et sûr de l’appui des Parisiens, avait repris toute son audace; il accusa le roi d’avoir violé sa promesse de poursuivre à outrance les huguenots, et lui repi’ocha ses aveugles complaisances pour d’Épernon, partisan déclaré de l'hérésie. Henri III se justifia en rappelant tout le mal qu’il avait fait aux hérétiques, et rejeta sur les entraves que la Ligue apportait à son gouvernement l’impuissance où il s’était trouvé de faire davantage. Il annonça en même temps sa résolution de chasser de Paris un ramas d’étrangers, venus pour y fomenter la sédition. C’étaient ceux mêmes que le duc de Guise y avait donnés pour auxiliaires à la milice parisienne. Des deux côtés, la guerre était au fond de ces paroles. Catherine de Médicis, qui s’agitait toujours dans l’intrigue, malgré son âge et sa santé défaillante, s’efforça de prévenir par des négociations le choc inévitable qu'elle voyait approcher avec épouvante. Mais Guise qui, sous les emportements de Henri III, avait reconnu la peur, ne négociait que pour l’avoir à sa merci, et Henri III n’avait d'autre pensée que celle d’écraser la Ligue et son chef sous L explosion trop longtemps retardée de sa colère. Il avait fait entrer

HISTOIRE DK FRANCE.

dans la ville les quatre mille Suisses cantonnés dans les faubourgs, en même temps que le régiment des gardes françaises, et avec cette force, jointe à plusieurs des compagnies bourgeoises, qu’il croyait lui être fidèles, il se regardait comme assuré de mettre la main sur ceux dont il voidait faire un redoutable exemple.

Le 12 mai, avant le jour, ses troupes, l’arme au pied, occupaient tous les postes militaires de la capitale, et leurs chefs les maréchaux de Biron et d’Aumonl, avec le brave Crillon et le corse Ornano, n’attendaient que des ordres pour accabler de leurs coups l’insolente bourgeoisie qu’ils accablaient déjà de leurs mépris. Mais, à l’heure d’agir, le roi, tiraillé en sens contraire par ses divers conseillers, était retombé dans ses irrésolutions accoutumées; il retardait de moment en moment les ordres qu’on lui demandait, et pendant ce temps Pans s'était levé tout entier. L’Université et la Cité s’étaient émues les premières; les écoliers et les moines avaient répondu aux cris poussés par les bateliers des ports et la populace de la place Maubert, et les compagnies fidèles de la garde bourgeoise avaient été en un instant emprisonnées au milieu de l'innombrable armée, fournie à la Ligue par les plus turbulents quartiers de la capitale. Bientôt les troupes elles-mêmes, par suite d un plan que les Seize avaient combiné à l'avance, se trouvèrent enveloppées par des centaines de barricades, et hors d état de se mouvoir. A l’entrée de chaque rue étaient tendues des chaînes scellées dans la muraille, derrière lesquelles des tonneaux remplis de pavés et de sable formaient

autant de remparts garnis d’arquebuses. Henri III, de ses fenêtres, put voir ces formidables retranchements de l’émeute parisienne poussés jusqu’aux approches du Louvre. On lui annonce alors que, sur quelques points, ses soldats ont rendu leurs armes ; qu’en d'autres quartiers ils soutiennent un feu terrible, auquel ils peuvent à peine répondre ; qu’ailleurs, au marché et au cimetière des Innocents, ils vont être livrés sans défense à la rage populaire. L’ordre de la retraite leur est sur-le-champ expédié; mais Biron et d’Aumont qui le portent ont été reçus à coups d’arquebuse, et pour qu’il puisse s’exécuter, pour que les barricades s'ouvrent et laissent passage aux troupes royales, il faut la présence du duc de Guise, qui, dans la pleine assurance de son triomphe, crut pouvoir se donner les faciles honneurs de la clémence. Sorti de son hôtel, en pourpoint blanc et une baguette à la main, il apaisa partout le peuple par le seul son de si voix, et fit rendre aux soldats leurs armes, se contentant de les renvoyer à leur maître vaincus et humiliés.

Les amis du duc, et plus qu’aucun autre sa sœur, la duchesse de Montpensier, eussent voulu qu’il poussât jusqu'au bout sa victoire, en s’emparant de la personne du roi. Il y eût réussi, sans doute, s’il l’eût tenté. Mais il avait un sentiment plus vrai de sa situation qu’aucun de ses conseillers, et malgré quelques clameurs parties du sein de la multitude pour l’appeler à Reims, il ne croyait pas que le moment fût venu encore de franchir le grand pas qui le séparait du trône. Le but momentané de son ambition

était le titre de connétable ou celui de lieutenant général du royaume, sorte de mairie du palais qui devait l’acheminer à la haute fortune des rois carlovingiens. Ce fut sur cette hase, mais sur celle-là seulement, qu’il consentit à traiter avec le roi, lorsque, dans la soirée, la vieille Catherine, dont la chaise à porteurs avait à grand’peine traversé les barricades, vint, au nom do son fils, s’enquérir des conditions que le vainqueur prétendait imposer à la royauté. Elle üt tout pour obtenir une moins dure capitulation; mais elle trouva le duc inflexible à exiger la lieutenance générale conférée par lettres patentes, et ratifiée, dans le plus bref délai, par les États généraux. L’exhérédation du roi de Navarre et de ceux» des Bourbons qui adhéraient à sa cause; la destitution de toutes leurs charges et dignités prononcée contre le duc d’Épernon et son frère la Valette, contre les maréchaux de Biron et de Retz, contre Crillon et Alphonse d Ornano; l’amirauté donnée à Mayefine, les gouvernements de Normandie et de Picardie aux ducs d’Elbeuf et d’Aumale, celui de Paris et de l’Ile de France au comte de Brissac ; six places de sûreté de plus pour la Ligue; le duc de Guise, enfin, charge seul de diriger les opérations de la guerre contre les huguenots, telles étaient les stipulations accessoires du traité, au prix duquel il était permis à Henri III de garder le simulacre de l’autorité souveraine. Malgré l’inexorable nécessité qui le pressait, le monarque, plus irrité qu’effrayé, ne put se décider à tomber si bas, et le lendemain matin, 13 mai, il fallut que la reine mère se fît encore une fois porter à l’hôtel de

