‹ Histoire de France (volume 5)Chapitre 10 sur 37 · LE ROI TROUVE CI ENTRERA · texte numérisé non relu

LE ROI TROUVE CI ENTRERA

Ce fut la même 6cène qu’à Mons-en-Puelle. La gendarmerie française, qui ne pouvait sans tropde danger assaillir l’infanterie ennemie derrière ses forts retranchements, resta quelque temps immobile dans ses lignes, se contentant de promener le ravage, et l’incendie dans les campagnes environnantes. Quelque temps aussi les Flamands gardèrent sans bouger leur position : mais pour ces artisans et ces bourgeois séparés de leurs intérêts et de leurs familles, l’attente devint à la longue un supplice, et « ce leur était grande amertume au cœur de voir dégâter tout le l»ays sans vengeance. » Ap rès que l’un de leurs chefs, Colin Zanekin, bourgmestre de Bruges, « hardi homme et outrageux durement, » comme l’appelle Froissart, fût allé, sous un déguisement, reconnaître le camp royal, ils s’ébranlèrent, partagés én trois batailles, dans la soirée du 23 août, et par une marche aussi rapide que silencieuse, surprirent les Français « qui ne faisaient nCtl guet et s’ébattaient dans leurs belles robes. » Philips de Valois, tout comme son oncle, Philips le Bel, s’était désarmé et faillit être pris; il ne dut son salut qu’à la promptitude de sa fuite. L’alarme fut vive, mais elle fut

courte : le roi reparut tout armé; les comtes de Hainaut et de Bar rétablirent le combat, et bientôt enveloppés de tous côtés par un ennemi plus nombreux, ces fiers bourgeois qui pour la plupart avaient endossé la cuirasse, à l’imitation des chevaliers, succombèrent sous le poids de leurs armures, aussi bien que sous les lances françaises. Trois énormes monceaux de cadavres marquèrent la place des « trois batailles » qui avaient pénétré dans le camp; les gentilshommes n’avaient fait aucun quartier, et l'on compta, dit-on, treize mille morts couchés dans la poussière. Cette fois la noblesse française put se vanter d’avoir pris une pleine revanche de sa défaite de Courtray. Le lendemain de la victoire n’eut rien de douteux, comme celui de la journée de Mons-en-Puelle. Le comte Louis tint à sa merci les communes et les traita avec une rigueur inexorable. Philippe de Valois crut servir merveilleusement les intérêts de sa politique en prêtant main-forte aux sanglantes exécutions de son vassal, et faisant démanteler, par la main de ses commissaires, les murailles de Bruges, d’Ypres et des autres villes qui avaient pris part à la révolte. Les événements ne tardèrent pas beaucoup à lui prouver qu’il avait laissé au cœur des Flamands moins d’abattement et de crainte que de haine et de soif de vengeance. C’étaient des alliés qu’il préparait à son rival Édouard III.

Cependant l’heure n’était pas encore venue pour le roi d’Angleterre d’en appeler aux armes de la sentence rendue contre lui par la nation française. Philippe l’ayant sommé de venir à Amiens lui prêter le serment

de foi et hommage pour le duché d’Aquitaine, Édouard, hors d’état île se refuser à l’accomplissement de ce devoir, passa en France avec une brillante escorte de chevaliers. Le vainqueur de Cassel se plut à étaler dans cette circonstance toute la pompe guerrière de sa cour. On ne voyait pas seulement autour de lui les princes de son sang, le comte d’Alençon , le duc de Bourbon, Robert d’Artois, comte de Beaumont-le- Roger, le duc de Bourgogne , avec les pairs du royaume et l’élite de la chevalerie française; il comptait aussi des rois parmi ses courtisans. Jean de Luxembourg , roi de Bohême , fils de l’empereur Henri VII, impatient du séjour barbare de ses Étals, et ne pouvant vivre qu’en France, siège de tout honneur et de toute gentillesse, avait combattu à Cassel près de Philippe, et se faisait gloire de figurer à côté de ses vassaux. Le même attrait avait rappelé bien vite à Paris Philippe d’Évreux, roi de Navarre, à qui Philippe de Valois, dès le lendemain de son avènement, avait rendu l’héritage de sa femme, fille de Louis Hulin, tout en maintenant l’annexion du comté de Champagne à la couronne. A peine proclamé à Pampelune, ce prince était accouru pour prendre sa part à la guerre de Flandre. Le roi de Majorque, de la maison d’Aragon, et le duc de Lorraine, autre combattant de Cassel, complétaient cette réunion de princes souverains, compagnons d'armes et commensaux du roi de France. Ce fut au milieu d’eux que, dans la vaste cathédrale d’Amiens, Philippe reçutavee solennité le serment du monarque anglais (8 juin 132î>). L’accueil qu’il fit à son jeune vassal fut plein, nu reste.

