‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 24 sur 38 · DIO · texte numérisé non relu

DIO

Ces déplorables faiblesses amoindrissaient la grandeur morale de Henri IV, elles lui faisaient oublier sa prudente économie, qui désespérait si souvent ses courtisans, mais elles u’ôtaient rien à son énergique activité et à son soin vigilant des intérêts de sa couronne. Ce fut alors qu’il trancha hardiment par l’épée la question du marquisat de Saluces, sur laquelle le pape tardait trop à se prononcer. On se rappelle comment, pendant les orageux États de Blois de Tannée 1588, Charles-Emmanuel, avec l’ambition sans scrupule des princes de sa maison, s’était saisi de ce fief sans déclaration de guerre, et comment depuis lors il s’était obstinément refusé à le rendre. Accueilli au Louvre avec cordialité par Henri IV, mais n’ayant pu obtenir de lui l'abandon de ses droits (décembre 1 599), le duc de Savoie s’en était vengé en , ourdissant dans l’ombre des trames criminelles contre l’autorité et contre la vie même du roi de France. Avec ces pratiques dont il attendait le succès, et avec le secours que lui promettait l’Espagne, il crut pouvoir braver impunément la colère de Henri IV, et au jour qu’il avait marqué pour restituer le marquisat ou livrer en échange la Bresse et le Bugey, il signifia ouvertement son refus (1"juin 1600). Le châtiment de sa déloyauté ne se fit pas attendre. Le 11 août la guerre lui est déclarée, et dès le surlendemain sa ville de Bourg lui est enlevée. Itosny, créé grand maître de l’artillerie, avait, avec une promptitude extraordinaire, mis à la disposition du roi vingt canons, six mille boulets et cent vingt milliers de poudre, armement formidable devant lequel tombèrent en un in-

stant toutes les défenses de la Savoie. Le 21, Chambéry ouvrait au roi ses portes, et le IC octobre la citadelle de Monlmélian, la dernière des places restée à Charles-Emmanuel, sur le versant septentrional des Alpes, se rendit par capitulation. L’hiver, couvrant bientôt de neige les passages des montagnes, suspendit les opérations de la guerre, et l’Espagne alarmée, au lieu de prêter ses secours au duc de Savoie, joignit ses efforts à ceux du pape, pour empêcher, par une prudente intervention, que les bannières françaises se montrassent en Italie. Charles-Emmanuel, sans allié et n’attendant plus rien des intrigues qu’il avait nouées en France, fut contraint de plier, et ne garda Saluces qu’en cédant la Bresse, le Bugey et le bailliage de Gex (17 janvier 1601). La France, par cet échange, renonçait à sa dernière possession au delà des Alpes, mais elle gagnait un utile appendice à sa frontière orientale.

C’était à Lyon que cet arrangement avait été conclu ; ce fut là, et dans le cours même de la négociation, que fut célébré en grande pompe le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis (9 décembre 1600). La nouvelle reine n avait ni les grâces de l'esprit, ni les qualités du cœur faites pour procurer à son mari le bonheur domestique, et Henri de son côté se montrait peu soucieux des obligations de la fidélité conjugale. Marie de Médicis combla toutefois ses vœux en donnant dès le 27 septembre 1601 un héritier à la couronne. Le roi avait besoin de sentir son pouvoir ainsi affermi dans un moment où un sérieux péril semblait le menacer. Les mines chargées par la main

perfide de Charles-Emmanuel étaient à la veille de faire explosion. Ce prince, pendant son voyage en France, avait gagné, en lui promettant la main de sa troisième fille et la souveraineté indépendante de la Bourgogne, le maréchal de Biron, l'un des plus considérables et des mieux récompensés parmi les serviteurs du roi. Biron, dévoré d’une sombre et insatiable ambition, avait poussé la trahison, s’il faut en croire le grave historien de Tliou, jusqu’à promettre de désigner la tête de son maître au feu d’une batterie ennemie dans la campagne de Savoie, mais il avait reculé devant T horreur de ce crime, à l'heure de le commettre. Voyant même ses plans déconcertés par la paix conclue avec le Savoyard, il avait révélé à Henri IV une partie de ses noires pratiques, et en avait obtenu le pardon. Le roi avait fait plus; pour occuper cet esprit inquiet, il lui avait confié deux missions en Angleterre et en Suisse avec le titre de son ambassadeur extraordinaire et une pension de trente mille francs. «11 faut, disait-il à Rosny, supporter les rodomontades, menaces, jactances et vanités de Biron, comme d’un homme qui ne sait non plus s empêcher de mal dire d’autrui et de se vanter excessivement lui-même, que de bien faire lorsqu’il se trouve aux occasions. » Ainsi excusé, pardonné, comblé de nouvelles grâces et de nouveaux honneurs, le duc de Biron n’en ourdit pas moins quelques mois après (160*2) de nouvelles trames avec quelques-uns des premiers seigneurs du royaume. Les principaux étaient le comte d’Auvergne, bâtard de Charles IX et frère utérin de la marquise de Ver-

neuil, le duc d'Épernon et l’ingrat et factieux duc de Bouillon, têtes orgueilleuses qui refusaient de plier sous un gouvernement régulier, et aspiraient à bouleverser l’État pour y reconquérir les privilèges de l’indépendance féodale. Biron avait en même temps pratiqué plusieurs des chefs huguenots, envenimant leurs prétendus griefs contre l'ingratitude royale, et répandant parmi eux des alarmes mensongères sur les dangers que courait leur religion. Enfin, avec l’aide de ses complices, dont quelques-uns avaient conservé un reste de puissance seigneuriale en Poitou, en Limousin et en Guyenne, il avait su aigrir le mécontentement populaire causé dans le sud-ouest du royaume par l’impôt de la pancarte ', et y préparer une formidable insurrection. En arrière de cette grande intrigue se tenaient l’Espagne et le duc de Savoie, n’attendant que le signal donné de la guerre civile pour recommencer la guerre étrangère.

Le roi savait tout et ne perdit pas de temps pour se rendre dans les provinces occidentales, où sa présence eut bientôt dissipé les alarmes faussement répandues et calmé les passions irritées (avril 1602). De retour à Fontainebleau, il manda Biron à la cour, lui laissant croire que La Fin, le principal agent de la conjuration auprès du duc de Savoie, n’avait point parlé, et qu’il n’existait du complot que de vagues soupçons sans aucune preuve (1 2 juin). Henri aimait Biron, il appréciait ses grands talents et les services éclatants qu’il en avait reçus; comme il lui avait par-

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