Guise, pour lâcher d'amener le duc à de moins rigoureuses exigences. Guise, pour se saisir plus sûrement des fruits de sa victoire, avait pendant la nuit donné l'ordre que le feu de l’insurrection ne s’éteignît pas* les barricades avaient été renforcées et poussées jusqu’à la porte du Louvre, et quinze mille hommes des compagnies bourgeoises s’étaient mis en marche pour fermer lissue du palais sur la campagne. Catherine reconnut bien vite quelle n’obtiendrait rien de plus que la veille, et elle mettait toute son adresse diplomatique à discuter longuement, en les acceptant l’un après l’autre, les articles de la capitulation, lorsque Maineville, un des agents du duc, lui vint annoncer que le roi était parti. 11 pâlit du coup, et dit vivement à Catherine: «Je suis trahi; pendant que vous m’amusez ici, le roi s’en va pour me perdre.» Le roi, en effet, informé de l’approche des bandes qui venaient lui fermer la seule porte encore libre pour lui, était descendu tranquillement, comme pour faire au jardin des Tuileries sa promenade accoutumée; puis étant monté à cheval dans les écuries du palais, il avait gagné Saint-Cloud à bride abattue. Un moment, dit-on, il s’arrêta dans sa course précipitée, et les yeux tournés vers « son ingrate capitale, » il lança sur elle sa malédiction, jurant qu’il n’y rentrerait que par la brèche. Il avait donné rendez-vous dans les murs de Chartres à toute sa cour laissée derrière lui.

Si le duc de Guise a\ait éprouvé un trouble réel, en apprenant que Henri III était hors de ses mains, il prit .aussitôt son parti de cette déconvenue, et s’ap-

pliqua à régulariser dans Paris son pouvoir usurpé. La mère et la femme du roi étaient restées; il s’aida de leur présence pour amoindrir l'énormité de ce qui venait de se passer. L’action du gouvernement fut promptement rétablie ; les barricades disparurent, les boutiques se rouvrirent; tout rentra dans l'ordre à la voix de ce chef si follement adoré, tout plia sous l’irrésistible autorité de son commandement, sauf la fière indépendance du premier président du Parlement, Achille de Harlay. « C’est grand’ pitié quand le valet chasse le maître, répondit l’intrépide magistrat au triomphateur, qui par des insinuations doucereuses l’engageait à s’accommoder au temps Au

reste, mon âme est à Dieu, mon cœur est au roi, et mon corps est entre les mains des méchants: qu’on en fasse ce qu’on voudra. » Le Parlement, à la sollicitation de Catherine, n’en reprit pas moins dès le lendemain le cours interrompu de ses audiences (14 mai). Le bureau de la ville fut en même temps renouvelé par l élection populaire, et le nouveau prévôt des marchands, La Chapelle-Marteau, avec ses échevins, s’empressa d’écrire aux autres bonnes villes du royaume, afin de leur annoncer ce que Paris venait de faire pour la religion catholique, et réclamer leur union avec la capitale, « comme celle des membres avec le chef. » Des lettres du duc accompagnaient celles des magistrats, lettres où respirait l’orgueil de la victoire, où il remerciait Dieu de sa protection, et exhortait les bonnes villes « à ne pas laisser perdre celte occasion inopinément venue du ciel; » mais où il recommandait en même temps de garder inviolable

a la fidélité due au roi. » C^es dernières paroles étaient un aveu de la force que Guise sentait encore aux mains de Henri 111 ; loin de se persuader, comme Alexandre Farnèse, que le sujet qui a tiré l’épée contre son prince en doit jeter le fourreau, il s’efforcait d’amortir en apparence le coup porté à la royauté, et de faire aboutir aune conclusion pacifique l’insolent attentat des barricades. Un de ses affidés, le capitaine Saint- Paul, se rendit .à Chartres, porteur des protestations de respect et d’obéissance du vainqueur envers le vaincu, et bientôt après se succédèrent aux pieds du roi, le frère Ange de Joyeuse, avec ses capucins, et les députés du Parlement, également venus pour implorer l'oubli de ce qui s’était passé à Paris. On a peine à comprendre comment ces démarches suppliantes ne relevèrent pas le courage de Henri III, comment libre et entouré de troupes, dans une ville fidèle, il ne trouva pas le langage et l’attitude d’un roi devant des sujets qui l’avaient outragé. Tous ses discours, toutes ses lettres, au contraire, sont sur le ton de l’apologie; au lieu de s’exprimer avec le juste ressentiment de la majesté royale offensée, il n’a dans la bouche que des plaintes et des offres de pardon sans dignité. On en profita bien vite à Paris, et une députation partit de l'hôtel de ville (29 mars), non plus avec une humble supplique, comme celle du Parlement, mais avec une impérieuse requête, signée des princes catholiques unis, et n’exigeant rien de moins que ce qu’avait exigé au Louvre l’émeute victorieuse. Henri consentit à traiter, mais sans se presser de conclure: en sacrifiant tout d’abord d’É-