île la plus délicate courtoisie, et il prit à tâche île l’éblouir de l’incomparable éclat de ses fêtes. Froissart raconte qu’Édouard se relira dans l’admiration « du grand estât que il avoit trouvé et des honneurs qui estoient en France, » et c’est sans doute à l’impression que lui laissa tout cet appareil de magnificence et de grandeur qu’il faut attribuer ses longues hésitations à engager la guerre contre Philippe de Valois.

Parmi cette pompe extérieure dont il aimait à entourer la royauté, Philippe de Valois avait la singulière prétention de régner comme saint Louis. Veut-il populariser son pouvoir en remédiant au mal causé par l’altération des monnaies, il proclame qu’il va les ramener au cours qu’elles avaient eu sous saint Louis, ce qui ne l’empêche pas de leur faire subir peu après de nouvelles variations, et de frapper au cœur le commerce par un prix arbitraire fixé à toutes les denrées. 11 imite saint Louis dans ses rigoureuses ordonnances contre les blasphémateurs , les hérétiques et les usuriers; comme lui, il se fait honneur de la fréquente lecture de 1 Écriture sainte; comme lui, il tiendra à se montrer animé de l’esprit des croisades. Mais, en même temps, il restaure dans l’Aquitaine française le droit barbare de guerre privée interdit par le saint roi; il ruine les créanciers des seigneurs en déchargeant ceux-ci de leurs dettes, et puis leur rend le triste avantage de se ruiner eux-mêmes en leur permettant d’emprunter .à plus de vingt pour cent par an ; dans sa constante préoccupation de « tenir, comme dit Froissart, grand état et étoffé, et de faire grandes livrées et grands dépends, » il ordonne à ses prélats

et à ses barons de lui apporter le tiers de leur vaisselle pour en fabriquer des espèces; il établit, puis le lendemain il supprime, le monopole des laines en Languedoc ; il double, en cas d’appel rejeté par le Parlement, le taux des amendes ; il erre enfin d’expédients en expéd ients pour atti rer l’argent dans ses coffres aussi tôt vidés que remplis. Ses prédilections, ses faveurs sont toutes pour cette noblesse qui, en paix comme en guerre, lui fait un cortège perpétuel ; mais il n’en est pas moins obligé de laisser la part la plus effective du pouvoir à ses légistes, qui trônent au Parlement, comme il trône à Yincennes. Tout est incohérent, décousu, pour parler la langue de nos jours , rien ne fonctionne avec régularité dans la machine de son gouvernement; c’est que la royauté, ainsi que nous disions plus haut, n’est plus féodale et qu’elle n’est pas encore le pouvoir absolu; c’est que le roi, médiocre de caractère et d’esprit, n’a point en sa personne la force qui manque à l’institution.

Il en était autrement de son jeune rival, le roi d’Angleterre. Il n’avait que vingt ans lorsque, par un coup hardi, il se saisit du pouvoir, que jusqu’à la fin de son long règne il devait exercer avec vigueur. La fortune des Capétiens, depuis plus d’un siècle si éclatante, allait de nouveau pâlir devant celle des Plantagenets. Édouard avait assez longtemps supporté les scandales de sa mère et l’insolente domination du favori qui régnait sous le nom de cette princesse. Aux applaudissements du peuple anglais, il envoya Isabelle en prison et Roger Mortimer au supplice (1332). Puis, reprenant les projets de son ambitieux aïeul, il

se mit incontinent à l’œuvre pour replacer FÉeosse sous la dépendance de l’Angleterre. Un fils de Jean de Baliol fut opposé à David Bruce, enfant de huit ans , qui avait succédé à son vieux père, et qui , forcé de fuir devant les menaces des armes anglaises, vint chercher un asile à la cour de France. Philippe ressentit vivement cette attaque dirigée contre ses fidèles alliés les Écossais, et sans déclarer la guerre à Édouard, il leur envoya des secours. En même temps il prit une autre revanche contre Édouard par les empiétements de ses officiers sur la domination anglaise en Aquitaine. 11 y avait ainsi des deux côtés de légitimes griefs et une querelle ouverte, avant que la guerre éclatât. D’autres circonstances ne tardèrent pas à la rendre inévitable.

