PHILIPPE LE HARDI
Le règne de Charles VI est un des plus longs et le plus calamiteux peut-être de notre histoire. On aurait pu croire que les maux de l’invasion anglaise avaient atteint sous le roi Jean leur dernière limite, et qu’il n’y avait rien au delà de l’ignominie et de la misère infligées au royaume par le traité de Brétigny. Le règne de Charles VI va nous montrer la guerre civile joignant ses horreurs à celles de la guerre étrangère, la maison royale divisée par les factions et ensanglantée par les assassinats, les Anglais maîtres de Paris, et la couronne de Hugues Capet assurée en héritage à un Plantagenet. Jamais la France ne toucha de si près à l’anéantissement de son existence nationale. La démence de l’infortuné Charles VI fut en grande partie la cause de tous ces désastres.
« L’enfant est jeune et de léger esprit, et aura besoin qu’il soit mené et gouverné de bonne doctrine, » avait dit Charles V mourant à ses frères, en leur recommandant son successeur. Au lieu de songer au fidèle accomplissement de cette pensée paternelle et
royale, les oncles du roi enfant faillirent, dès le premier jour, ensanglanter Paris pour se disputer le pouvoir. Il fallut que « des hommes zélés et craignant Dieu » se jetassent entre eux et leur persuadassent, à grand’peine, de soumettre leurs prétentions rivales à un pacifique arbitrage. Il fut convenu que la volonté de Charles V serait respectée quant au sacre immédiat de son fils; mais le duc d’Anjou, en consentant à ne porter le titre de régent que jusqu’à cette cérémonie accomplie, exigea, comme dédommagement, que tons les trésors de son frère mort lui fussent livrés. L’argent du fisc, pas plus que la vaisselle, les joyaux et les deniers de la couronne, évalués à dixneuf millions, n’échappèrent à sa rapacité. Adopté par la reine Jeanne de Naples, il n’avait d’autre idée que celle de dépouiller la France pour aller conquérir son lointain royaume. Au prix de cet abandon qui lui fut fait de toute la fortune royale, il laissa aux ducs de Bourgogne et de Bourbon la garde et la tutelle du jeune monarque. Mais, une fois les pompes du sacre achevées (4 novembre) et Charles VI entré à Paris, où la population lui fit un splendide accueil, les difficultés du gouvernement commencèrent. Le duc d’Anjou prétendait remplir les coffres de l’État, qu’il avait vidés, au moyen des aides et gabelles dont Charles V, à son lit de mort, avait ordonné l’abolition. C’était mal connaître les dispositions de la bourgeoisie, et surtout du menu peuple de Paris, que de croire qu’ils se laisseraient enlever sans résistance le bénéfice des dernières volontés du feu roi. Dans une réunion des métiers, convoquée par le prévôt des marchands ali
Parloir aux bourgeois , un cordonnier se leva et entraîna les esprits par quelques paroles où respirait le souffle ardent de la démocratie. « N’aurons-nous jamais de repos? s’écria-t-il. L’avarice de nos seigneurs n’aura-t-elle jamais de bornes?... On nous demande plus que nous ne pouvons payer; on nous écrase jusqu a en mourir, et on nous méprise trop, en outie. A peine veut-on nous reconnaître la voix et la figure d’bomme. Si l’on se trouve avec nous en quelque lieu public, on nous dit avec arrogance que la terre ne doit pas se mêler avec le ciel.... Ou accable la bonne ville de Paris, cette mère des autres villes du
royaume Mais il n'y a plus de patience à avoir;
que tous les bourgeois prennent les armes; mieux vaut mourir que de vivre si misérable et d’endurer tant d’injures. » Le prévôt des marchands, qui s’était efforcé de calmer l’effervescence de la multitude, lut entraîné par elle au palais du roi, et là, le duc d Anjou et le chancelier Pierre d Orgemont, par des paroles douces et évasives , se flattèrent d’avoir dissipé forage (15 novembre). Mais le peuple revint le lendemain, plus animé et plus nombreux, présenter en armes sa requête menaçante, et ne se retira que devant la remise dûment proclamée de toutes les aides et gabelles. Les oncles du roi, sans armée et toujours divisés entre eux, n'avaient pu empêcher le triomphe populaire.