pernon, et affectant même de l’accabler de sa disgrâce, il s’était flatté de trouver sur les autres points les chefs de la Ligue moins intraitables ; il se trompait. On ne lui céda rien, et ce fut en vain qu’aidé de sa mère, ou plutôt trahi par elle, il lit traîner j>endaut plus de deux mois la négociation. La grande armada de Philippe II qui approchait des côtes de Normandie et à laquelle les ligueurs allaient, disait-on, livrer le Havre, fut l’épouvantail dont Catherine se servit pour vaincre les dernières hésitations de son fils, et la capitulation du roi avec la Ligue fut publiée sous forme d’édit, à Rouen le 19 et à Paris le 21 juillet 1 588. Aux conditions stipulées à Paris et énoncées ci-dessus étaient ajoutées l’amnistie de la grande rébellion des barricades et la ratification de tous les actes qui l’avaient suivie. En signant cet édit, le misérable monarque ne put retenir quelques larmes que fit tomber de ses yeux l’amer sentiment de sa dégradation ; mais ce ne fut que d’un moment. Henri III, se souvenant des enseignements de Machiavel et des exemples de sa mère, venait d’entrer dans un système de dissimulation profonde, d’où il ne devait sortir que le jour de sa vengeance. Le duc de Guise, en possession de la réalité du pouvoir, voulut se donner les honneurs du désintéressement, en feignant de renoncer à la lieutenance générale du royaume; le roi n’entendit point lui laisser cet avantage; il fit expédier le 4 août les lettres patentes, par lesquelles il 1 instituait son lieutenant pour la conduite des armées, ajoutant à cet accomplissement de ses promesses les marques les plus empressées de son

affection et de sa confiance. H lui refusa une seule chose, ce fut de rentrer à Paris. 11 l’invita à le suivre à Blois où il avait convoqué les États généraux (1 1 septembre).

Pendant ce court entr’acte du drame redoutable qui se jouait en France, survint la catastrophe de l'invincible armada du roi catholique. 11 y avait plusieurs années que ce prince, dans tous les ports de sa vaste monarchie, armait des navires destinés à envahir l’Angleterre. Rien encore ne s’était vu de pareil aux préparatifs de cette gigantesque expédition; Élisabeth s’en était sentie troublée, et pour détourner le coup, elle avait pendant tout un an prêté l'oreille aux propositions de paix dont l’amusait le prince de Parme. Sa fermeté d’esprit et de cœur ne lui revint qu’en face du danger même, lorsqu’elle sut que l'armada se rassemblait à Lisbonne, pour faire voile vers les côtes d'Angleterre. Cette flotte superbe de cent cinquante vaisseaux portait huit mille matelots, vingt mille soldats, plus de deux mille canons et une quantité immense d’approvisionnements de tout genre ; elle portait en outre, sous les ordres du cardinal William Allen, toute une armée de prêtres et de religieux destinée à la conquête spirituelle de la Grande- Bretagne. Les tempêtes commencèrent à l’assaillir, à sa sortie même du Tage (‘29 mai), et ce ne fut que vers la fin du mois de juillet qu’elle entra dans la Manche. Là tout lui fut contraire ; Alexandre Farnèse, qui devait jeter en Angleterre ses trente mille vétérans, au même temps où s'opérerait le débarquement de l’armada, demeura bloqué dans les ports de Flandre

par l'escadre des Provinces-Un ies : Drake, au lieu d'obéir à sa souveraine et d’attendre l’ennemi dans la rade de Plymoulh , sortit audacieusement, avec cinquante de ses légers navires, au-devant de la masse pesante et mal maneeuvrée des vaisseaux espagnols, et pendant plusieurs jours les harcela avec succès ; puis, en face de Calais, il lança de nuit contre eux des brûlots, qui leur portèrent le désordre et l’épouvante (7-8 août). Les vents du sud, qui s’élevèrent dès le lendemain avec violence, achevèrent son ouvrage : la flotte invincible, forc<*e de fuir devant la tempête, fut poussée au nord jusqu’au delà de la pointe septentrionale des îles Britanniques, et depuis les rochers des Hébrides jusqu au fond de la baie de Biscaye, elle couvrit l’Océan de ses débris. L'Angleterre délivrée poussa un long cri de joie, et quand la triomphante Elisabeth, montée sur sa haquenée blanche, alla s'offrir aux hommages de ses milices rassemblées au camp de Tilbury, elle y fut accueillie par les transports du plus ardent enthousiasme. L’Espagne, vaincue et humiliée, n’en conserva pas moins tous ses respects et son admiration pour le monarque, qui, après avoir par sa patiente énergie créé un si prodigieux armement, en supporta la perte avec une impassible sérénité. Philippe II, en acceptant le grand revers dont il plaisait à Dieu de l’affliger, le remercia de l’avoir fait assez puissant pour le réparer. Le génie de la nation était tout entier dans celte parole, la rodomontade castillane avec la résignation chrétienne. En France, le coup fut vivement ressenti par les chefs de la Ligue, mais ils ne s’en m 26

montrèrent pas découragés. Les élections avaient assuré à la cause catholique la majorité des voix dans les États généraux, et ils comptaient sur cette assemblée pour consommer leur victoire. Profitant de la confiance à laquelle Henri III semblait de plus en plus l’admettre, le duc de Guise renouvelait chaque jour auprès de lui ses instances pour obtenir que l’office de chancelier fût conféré au plus intime et au plus habile de ses confidents, l’archevêque de Lyon, d Espinac; nulle réponse définitive ne lui avait encore été faite. Quel fut son étonnement et celui de la cour, lorsqu’on apprit que, par un changement que rien n’expliquait, le conseil du roi était tout entier renouvelé! Les sceaux étaient redemandés «à Chiverny, mais non pour être remis à d’Espinac; le choix royal était tombé sur un simple avocat au Parlement, Montholon, connu seulement du monarque par son grand renom d’intégrité; les deux secrétaires d’État, Ruzé de Beaulieu et Revol, ne lui étaient également recommandés que par leurs qualités d honnêtes gens et de bons catholiques. La manœuvre était habile : ces nouveaux venus n'étaient point en butte aux haines publiques qui pesaient sur les anciens conseillers de Henri 111, comme sur lui même, et sous le prétexte de les initier aux affaires, le roi était tout naturellement autorisé à s’en mêler plus qu’il ne l'avait fait auparavant. C’était se présenter aux États dans une situation avantageuse.

