Vf. Guizot, Un Vrojet dr .lforiat/c royal
à Home même, là où depuis quarante ans elle dominait sans partage. En se montrant, comme nous l’avons vu, soigneux de justifier au dedans du royaume son titre de fils aîné de l’Église, il avait commencé à gagner l’amitié de Clément VIII ; en l’aidant à s'affranchir de la tutelle impérieuse de l Espagne et à réunir Ferrare aux États du saint-siège, il obtint que ce pontife détournât les yeux de ses .relations trop intimes avec le Turc et avec les luthériens, et qu’il redevînt décidément favorable aux intérêts de la France. Il reçut bientôt un témoignage patent de la bienveillance pontificale. Depuis longtemps il aspirait à voir rompre son mariage avec la reine Marguerite, soeur des trois derniers Valois. Les deux époux vivaient séparés, et sans tenir compte de la violence que Charles IY leur avait faite à tous deux pour les unir, il y avait dans la forme même des dispenses que leur parenté avait rendues nécessaires, quelque chose d’insuffisant et d’irrégulier, qui autorisait l’annulation du mariage. Marguerite, qui cachait ses honteux désordres dans son château d’Usson en Auvergne, opposa d’abord quelque résistance à la volonté de son époux; mais elle finit par s’y soumettre, et Clément VIII accéda dès lors sans difficulté à leur commune demande (février 1509). La décision des commissaires pontificaux fut retardée seulement jusqu'à la fin de l’année par suite des lenteurs ordinaires de la cour de Home.
11 faut rendre grâces à ces lenteurs, s’il est vrai qu’elles empêchèrent Henri IV de consommer un acte qui eût jeté une triste ombre sur sa gloire. Attaché
depuis longtemps à Gabrielled’Estrées, il était au plus fort de sa passion pour elle et c’était afin de lui placer la couronne royale sur la tête qu'il se montrait si impatient de recouvrer sa liberté. Vainement ses conseillers les plus dévoués et les plus sages, Rosny à leur tête, lui remontraient-ils avec autant d’énergie que de persévérance le scandale et les périls de ce mariage; il en convenait, il savait dire en face à Gabrielle combien son fidèle ami lui était plus précieux qué sa maîtresse; mais il n’en retombait pas moins sous le joug, et la force lui manquait pour briser les liens qui l’enlaçaient. Un coup de la Providence vint les rompre. Le 9 avril 1599, Gabrielle expira d’une mort soudaine. Le roi consentit alors à ce que son envoyé à Florence poursuivît une négociation matrimoniale entamée en son nom avec la nièce du grand-duc de Toscane, Marie de Médicis.
Ici se trouve dans l’iiistoire de Henri IV une page qu’on souffre de ne pouvoir en arracher. Gabrielle d’Estrées était morte à peine depuis quelques semaines, la négociation commencée à Florence suivait son cours, et déjà l’incorrigible monarque était tombé dans un nouvel et indigne esclavage. 11 s’était épris de l’artificieuse Henriette d’Kntragues, qu’il lit plus tard marquise de Verneuil, et était allé, dans l’aveugle entraînement de la passion, jusqu’à lui remettre une promesse signée de 1 épouser. Une circonstance imprévue l’aida presque malgré lui à dégager sa foi ; mais cette femme, qui avait autant de perversité que de charmes, n’en conserva pas moins sur lui un long et funeste empire.