En ce temps d ailleurs quelque chose de formidable se remuait dans 1 esprit des multitudes, non pas à Paris seulement et en d autres bonnes villes de France, mais sur divers points de l’Europe occidentale. Le principe d autorité, qui depuis plusieurs siècles régissait les
Hâtions, semblait en péril dans Tordre politique et religieux tout ensemble. C était pour la foi des peuples une dangereuse épreuve, que le spectacle du pouvoir suprême de l'Église partagé entre deux pontifes, l’un livré aux aberrations violentes d’un esprit troublé, lautre vassal politique, plutôt que pères pi rituel, des princes qui le reconnaissaient, et leur livrant en proie les biens du clergé pour prix de leur obédience. Le sceptre impérial, dans les mains souillées de l’ivrogne Wenceslas, n’était guère un moindre scandale; Jeanne de Naples ne régnait que dans le sang et la débauche, et le roi d’Angleterre, mineur comme celui de France et, comme lui, gouverné par des oncles ambitieux et avides, voyait chaque jour son pouvoir se charger de la haine et du mépris publics. Il est peu étonnant qu’après la mort de Charles V, qui seul alors faisait honneur à la royauté, et au milieu de l’anarchie religieuse du grand schisme, il se soit produit, selon le langage du temps, « de grandes nouvelletés. »
Les plus prodigieuses de toutes étaient celles qu’avait osé prêcher le fameux docteur d’Oxford, Jean Wickleff. Wiekleff opposait à tout ce que croyaient ses contemporains une négation audacieuse : nonseulement il attaque, avec la papauté, tous les fondements du dogme catholique, et prétend, à l’exemple des Vaudois, ramener dans la société chrétienne l’égalité des premiers temps, mais il sape avec la même hardiesse les bases de la société civile, et, en absorbant l’Église dans l’État, absorbe l’État dans le peuple. Il sut, malgré les condamnations qui attei-
gn iront son dogmatisme téméraire, dérober sa tête aux peines qui frappaient alors l'hérésie. Il ne paraît pas d'ailleurs qu’il s’efforçât de répandre dans la multitude ses doctrines politiques. Elles trouvèrent un propagateur aussi actif qu’éloquent dans un prêtre du nom de John Bail, qui se mit à courir les campagnes , prêchant de village en village l’égalité primitive des hommes, et ameutant les pauvres paysans, qui ne participaient pas encore aux libertés des villes, contre la tyrannie de leurs seigneurs. II préparait Wat Tyler, comme Wiekleff prépara Jean Huss.
Mais ce qui retentissait avec le plus d’éclat en Europe, ce qui partout tenait le plus en éveil les passion populaires, c’était la lutte que soutenait la commune de Gand contre son seigneur, le comte de Flandre Louis de Mâle. 11 y avait plus d’un an que cette lutte était engagée : c’était celle d’une démocratie puissante et Hère contre une noblesse qui la dédaignait et voulait l’opprimer, sans lui être égale par le nombre ni par la richesse. Le sang coulait à flots dans cette guerre, des deux côtés également impitoyable. Tour à tour soutenus par le peuple des cités flamandes, ou abandonnés à eux-mêmes, les Gantois résistaient toujours avec une indomptable opiniâtreté, et le bruit des combats qu’ils livraient pour leur liberté agitait les populations du nord de la France, et leur inspirait le désir de les imiter. Paris, plus qu’aucune ville, était ému par les récits de l’héroïsme démocratique de la grande commune de Flandre; les souvenirs de Marcel s’y ravivaient, et les projets, trop bien dévoi-
lés, des oncles du roi entretenaient dans tous les esprits des pensées de résistance.
Les princes cependant étaient parvenus à se mettre d’accord; ils s’étaient partagé la France. Tandis que le duc d'Anjou usait sa malfaisante activité à contenir Paris et à demander des subsides qu’il n’obtenait pas. l’ambitieux duc de Bourgogne joignait à ses riches domaines le gouvernement de la Normandie et de la Picardie, et le duc de Berri, qui avait enlevé au comte de Foix celui du Languedoc et de l’Aquitaine française, commençait déjà à soulever ces provinces par ses déprédations et ses violences. 11 fut heureux pour le royaume, livré ainsi au désordre et à la confusion, que la faiblesse du jeune Richard 11 et les embarras que lui causait à cette heure même l’insurrection de Wat Tyler, ne permissent pas à l Angleterre de pousser fortement la guerre. Le comte de Buckingham s’efforça de la continuer en Bretagne; mais les seigneurs bretons, du moment que le roi de France consentit à redevenir leur suzerain et non plus leur maître, surent bien contraindre leur duc à rompre ses alliances avec les ennemis du royaume. Par un traité signé le 15 janvier 1381, Jean de Montfort rendit au roi son obéissance; mais les Anglais, en se retirant , ne restituèrent pas Brest, qu’ils prétendaient garder comme Calais.