L’ouverture de cette assemblée avait été fixée d’abord au 15 septembre; mais ni les princes, ni les députés ne s’étant pressés d’arriver à Blois, de retard

en retard la cérémonie fut remise au 1 6 octobre. Les détails de cette séance royale, qui eut lieu dans la grande salle du château de Blois, nous ont été conservés par plusieurs des contemporains avec la plus scrupuleuse fidélité. Ils nous montrent, avant l’entrée du roi, « M. de Guise perçant de ses yeux toute 1 épaisseur de l'assemblée, pour connaître et distinguer ses serviteurs, et d’un seul élancement de sa Mie les fortifier dans leurs espérances et leur dire, sans parler: «Je vous vois. » Henri III nous apparaît ensuite, ayant mis son art à se bien composer pour jouer dignement son personnage. Sa harangue « docte et belle » fut prononcée avec une aisance, une grâce et une chaleur qui produisirent parmi les auditeurs une irrésistible émotion. L’effet fut grand surtout, lorsqu'on entendit les paroles fermes et hautes qu’il laissa tomber sur la tète du duc de Guise, assis comme grand maître au pied du trône. « Par mon saint édit d’union, disaitil, toutes autres ligues que sous mon autorité ne se doivent souffrir ; ni Dieu ni le devoir ne le permettent; car toutes ligues, associations, levées d’hommes et d’argent, tant dedans que dehors le royaume, sont actes de roi, et en toute monarchie bien ordonnée, c’est crime de lèse-majesté sans la permission du souverain. Aucuns grands de mon royaume ont fait de telles ligues et associations ; mais témoignant ma bonté accoutumée, je veux bien mettre sous le pied, pour ce regard, tout le passé. » C’était là un langage de roi; mais les actes ne répondirent pas aux paroles, et dès le soir même Henri III perdit tout ce qu’il avait reconquis de sa dignité dans celte solennelle circon-

stance. Le cardinal de Guise et d'Espinac le contraignirent à ne publier son discours qu "après en avoir retranché le passage où les chefs de la Ligue étaient dénoncés comme s’étant rendus coupables du crime de lèse-majesté. Il lui fallut le surlendemain subir un autre affront : quoiqu'il se fût engagé par serment à observer l’édit d'union, on exigea qu’il le jurât de nouveau, à la face des États, et qu’il le fît jurer à chacun des députés des trois ordres, comme loi fondamentale de l’État.

11 n’y a pas à rechercher ici, comme dans les réunions précédentes des États généraux, ce qui fut tenté pour la meilleure administration du royaume; la question religieuse dominait tout le reste, et le roi, malgré ses engagements avec la Ligue, était encore regardé par elle d un œil d’inquiétude et de défiance. Toutes les mesures prises par l’assemblée furent donc des actes d’hostilité contre sa personne et son pouvoir. Les présidents des trois ordres, le cardinal de Guise, le comte de Brissac et La Chapelle Marteau, étaient pour lui autant d’ennemis personnels. Ce dernier, avec le président de Neuilly, comme lui député de Paris, soufflaient leur esprit démocratique à ceux des autres villes, et l’on entendait chaque jour la souveraine prérogative des Etats mise audessus de celle de la royauté. En matière de tinances, toutes les demandes de subsides étaient rejetées. Deux armées chargées de poursuivre la guerre contre les huguenots, avaient été mises sous les ordres du duc de Mayenne et du duc de Nevers; les clameurs impatientes de l’assemblée pressaient leur entrée en

campagne, et cette même assemblée exigeait la diminution, presque la suppression de toutes les tailles. Non-seulement les troupes, mais le roi lui-même et sa maison étaient réduits au dénûment, et le monarque, si prodigue naguère, expiait le scandale de ses folles profusions, en manquant des sommes nécessaires à l'entretien de sa table. La nouvelle de l’envahissement du marquisat de Saluces, enlevé en pleine paix à la France par le duc de Savoie, vint tomber comme la foudre au milieu des délibérations des États, et si quelques cris partirent des rangs de la noblesse pour réclamer en faveur de l’honneur outragé de la couronne, les voix réunies du clergé et du tiers décidèrent que le soin de cet honneur devait passer après celui de la guerre contre l’hérésie. Quelque impénétrable que Henri tâchât de se rendre à ceux qui l’entouraient, à sa mère surtout, il lui était impossible de ne pas trahir quelquefois, malgré lui, les mouvements violents que ces outrages répétés excitaient dans son âme. Guise avait déjà reçu quelques avis de quitter le château de Blois, où il était trop exposé à la vengeance de celui qu’il avait tant offensé. Mais plus le roi sentait croître sa haine, plus il était soigneux de la dissimuler, et le 4 décembre, pour offrir à son superbe ennemi un gage de réconciliation plus assuré que tous ceux qu il lui avait donnés jusqu’alors, il communia avec lui, et, après la messe, renouvela sur la sainte hostie le serment que déjà il avait prêté deux fois à l'édit d’union.