Nul seigneur, en France, d’après le témoignage de Froissart, n’avait aidé plus puissamment Philippe à monter sur le trône que son beau-frère et son cousin Robert d’Artois, comte de Beauinont-le-Roger. Robert se flatta, avec la protection du roi, de faire casser le double arrêt du Parlement qui, d’abord en 1309, et ensuite en 1318, avait adjugé l’héritage de l’Artois à la comtesse Mahaut et à sa descendance. Mais, pour que le Parlement revînt sur la chose jugée, il fallait que des titres, non encore produits au procès, donnassent au droit de Robert quelque apparence de fondement. Robert ne craignit pas de recourir aux moyens les plus criminels pour fournir cette ressource à sa cause. Son épouse, Jeanne de Valois, fit fabriquer quatre actes faux par une femme intrigante et corrompue, nommée la dame de Divion, et ces actes,

soutenus pur de nombreux et respectables témoignages, appuyèrent la nouvelle requête présentée par Robert au Parlement. Le faux était manifeste; la preuve peut encore en être aujourd’hui reconnue au Trésor des chartes. La dame de Divion , mise à la torture, avoua tout, et fut brûlée vive. Il était impossible à Philippe de Valois de soustraire Robert, sous le poids d'un tel crime, aux poursuites de Injustice. Cité devant la cour des pairs (août 1 331 ), il refusa de comparaître, et neuf mois après (19 mai 1332), l’arrêt qui le coindamuait au bannissement fut publié à son de trompe dans tous les carrefours de Paris. L’égarement du désespoir poussa alors Robert dans les résolutions les plus insensées et les plus criminelles : réfugié à Bruxelles, il soudoy a des assassins pour frapper le duc de Bourgogne, détenteur du comté d’Artois, ainsi que le chancelier et d’autres de ses ennemis. Sa trame ayant été découverte, il recourt aux extravagantes opérations de la magie, et s’efforce de faire, périr, en les envouUanl, la reine et l’héritier de la couronne, le duc de Normandie. Philippe de Valois, qui avait jusque-là conservé un reste de pitié pour son ancien ami , n’a plus pour lui qu’une haine furieuse, dès qu’il se croit, ainsi que les siens, menacé par les pratiques occultes d’une science infernale. C’est désormais entre eux une guerre à mort, et Robert d’Artois, pour assouvir sa vengeance, a su trouver des armes plus efficaces que les damnables et impuissantes superstitions de la sorcellerie. Réfugié eu Angleterre (1334), il y souffle au cœur d'Édouard toutes les passions dont le sieu est enflammé, lui répé-

Unit sans cesse que : « comme, il avait fait Philippe roi, il saurait bien le défaire. »

C’était le moment où Philippe, en arrière-petit-fils de saint Louis, ne songeait à rien moins qu’à renouveler en Europe l'ère des croisades. Son projet était sérieux et sincère; la dévotion et les illusions de l’esprit chevaleresque le poussaient également en Orient. Déjà, deux ans auparavant (1332), dans une cour plénière tenue pour la chevalerie de son fils Jean , il avait annoncé son départ prochain pour la guerre sainte, prêehée par les ordres de Jean XXII. Ce pontife était mort (1333), et avait eu pour successeur Benoît XII , âme toute pleine de l’humilité et de la douceur évangéliques, dont l’unique ambition eût été de faire régner la paix de Jésus-Christ sur la terre. Benoît Xll embrassa avec toute la ferveur de son zèle la pensée de la croisade ; mais il voulait que ce fût le signal d’une réconciliation universelle entre les princes chrétiens, et il s’apprêtait à absoudre l’empereur, excommunié par Jean XXIL Philippe de Valois ne l'entendait pas ainsi, et il contraignit le pieux pontife à laisser Louis de Bavière sous le poids de l’anathème et l’Allemagne en proie à la guerre civile. Comme Charles le Bel, Philippe rêvait de se faire élire empereur; la erpisade devait l’y aider ; il prétendait s’y montrer conduisant plusieurs rois, rassemblés, comme ses lieutenants, sous sa bannière, et attirer ainsi à la couronne de France la haute prérogative de la couronne impériale. La guerre sainte avait encore pour lui un autre avantage : elle lui fournissait le moyen d’entrelenir pendant dix ans le faslp de sa cour avec la dîme