\x duc d’Anjou, plus pressé chaque jour d’aller conquérir son royaume de Naples, n était occupé que de grossir les trésors qu’il allait engloutir dans cette malheureuse entreprise. Sept fois, dans le cours de l'année 1381. il réunit à Paris les notables des trois
ordres, et toujours les notables écoutèrent la voix menaçante du peuple plus que la sienne. L’édit rendu par Charles V, le jour de sa mort, était pour les Parisiens une conquête dont ils ne voulaient à aucun prix se dessaisir. La ville s’était mise en armes : les bourgeois avaient pris l'habit de guerre, tendu des chaînes dans les rues, et placé des gardes à toutes les portes. Ils firent plus : ils entrèrent en correspondance avec Gand « par lettres et messages; » selon l'expression de Froissart, ils prirent sur les Gantois pied et ordonnance, et disoient les communes par tout le monde que les Gantois estoient bonnes gens, qui vaillamment soutenoient leurs franchises et dévoient de toutes gens être aimés et honorés. » Il en coûta à Rouen de les avoir trop bien imités; l’insurrection y demeura quatre mois victorieuse, et la majesté royale y fut insolemment parodiée dans la personne d’un mercier, à qui l'on mit la couronne sur la tête pour obtenir de lui l’abolition de tous les impôts. Mais quand le duc d’Anjou et le duc de Bourgogne eurent réuni assez de troupes pour châtier la ville rebelle, ils firent marcher contre elle le jeune roi, et y signalèrent son entrée par de sanglantes exécutions (février 138‘2).
Les princes, à leur retour de cette triste victoire, comptaient traiter Paris de la même manière; mais la chose était moins facile. Un crieur public, au risque de sa tête, s’était hasardé à annoncer aux halles que l'impôt du douzième sur toutes les denrées serait levé le lendemain (1er mars), et le lendemain une clameur formidable retentit par toute la ville : « Aux armes’, aux armes! pour la liberté! » C’était la populace dé-
chaînée qui égorgeait les gens du fisc, forçait la porte des prisons, et épouvantait de ses cris la bourgeoisie elle-même, dont elle était l’instrument. Charles VI, revenu de Rouen en son château de Vincennes, somma Paris de rentrer dans l’obéissance; par une sorte de transaction conclue avec la bourgeoisie, il obtint que quelques-uns des maillotins (porteurs de maillets) seraient livrés en victimes à la majesté royale offensée, mais ce fut à 1 expresse condition que les impôts resteraient abolis. Bientôt même le peuple, irrité de l’exécution clandestine des gens arrêtés qu’on jetait la nuit, cousus dans des sacs, à la rivière, devint plus menaçant et plus intraitable que jamais. Le roi ne rentra dans Paris qu’en accordant une entière amnistie, et le duc d'Anjou, désespérant d’obtenir davantage, s’achemina enfin vers la Provence, chargé des dépouilles de la France, en même temps que de l’exécration universelle (mai 1382).