Le duc de Guise s’endormit moins peut-être sur cette assurance que sur l’opinion où il était de la l’ai-

blesse de cœur du monarque. Il eût cru indigne de lui de quitter la partie, au moment où le vole des États allait lui conférer, avec l’épée de connétable, un pouvoir indépendant de celui de la royauté. C’était ce moment même que Henri III avait résolu de prévenir. Avec l’orgueil du sang des Valois et sa croyance aux droits sans limites de sa couronne, avec les leçons qu’il avait reçues de son éducation et les exemples journaliers que son siècle lui donnait, sa conscience n’hésita pas un seul instant sur le moyen qu’il devait employer pour assurer sa vengeance. Toute l’affaire était pour lui de réussir. Grillon n’avait pas ressenti moins ardemment que son maître les insultes faites à la majesté royale, mais c'était en champ clos que sa loyale épée s’offraità les venger. Henri jugea plus sûrde s’en remettre au dévouement aveugle de ses Quarantecinq. C’étaient pour la plupart des cadets de Gascogne, gens de main, pour qui tout ordre du prince qui les nourrissait et les payait était sacré. Huit d’entre eux furent choisis pour être les exécuteurs de la justice sommaire du roi. Le 23 décembre 1ô88, Henri III convoqua son conseil pour le lever du jour, sous le prétexte d'une retraite qu’il se proposait d’aller faire, pendant les fêtes de Noël, à Notre-Dame de Cléry. Le conseil était assemblé et le duc de Guise venait d’y prendre place, lorsqu’il reçut du secrétaire d'Étal Revol l’invitation de passer dans la chambre du roi. Au moment où il levait la tapisserie pour y entrer, les huit meurtriers se jetèrent sur lui et le percèrent de leurs dagues et de leurs épées. Il alla rouler mort au pied du lit royal. Son frère le

cardinal fut arrêté un instant après : on trouva à grand’peine quatre assassins assez résolus pour l’aller tuer dans sa prison.

Un grand coup venait d’être frappé; en voyant le héros de la Ligue étendu à ses pieds, Henri 111 s'était flatté de l’avoir abattue avec lui tout entière, et il s’était écrié d’une voix triomphante : « Nous ne sommes plus deux! je suis roi maintenant! » Il ne tarda pas à reconnaître qu’il s’était fait une déplorable illusion, et que son pouvoir n’était point par là relevé. « C’est bien coupé, lui dit sa vieille mère qui touchait au terme de sa vie, mais saurez-vous recoudre ? » Parole tristement prophétique ! La monarchie, en effet, après ce coup, allait se déchirer de telle sorte qu’une main bien puissante, une autre main que celle de Henri III pouvait seule en rassembler les lambeaux. Le sang du duc de Guise et du cardinal avait suffi à la vengeance du roi ; il s’était contenté de faire arrêter ceux des princes de leur maison qui se trouvaient à Blois, en même temps que le cardinal de Bourbon, l’archevêque de Lyon, le comte deBrissac, La Chapelle Marteau et quelques autres des députés de Paris. Mais les portes de Blois ne purent être si bien fermées qu il ne s’en échappât plusieurs, qui portèrent le lendemain dans la capitule la nouvelle du tragique événement. Ce ne furent d’abord que pleurs et gémissements mêlés dans les églises aux prières de la grande solennité de Noël ; Paris semblait avoir tout perdu, avec le duc de Guise, tant l’illustre aventurier avait fasciné les imaginations et enchaîné les cœurs! Mais lorsque après vêpres la multitude en

larmes se fut portée chez la veuve du duc et chez sa sœur, la duchesse de Monlpensier, les paroles de ces princesses tournèrent en rage la douleur populaire, et l'explosion en fut soudaine et terrible. En un instant on vit les armoiries du Valois brisées et couvertes de boue, son chiffre effacé, ses portraits lacérés, Paris levé en armes contre lui. C’était des chaires surtout que partait le cri de guerre contre le traître, contre l’assassin voué à la vengeance divine et à l’exécration des siècles. Ixs Seize, malgré les otages dont les têtes pouvaient répondre à Blois de leurs entreprises contre l’autorité royale, s’occupèrent tout aussitôt de régulariser, sans le ralentir, le grand mouvement de l’indignation publique. Le duc d Aumale, cousin du défunt, tout décrié qu’il était, fut nommé gouverneur de Paris jusqu'à l’arrivée du duc de Mayenne ; des mesures furent prises pour approvisionner la ville et la mettre en état de défense: les politiques furent assaillis dans leurs demeures, arrêtés en masse et jetés dans les prisons. Nulle nouvelle, pendant ce temps, du moindre effort de la royauté pour réprimer ces actes d’une audacieuse insurrection. On s’enhardit alors à franchir un pas plus décisif, et le ? janvier 1589, « Messieurs de la ville » présentèrent à la faculté de théologie, assemblée en Sorbonne, une requête par laquelle ils lui posaient la question de savoir « s’il n etoit pas licite nu peuple de France de s’armer et de s’unir, de lever de l’argent et de contribuera la défense de la religion catholique, apostolique et romaine, pour s’opposer au roi, qui avoit violé la foi publique par des trahisons et assassinats