de tous les revenus ecclésiastiques que Jean XXII lui avait accordée. Tout se préparait donc pour l’expédition. Philippe de Valois, et avec lui les rois d’Aragon, de Bohême et de Navarre avaient reçu à Avignon la croix des mains de Benoît XII le vendredi saint de l’année 1336 : on portait à trois cent mille le nombre de ceux qui s’étaient engagés à les suivre, et tous les ports français de la Méditerranée étaient pleins de navires destinés à transporter les croisés en Orient. Froissait témoigne du mouvement qui agitait les châteaux lorsqu’il dit que « la croix étoit en si grant fleur de renommée, que on ne parloit, ni ne devisoit d’autre chose. » Mais tout cela n’était qu’à la surface, tout cela n’était que l’évocation factice d’un passé qui ne pouvait plus revivre. Le rêve de la croisade s’évanouit en un moment devant la réalité menaçante des événements européens, et nous allons voir la guerre, qui devait avoir l’Orient pour théâtre, se faire au cœur même de la France.

Ce fut en Flandre que s’en allumèrent les premières étincelles.

Édouard , provoqué par les continuels empiétements des Français sur ses terres de Guyenne, se tenait en attente de la lutte, mais il hésitait à l’engager. Il était impossible que, malgré l’héroïque décision de son caractère, il n’eût pas quelque crainte de la puissance supérieure de son rival, et ne se rappelât pas le long enchaînement des triomphes de la maison capétienne depuis Philippe Auguste. Il ignorait d’ailleurs si ses barons, si empressés à le suivre dans ses guerres d Écosse, auraient autant d’ardeur au service d’ou-

tre-mer. Aussi se montrai t-il disposé à accepter la médiation du sage Benoit XII, qui s’était jeté entre les deux rois, leur rappelant le serment des soldats de la croix qu’ils avaient prêté l’un et l'autre. Édouard, ainsi indécis, venait de convoquer son parlement à Nottingham, afin d’aviser aux mesures à prendre pour obtenir justice du roi de France, lorsqu’il apprit que le comte de Flandre, docile instrument de la politique violente de Philippe de Valois, avait fait arrêter tous les marchands anglais dans ses États (octobre 1330). Il répondit aussitôt à cet acte par un acte pareil contre les marchands de Flandre qui se trouvaient en Angleterre. Il fit plus; en prohibant la sortie des laines de son royaume, il blessa au cœur l’industrie flamande; car, selon la simple et énergique expression deFroissart, « toute Flandre étoit fondée sur draperie, et sans laine on ne pouvoit draper. » En un moment , l'irritation fut extrême d’uu bout à l’autre de cette riche contrée; Garni ressentit le coup aussi bien que Bruges et Ypres, et ce fut cette importante cité, jusque-là si fidèle au comte Louis, qui donna le signal de la vaste insurrection de la Flandre contre son seigneur.

Dans ses murs vivait alors un homme d’un grand caractère, Jacques d’Artevelde, le fameux brasseur de Gand , nom qu’il a gardé dans l’histoire. Enrichi par son travail, et devenu l’un des premiers citoyens de sa ville natale, il avait l’audace, le courage, la sagacité, l’éloquence, toutes les qualités qui font un chef populaire, et portait dans son cœur un ardent patriotisme. Arlevelde sc prévalut de son titre de grand

doyen des métiers, pour convoquer la bourgeoisie de Gand en assemblée générale, et leur faire une sinistre peinture de la ruine qui menaçait leur industrie. Les gens du comte, qui voient se former un orage, croient le détourner en courant au logis du brasseur pour le mettre à mort; mais il se dérobe à leurs coups, et ce sont eux qui le lendemain sont contraints de fuir devant le flot furieux de la multitude soulevée. L’exemple de Gand est tout aussitôt suivi par les autres communes flamandes; en moins de quelques jours, le comte Louis n’est plus maître en Flandre que de quelques châteaux, et Arteveide y exerce par sa popularité une domination plus absolue que ne l’a jamais été celle des seigneurs do la contrée.