Le champ restait libre à l’ambition du duc de Bourgogne. Ce prince, héritier par sa femme du comté de Flandre, n’eut rien de plus pressé que d’engager le jeune roi dans la querelle que son beaupère, Louis de Mâle, soutenait contre les Gantois. 11 y avait eu dans cette lutte d’étranges alternatives. La grande ville de Gand, réduite à en porter seule tout le poids et menacée dans ses murs des maux de l’anarchie, pendant qu elle subissait en dehors ceux de la guerre, était à la veille de succomber. Le plus accrédité des chefs populaires, Pierre, du Bois (Peter van don Boschc) eut alors la pensée toute romaine de sauver sa patrie en lui donnant un dictateur. Il alla
chercher dans son obscurité le fils du grand Artevelde, et sur la foi de son nom, l’offrit aux Gantois comme le seul espoir pour leur liberté. Il se trouva que Philippe Artevelde avait le patriotisme et le génie de son père; justicier implacable, il eut en peu de jours rétabli l’ordre dans la ville et rendu en même temps le courage à ses concitoyens. Mais Gand était serré de si près par le comte, et les campagnes qui l’entourent étaient si cruellement dévastées, que la famine allait triompher de l’énergie de ses habitants. Ixmis de Mule exigeait que tout, de quinze à soixante ans, vinssent pieds nus, en chemise et la hart au col, se remettre à sa merci. Artevelde convoque alors l’assemblée du peuple et leur propose le choix entre trois partis; attendre tous la mort en martyrs dans les églises et les monastères ; aller tous en suppliants se jeter aux genoux du comte, lui-même s’engageant à offrir le premier au bourreau sa tête; ou enfin sortir de la ville, au nombre de cinq ou six mille hommes résolus, et, comme lesMachabées, chercher la victoire ou la mort en allant attaquer le comte à Bruges. Le dernier parti fut préféré, et Artevelde ayant fait choix, paroisse par paroisse, de cinq mille bourgeois et artisans, « les plus grands de cœur et les plus robustes de corps, » se mit en route avec cotte petite année, qui n’avait de pain que pour un jour, afin d’attaquer celle du comte forte de trente à quarante mille combattants. Rien ne put résister à l’intrépidité de ces hommes, qui, après avoir confessé leurs péchés, ouï la messe et pour la plupart reçu la communion, marchaient à l’ennemi, déterminés à faire jusqu’au
dernier le sacrifice de leur vie. Les rangs de la noblesse flamande furent enfoncés, et les Gantois se précipitant dans Bruges, comme un torrent, y trouvèrent des alliés dans le peuple de cette ville, que les gentilshommes et les chefs de la bourgeoisie tenaient sous le joug. Le sang inonda les rues ; nobles et riches périrent par milliers, et peu s’en fallut que le comte de Flandre ne fût lui-même une des victimes de la vengeance populaire. Il s’échappa seul, la nuit, sons un obscur déguisement (3 mai 1382). Les résultats de la journée de Beverholt furent immenses. Tout le pays de langue flamande se donna en moins de quelques jours aux Gantois; il n’y eut que les villes d’Oudenarde, de Dendermonde et de Rupelmonde qui fermèrent leurs portes à Artevelde. Partout ailleurs il fut reçu comme un libérateur, prit le titre de régent de Flandre qu’avait porté son père, et mit dans ses armoiries trois chapeaux, « parce que, selon l’annaliste flamand, le chapeau était aux temps anciens le symbole de la liberté. » Ce n’était dans toutes les bonnes • villes des contrées environnantes qu’éclats de joie et cris.de triomphe; Paris et Rouen même, malgré son récent châtiment, ne furent pas les dernières .à applaudir à cette victoire populaire : le menu peuple croyait l'heure venue où les dominations seigneuriales allaient partout finir.
La noblesse de France comprit le danger qui la menaçait ; c’était en Flandre qu’elle devait aller vaincre la démocratie parisienne, et elle s’y porta de toute son ardeur. Aussi, lorsque le duc de Bourgogne, dans une assemblée de seigneurs tenue à Compiègne.
proposa de marcher contre « cette ribaudaille, par qui menaçoit d'être honnie et détruite toute chevalerie et genti Hesse, par conséquent sainte chrétienté; » il n’y eut qu’une voix pour demander que le roi publiât sans retard son ban de guerre. Charles VI , à peine âgé de quatorze ans, tressaillait d’aise à l’idée de paraître pour la première fois à la tête d une armée. Il se hâta d’aller prendre à Saiut-Denys l’oriflamme. En vain les Flamands, qui s’effrayaient de souteuir la guerre contre le roi leur suzerain, le supplièrent-ils de les réconcilier avec leur comte; la lettre d’Artevelde fut accueillie avec un rire dédaigneux, et Arras vit bientôt rassemblée autour de ses murs une armée de dix mille lances, sans compter les arbalétriers et le reste de l’infanterie. Le connétable Olivier de Clisson était le chef de ce puissant armement .