dans l’assemblée des États du royaume. » Soixante et dix docteurs répondirent « que le peuple étoit délié et délivré du serment de fidélité et d’obéissance prêté audit roi Henri. » L’efTet de cette réponse fut prodigieux. Ce ne fut pas encore assez pour les Seize. le Parlement n’était point à eux; l’esprit du fidèle et courageux Achille de Harlay animait ce grand corps, qui, par son immobilité même, protestait contre leurs actes d’illégalité et de violence. le procureur Bussy Leclerc, devenu gouverneur de la Bastille, se chargea de lever cet obstacle. Le 16 janvier au matin, il se rendit au palais, lepée au poing, avec une bande de gens armés comme lui, et présenta audacieusement au premier président la sommation écrite de confirmer par un arrêt le décret de la Sorbonne. Et comme nul droit n’était fait à cette sommation, il donna au peuple parisien le spectacle de la cour souveraine du royaume conduite à travers les rues dans les prisons de sa forteresse. Trois jours après, le Parlement de la Ligue, composé des membres de la compagnie les plus abattus par la peur ou les plus animés du zèle religieux, fut installé sous la présidence du docte et pusillanime Barnabe Iîrisson, et il rendit l’arrêt d’union par lequel il adhérait aux résolutions du corps de ville de Paris.

Ces excès de l’esprit de faction eussent pu ramener au roi un certain nombre d honnêtes et consciencieux ligueurs, s’il eût soutenu par des mesures promptes et fermes l’acte violent qu’il venait de commettre; mais l’espèce d’énergie convulsive'que lui avait donnée la haine s’était tout entière épuisée dans ce crime.

Dès le lendemain il était retombé dans son indécision et son inertie accoutumées, comme si, sa vengeance accomplie, la marche des choses eût dû d’ellemême lui redevenir favorable. La mort de sa mère, qui survint alors (5 janvier), lui causa quelque abattement, mais il ne tarda pas à s’en distraire par le soin puéril qu’il donna à la pompeuse ordonnance des funérailles. Catherine de Médicis, au moment où elle disparut de la scène, avait cessé d y jouer un rôle : elle avait été rapetissée et annulée, moins par le déclin des forces de son corps et de son esprit que par la formidable grandeur des événements. L’Estoile, avec la familiarité gauloise de son langage, témoigne du peu d’efTet que produisit cette mort, qui, quelques années auparavant, eût été d'une telle importance : « on n’en fit non plus de compte, dit-il, que d’une chèvre morte. » Catherine manqua peu à son fils luimême, qui la savait vouée à la Ligue, et lui avait caché ses dernières résolutions. Les États, cependant, avaient continué leurs séances, et l’attitude du roi était étrange en face de cette assemblée, que la peur seule empêchait d’éclater contre lui, et qui lui refusait toutes ses demandes, il prit enfin le parti de la congédier (17 janvier). On eût pu croire que, sortant alors de son immobilité, Henri III allait marcher pour réduire les villes, qui tout autour de lui venaient de se confédérée avec Paris. Orléans, Chartres, Dreux, le Mans avaient arboré la double croix de l’Union, et le moment approchait où, enveloppé de toutes parts par l’insurrection, il allait être comme prisonnier dans les murs de Blois. Il ne remua cependant pas encore.

La gravité de sa situation ne sembla se révéler à lui que lorsqu’il apprit que le duc de Mayenne venait d’entrer dans la capitale, et d'y prendre en main le vaste gouvernement de la Ligue.

Mayenne n’avait pas les qualités brillantes par lesquelles son frère avait ébloui les multitudes; ce n’était pas lui qui avait fait dire que * à côté des princes lorrains, tous les autres princes avaient l’air peuple. » Cependant, ni comme homme d’État, ni comme homme de guerre, il n était inférieur au duc de Guise. Quoique les sollicitations pressantes de sa famille l’appelassent à Paris j our donner au peuple soulevé un chef et un maître, il hésitait, en calculateur prudent, à se jeter dans cette grande aventure. 11 fallut que sa sœur, la duchesse de Montpensier, courût le chercher à Dijon, qu elle l’entraînât par sa bouillante ardeur, et quelle l’amenât triomphant dans la capitale (12 février). Mayenne ne tarda pas ày apprendre la portée immense qu’avait eue le décret de la Sorbonne; le mouvement catholique s’était projiagé de province en province avec la rapidité de [ éclair, et sur tous les jioints de la France, l’autorité du monarque dénoncé dans les chaires comme hérétique et excommunié, n’était plus reconnue. L’Ile de France, sauf Compiègne, les trois quarts de la Normandie, de la Picardie, de la . Champagne, de la Bourgogne et de la Bretagne, étaient passés à la Ligue ; à Toulouse , malgré la résistance héroïque du président Duranti; à Lyon, à Marseille, à Clermont-Ferrand, à Nantes et dans cent autres villes de moindre importance, le serment de l’Union avait été

prêté. Bordeaux seule, parmi les premières cités du royaume, appartenait encore au roi. Ce fut sous l’impression de ces désastreuses nouvelles que Henri lit se détermina à quitter Blois, emmenant avec lui ses prisonniers, précieux otages dont à aucun prix il n’entendait se dessaisir. Il les enferma au château d’Amboise, et descendit la Loire jusqu’à Tours, où il songea enfin à se mettre en défense (mars). Il avait encore quelques troupes fidèles et bien commandées ; d’Épernon venait à cette heure même de lui envoyer une petite armée; l’esprit de la noblesse, mal à l'aise au milieu de la démocratie ligueuse, tendait à lui revenir, et il en avait convoqué le ban et l’arrièreban ; Harlay de Sancy, aussi habile négociateur que bon capitaine, allait enfin lui amener quelques régiments levés dans les cantons suisses. Mais sa position n’en était pas moins impossible à tenir, s’il avait à combattre la Ligue et les huguenots tout ensemble. La force des choses le rapprochait des derniers; mais tous ses sentiments et toute sa vie passée l’en éloignaient. Il n’y eut effort qu’il ne fit pour se soustraire à celte dure nécessité. Le légat Morosini, Vénitien de naissance, était au fond du cœur ennemi de Philippe 11, et par suite peu affectionné à la Ligue. Henri III le trouva disposé à s’entremettre pour lui auprès du duc de Mayenne. Mais Mayenne, qui venait d’organiser, selon son bon plaisir, le conseil de l’Union, et de prendre plutôt que de recevoir le titre de lieutenant général de l’État et couronne de France (4 mars), refusa péremptoirement de traiter, en dépit de la garantie du pape offerte par Morosini. Laissant