C’étaient là de joyeuses nouvelles pour Édouard , qui, à cette heure même, rompait ouvertement avec Philippe, en refusant fièrement de lui livrer Robert d’Artois (1337). Toutefois, il dépendait encore du roi de France et du comte Louis d’arrêter le mouvement qui entraînait les Flamands dans les bras de l’Angleterre. Briser le lien qui depuis diw siècles les attachait au corps de la monarchie française, violer la sainteté d’un engagement récemment (1320) conclu sous la garantie du pape Jean XXII, et qui leur interdisait, sous peine de deux millions de florins d’amende, « d’émouvoir guerre au roi de France, quel qn’il fût, » c’était là une extrémité devant laquelle reculaient les communes de Flandre et Arteveide luimême. Mais Philippe et le comte ne connaissaient d'autre politique que celle de l'emportement et de la violence; l’arrestation déloyale et le supplice du che-

valier Zegher de Courtray, un des chefs de l’insurrection, suivis bientôt d’une attaque tentée contre Bruges, exaspérèrent les Flamands et les poussèrent là où ils ne voulaient point aller. L’esprit fécond et hardi d’Artevelde imagina un habile détour pour lever les scrupules qui retenaient ses compatriotes. Ce n’était point à Philippe de Valois, c’était au roi de France que la Flandre était liée par ses serments; qu’Édouard prît résolument ce titre, qu’il opposât ses droits légitimes à l’usurpation du roi trouvé, et rien n’empéeherail dès lors les Flamands de se ranger sous sa bannière. Édouard ne laissa point tomber cet avis, qu’Artevelde lui transmit par l'entremise des agents anglais envoyés en Flandre. Dans un parlement réuni le 7 octobre 133? à Westminster, il revendiqua solennellement sou droit d’héritage sur la couronne de France, institua quatre seigneurs comme « ses vicaires généraux en son royaume de France, » et ouvritainsi cette guerre de succession, si longue et si formidable, qui remplit tout un siècle de notre histoire.

II est impossible de n’étre point frappé de la différence qu’il y a dans la manière dont chacun des deux monarques se prépare à la lutte. Le roi de France ne prend aucun souci d'intéresser à ce grand débat le pays qu’il gouverne; il ne convoque pas les états généraux, ainsi que l avaient fait Philippe le Bel et Philippe le Long, pourse fortifier de l’assentiment national dans les événements critiques de leur règne. Il tient |>cut de compte de l’infanterie des communes, et semble oublier la part qu’elles ont eue à la victoire de Bouvines; plus volontiers il demande aux villes de l'a r-

genl que des soldats, et ce sont des arbalétriers génois qu’il compte opposer aux archers d’Angleterre. Comme on l’a très-bien dit, « cette guerre est encore pour lui une affaire féodale. » Son armée, c’est sa noblesse, qu’il a requise du service de ses fiefs : celle de la Langue d’Oc seulement ne consent à l’acquitter que moyennant une solde très-coûteuse. Et tels sont les vices et les désordres de l’administration financière, que, pour suffire aux frais de cet armement, il faudra dès les premiers jours de la guerre recourir à ces mesures ruineuses qui sont les derniers expédients d’uu pouvoir aux abois. Sous un prince tel qu’était Philippe de Valois, et tel que fut après lui son fils, c’était pour la France une épreuve calamiteuse que celle d'une grande guerre à soutenir, au milieu du passage laborieux de la féodalité à la monarchie, alors que le pouvoir, avec des attributions mal définies et des ressources mal assurées, empruntait toute sa force à la main qui l’exerçait. On vit bientôt ce que cachait de faiblesse réelle le fastueux appareil de grandeur qui entourait Philippe de Valois. Il en allait autrement en Angleterre. Le premier acte d’Edouard, quand la guerre est devenue inévitable, est de faire connaître à son peuple ses griefs contre le roi de France et ses efforts infructueux pour rester en paix avec lui. Il ne se contente pas pour cela d’assembler son parlement; il fait lire dans chaque paroisse une lettre circulaire qu’il a adressée aux évêques et aux shériffs des comtés pour les informer de la nécessité où il est d'appeler le pays

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