On entra en campagne dans les premiers jours de novembre. Les Français, par un téméraire et glorieux fait d’armes, forcèrent à Comines le passage de la Lys, et marchèrent sur Ypres qui se rendit sans coup férir. Artevelde, qui assiégeait alors Oudenarde, eût dû les laisser s’avancer au cœur du pays , où les routes détrempées par les pluies étaient devenues impraticables. Mais il voulut épargner à Bruges le sort d’Ypres, et il se porta au-devant de l’armée royale, qu’il trouva rangée en bataille entre Rousselaer et Rosebecque. Étranger à l’art de la guerre, il se flattait de vaincre, comme il avait vaincu à Beverholt, en poussant contre les lances françaises ses cinquante mille fantassins, tout couverts de fer, serrés en phalange et les bras entrelacés, pour ne pas laisser rompre leurs
rangs. Mais il avait affaire à un ennemi d’une expérience militaire tout autre que celui dont il avait triomphé : c’était le grand corps de la gendarmerie, formé par les leçons de du Guesclin, que Clisson venait de mettre à pied, et que les Flamands trouvèrent déployé devant eux. Aussi, après s’être enfoncée au centre de la ligne française el y avoir fait une large trouée, cette masse redoutable, déhordée sur les deux ailes, fut bientôt enveloppée, et le combat ne fut plus dès lors qu’un massacre. Les chevaliers sentaient que, sur le champ de bataille de Rosebecque, c’étaient toutes les communes du royaume qu’ils frappaient avec celles de Flandre, et ils furent sans pitié. Les bérauts d'armes rapportèrent qu’ils avaient compté dans la plaine vingt-six mille cadavres, non compris les fuyards tués dans la poursuite. On trouva Philippe d’Arlevelde gisant parmi ses fidèles Gantois : Charles VI le fit, dit-on, pendre à un arbre (29 novembre 1382). Cette vengeance royale, s’acharnant sur un mort, était un triste jeu d'enfant; celui du lendemain fut bien plus triste encore. Courtray conservait dans sa cathédrale les éperons d’or de cinq cents chevaliers français, tués quatre-vingts ans auparavant sous ses murs. Le jeune monarque crut venger l’honneur de la France en ordonnant que tous les habitants fussent égorgés ou emmenés captifs, et la ville pillée et réduite en cendres.
11 eût voulu pousser jusqu’à Gand; mais ses oncles et les seigneurs qui l’entouraient avaient h&te d’aller achever à Paris leur victoire. On lui fit voir des lettres écrites à des gens de Courtray par des bourgeois de
la capitale, et exprimant la plus ardente sympathie pour la cause des communes flamandes. C’en fut assez pour tourner contre les Parisiens toute sa passion. Il est curieux d’entendre ici Froissart, dans son enthousiasme pour le triomphe du roi et de la chevalerie, s’écrier d’un ton qui n’est plus celui de l’historien : « Que diront maintenant ceux de Paris? que diront-ils, quand ils sauront les nouvelles que les Flamands sont déconfits à Rosebecque, et Philippe d’Artevelde mort? Ils n’en seront pas bien joyeux, eux ni maintes autres bonnes villes. » Plusieurs de ces bonnes villes, Péronne, Noyon, Compiègne, Senlis, étaient sur le chemin de l’armée royale dans son retour à Paris; elles accueillirent le monarque avec les démonstrations d’une humble obéissance, et le 10 janvier 1383 Charles VI, en rapportant l’oriflamme à Saint-Denys, alla faire hommage de sa victoire au patron du royaume. 11 fit publier qu’il entrerait le lendemain dans la capitale.
Paris ne songeait nullement à affronter l’armée victorieuse du roi ; mais les habitants, par un très-faux calcul, tinrent à montrer que la force ne leur manquait pas pour se faire respecter, et au nombre de pluB de vingt mille hommes, tous en armes et « ordonnés en une moult belle bataille, » ils allèrent se déployer sur le passage du monarque, entre Saint-Lazare et Montmartre. Le connétable et quelques-autres seigneurs furent envoyés pour s’assurer de leurs dispositions. Quand on eut reconnu qu’ils n’avaient voulu faire qu’un maladroit étalage « de leur puissance, » Clisson leur signifia « que le roi ne les vouloit pas