son autorité assurée à Paris, il se mit à la tète de l’armée de la Ligue, et se porta sur la Loire, avec la ferme confiance de tenir bientôt à sa merci le meurtrier de son frère. Il s avança jusqu’à Vendôme, dont la trahison lui ouvrit les portes : quinze lieues à peine le séparaient des cantonnements des troupes royales.

11 était temps pour Henri III de se décider : il se résigna à entrer en accommodement avec le roi de Navarre. Ce noble prince rendit tout facile par la loyauté et le confiant abandon qu’il porta dans une négociation où quelque défiance lui eût bien été permise. 11 ne réclama pas d’édit de tolérance en faveur de ses coreligionnaires, mais seulement une trêve de cinq mois durant laquelle il se flattait que ses bons services feraient pardonner à lui et aux siens de n’êlre point catholiques. Le seul point sur lequel il insista obstinément fut la cession d’un pont sur la Loire, afin d avoir toujours sa retraite ouverte sur la Rochelle. Saumur lui fut accordé. Une fois celte ville remise à Duplessis-Mornay, le Béarnais ne se refusa à aucune des exigences méticuleuses dictées à Henri III par sa légitime répugnance pour le contact de l’hérésie. Ce ne fut point un spectacle indifférent, en ces temps de sombres et irréconciliables inimitiés, que celui de ces deux princes s'embrassant avec cordialité dans le parc du Plessis-lez-Tours, sous le regard d’une foule pénétrée d'attendrissement (30 avril). Les amis du roi de Navarre, sauf Rosny, l’avaient détourné tous de cette entrevue que les souvenirs de la Saint- Barthélemy lui devaient rendre si suspecte: il y alla, accompagné seulement de quelques-uns de ses olli-

ciers, et il y fit sur le roi, son seigneur, le premier essai de cette aimable et habile franchise qui devait plus tard lui gagner tant de cœurs. Il fut convenu entre eux que leur alliance ne prendrait pas d’autre nom que celui de la trêve auparavant signée et de part et d'autre annoncée par un manifeste; leurs deux armées devaient marcher de front, sans se confondre, mais toujours à portée de se secourir.

Mayenne, pendant le temps de ces négociations, s’était porté de Vendôme sur Saint-Ouen, près d’Amboise, où il avait surpris et écrasé un détachement de l’armée royale, commandé par Brienne, beau-frère de d’Épernon ; puis, sur un avis de scs amis de Tours, il s’était avancé rapidement par une marche de nuit jusqu’aux portes de cette ville, d’où il savait que le roi de Navarre et ses troupes venaient de s’éloigner (8 mai). L’attaque des ligueurs fut vive, et malgré l’héroïque résistance de Grillon, ils parvinrent à rester maîtres du faubourg Saint-Symphorien. Mais dès le soir même arriva l’avant-garde des Huguenots, puis dans la nuit le roi de Navarre, et Mayenne se hâta de décamper, ne voulant pas changer contre une défaite l’avantage indécis qu’il avait obtenu. Aussi bien, les nouvelles de la guerre, bonnes d’abord pour la Ligue, commençaient à ne lui plus être aussi favorables. La noblesse avait répondu au ban du roi et s’armait de tout côté en sa faveur; Sancy approchait avec ses dix mille Suisses, levés pour défendre Genève contre le duc de Savoie, et habilement détournés de ce service pour passer à celui du roi de France. Le duc de Montpensier, à la tête des gentilshommes de la basse Nor-

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mandie, venait de battre une armée de paysans qui, sousle commandement de Brissac, s’était essayée à renouveler les sauvages fureurs de la Jacquerie; le fils de Coligny, François de Cliâtillon, avait détruit un corps de cavalerie amené au duc de Mayenne par le sire de Saveuse; le duc de Longueville enfin, ou plutôt le brave et habile Lanoue, sous les ordres de qui ce prince avait eu la modestie de se placer, avait complètement défait près de Senlis, avec quatre mille hommes, dix mille ligueurs commandés par le duc d’Aumale et le sire de Maineville (17 mai). Le bruit d'un si grand revers effraya Paris ; les vainqueurs s’en approchèrent assez pour ravitailler le fort de Yincennes qui tenait encore pour le roi, et Givry, posté sur les hauteurs de Montfaucon avec deux cornettes de cavalerie, se fit un jeu d’envoyer aux Parisiens quelques volées de canon qui abattirent leurs cheminées et tombèrent dans les halles. Le trouble et l’épouvante s'en accrurent. La duchesse de Montpensier ne parvint à rassurer les esprits qu’en rappelant en toute hâte son frère occupé alors au siège d'Alençon. Mayenne rentra à Paris le 1" juin.

Henri III était encore à Tours, où, avec les membres fidèles du Parlement et des deux autres cours souveraines, il avait établi le siège de son gouvernement. Les succès que venait d’obtenir sa cause lui avaient remis au cœur quelque confiance; il commençait à être moins agité des scrupules et des craintes que lui donnait son alliance avec les Huguenots. Le roi de Navarre, qui mieux que lui connaissait le prix du temps, s’empressa de lui remontrer que l’heure était

venue de 11e plus se tenir sur une molle défensive, mais de terminer d’un seul coup la guerre par la prise de Paris. Avec leurs forces réunies et les Suisses amenés par Sancy, ils allaient avoir quarante mille combattants; c’était plus qu il n’en fallait pour réduire la eapitale presque sans troupes et à demi vaincue par la terreur. S’il était vrai que Sixte V se décidât à lancer la bulle d’excommunication par laquelle il prétendait punir le meurtre du cardinal de Guise, c’était à Paris, et à Paris seulement que le roi victorieux trouverait l’absolution. Henri III, entraîné par des raisons aussi décisives, et subjugué par l’ascendant héroïque du Béarnais, reprit goût pour la guerre comme aux premiers jours de sa jeunesse, et retrouva pour agir une énergie qu’il ne se connaissait plus. Vers le milieu du mois de juin, les deux princes se mirent en marche vers Paris. Les petites places de Jargeau, de laCharilé-sur-Loire, de Pitlii viers etd Étampes, furent emportées sans grand effort, et le roi y châtia les chefs prisonniers des garnisons ligueuses, comme traîtres et rebelles, avec une justice impitoyable. Poissy se fit assiéger, et ce fut devant cette ville que Henri III apprit que la bulle réclamée avec instance par la Ligue etaccordée enfin par le pape, venait d’être imprimée et se répandait dans tout le royaume. Le succès de ses armes rassura sa conscience. Maître de Poissy (12 juillet), il se porta, avee son allié, sur Pontoise qui fut vigoureusement défendu, et qui obtint de la générosité du roi de Navarre une honorable capitulation (25 juillet). Le lendemain arriva Sancy avec ses Suisses, ses lansquenelset ses retires, qui doublaient pres-

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que le nombre des troupes royales. Henri II! récompensa par des louanges el des remercîments publies cet habile et fidèle serviteur. Jamais il ne s était vu à la tête d’une si belle armée. Continuant leur marche sur Paris, les deux rois débouchèrent dans la journée du 30 devant le pont de Saint-Cloud. Henri III établit ses quartiers dans le village, le Béarnais alla prendre les siens à Mcudon. L’assaut fut convenu entre eux pour le surlendemain 2 août. Tous deux se tenaient assurés de plusieurs des portes qui leur devaient être livrées, et déjà Henri III, des hauteurs où il campait, contemplant la ville rebelle, lui annonçait sa vengeance. Vaine menace! le crime qu’il avait ordonné à Blois allait servir d’exemple à un autre crime.

Paris était de plus en plus livré à la terreur. Mayenne avait à peine sous ses ordres huit ou neuf mille soldats mal payés et mécontents; il n’avait encore reçu de Philippe II que des promesses, et ne pouvait compter sur la bourgeoisie ligueuse de la capitale, qui, naguère si enflammée, ne montrait plus ni force ni courage. Au lieu de courir aux remparts, on la voyait se rassembler dans les rues morne et abattue, ne trouvant de paroles que pour accuser ses chefs, et attendant dans une immobile stupeur le cours fatal des événements. 11 n’y avait personne qui ne crût la cause de l’Union perdue: les politiques triomphaient, et à peine prenaient-ils soin de cacher leurs intelligences avec l’armée assiégeante. Tout fut changé soudainement par l’audace fanatique d'un jeune moine. Jacques Clément, venu de Bourgogne au couvent des Dominicains de la rue Saint-Jacques, à Paris, s’y était III 27

tait remarquer tout d’abord par les démonstrations publiques d’une haine féroce contre le roi. Cette haine trouva de nouveaux aliments au pied des chaires, d’où il entendait chaque jour appeler sur la tête du roi la vengeance de Dieu et des hommes, et bientôt ce grossier paysan, licencieux dans ses mœurs, en même temps que livré aux hallucinations d’une imagination faible et déréglée, crut recevoir du ciel Tordre de chercher dans le meurtre du tyran le pardon de ses fautes et la gloire des élus. On le mena à la duchesse de Montpensier, qui lui prodigua, dit-on, les encouragements. et lui procura les moyens de pénétrer jusqu’au roi. Arrivé àSaint-CIoud le 3 1 juillet, Jacques Clément sut dérouter par son adresse et son sang-froid tous les soupçons dont il était l'objet, et dormit tranquille jusqu’au lendemain matin, où le procureur général Laguesle l'introduisit auprès de Henri III. On sait comment, en lui présentant une lettre, il le frappa d’un coup mortel dans le bas-ventre. Pendant quelques heures les médecins se flattèrent de sauver les jours du monarque blessé, et le roi de Navarre, accouru de Meudon pour le voir, remporta avec lui cette espérance; mais, à l’entrée de la nuit, les symptômes du mal s’aggravèrent, et Henri III, informé de son état, s’empressa de demander le saint viatique. Son confesseur ne consentit à l’absoudre qu’après qu’il se fut engagé à satisfaire à ce que le pape exigeait de lui. Les derniers sacrements reçus, le mourant fit ouvrir les portes de sa chambre et approcher de son lit les premiers seigneurs de la cour avec les principaux capitaines de son armée. Il leur déclara reconnaître le roi de

Navarre comme légitime héritier de la couronne, et leur fit promettre de le reconnaître eux-mêmes, ajoutant que ce prince avait une âme trop noble et trop sincère pour ne pas rentrer au sein de I Église. On commença alors à réciter devant lui le psaume Miserere, dont il répétait lui-même les versets d’une voix éteinte,

mais on ne l’acheva point Le dernier des Valois

avait cessé de vivre (2 août 1589). Il était âgé de moins de trente-huit ans et eu avait régné quinze.

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