voir ainsi, et qu’ils n'eussent qu’à rentrer chez eux et à quitter leurs armures. » Us obéirent, et bientôt après l’ordre fut donné par le connétable de faire disparaître les chaînes des rues et de jeter à bas la porte fortifiée de Saint-Denys, par laquelle Charles devait entrer. Il entra, en effet, en faisant passer son cheval sur les débris de cette porte abattue, et sans consentir à entendre les magistrats de la ville, il se rendit droit à Notre-Dame, où il déposa sur l’autel un étendard aux fleurs de lis d’or, en mémoire de son triomphe. Paris pressentit dès lors le sort qui lui était réservé, et tous les habitants se renfermèrent dans leurs demeures, pendant que l’année royale prenait possession de la ville morne et silencieuse. Les rigueurs ne se firent pas attendre; injonction fut faite, sous peine de mort, à tous ceux qui avaient des armes de les porter au Louvre ou au Palais, et quand la ville fut ainsi livrée sans défense à la merci du pouvoir, les exécutions commencèrent. Les oncles du roi, le duc de Berri surtout, ne lui permirent de se laisser émouvoir ni par les supplications de la vieille duchesse d’Orléans, fille de Charles le Bel, ni par la touchante harangue de l’orateur de l’Université. Rien n’arrêta le cours de cette effroyable réaction. Chaque jour l’échafaud ou la potence, dressés à Montfaucon, aux Halles ou sur la Grève, recevaient de nouvelles victimes prises parmi l’élite de la bourgeoisie; on cousait les moindres gens dans des sacs et on les jetait obscurément à la rivière. De tous ces supplices, nul ne causa autant d’étonnement et de douleur que celui de l’avocat général Jean Desmarest,
serviteur fidèle et sage conseiller des trois derniers rois, dont l’unique crime avait été, au commencement du règne, de se montrer partisan du duc d’Anjou contre les princes ses frères. Ces scènes de sang durèrent jusqu'à la fin du mois de janvier. Après leurs vengeances satisfaites, les princes donnèrent alors cours à leur cupidité. Ils imaginèrent une grande scène de clémence royale, dans laquelle Paris, au prix des confiscations et des amendes, obtiendrait de se racheter des supplices. Un échafaud fut élevé sur les degrés de la cour du palais, et au milieu le trône du roi, dans toute sa magnificence. Autour du jeune monarque étaient rangés ses oncles et ses principaux conseillers; au-dessous se pressait le peuple qu’on y avait convoqué pour entendre sa sentence. Le chancelier Pierre d’Orgemont fit un récit détaillé des attentats populaires contre l’autorité royale, ajoutant que la répression en avait été incomplète, et que la justice réclamait de nouvelles rigueurs. Ce fut le signal d’un long cri de désespoir dans la multitude qui écoutait cette terrible harangue : « Miséricorde! miséricorde! » s’écrièrent mille voix, celles surtout des femmes et des enfants, dont les pères et les époux attendaient la mort dans les cachots. Les ducs de Bourgogne et de Berri , entrant alors dans leur rôle, s’agenouillèrent devant leur neveu et lui demandèrent grâce pour la bonne ville de Paris. Le roi leur octroya gracieusement leur requête, et par l’organe de son chancelier signifia au peuple qu’il consentait à commuer en peine civile la peine criminelle méritée par tant de rébellions. Les extorsions des
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princes dépassèrent, s’il était possible, leurs cruautés. En même temps que la somme énorme de neuf cent soixante mille francs d’or fut levée, par voie d’amende, sur la bourgeoisie parisienne, tous les plus durB impôts étaient rétablis ; l'organisation municipale de la ville était détruite, et les chaînes de ses rues étaient transportées, comme en triomphe, dans le manoir royal de Beauté. Le chfitiment terrible de la capitale ne tarda pas à s’étendre aux villes du nord de la France, qui avaient sympathisé avec l’insurrection flamande. Rouen, quoique déjà châtié l’année précédente, eut encore à subir des supplices et d’horribles exactions; Troyes, Châlons, Reims, Sens, Orléans virent à leur tour les bourreaux et les agents du lise organiser dans leurs murs le meurtre et le pillage. La victoire de Roscbecque avait porté ses derniers fruits : il ne restait plus rien de l'effervescence démocratique qui avait été un moment si menaçante pour la noblesse et pour la royauté même.
Il faut toutefois le remarquer, il n’y eut rien d’analogue dans cette levée de boucliers populaire avec la tentative faite, vingt-sept ans auparavant, par la bourgeoisie parisienne pour entrer dans le gouvernement du royaume. Marcel et ses adhérents, avant de devenir factieux et traîtres, avaient marché vers un but impossible pour eux «à atteindre, mais bien défini, celui de sauver la France en mettant aux mains du peuple le pouvoir échappé de celles de la royauté. I.es agents de cette révolution étaient des hommes influents par leur fortune, leur intelligence et leur
caractère; ces hommes ont un nom dans l’histoire. Ici, au contraire, les multitudes se sont ébranlées sans chefB, sans direction, sans concert; la bourgeoisie, ralliée à la royauté par le sentiment de ses intérêts et par la Bage administration de Charles Y, laisse agir la classe inférieure du peuple, dont elle redoute plus peut-être qu’elle ne désire la’ victoire. Ses vœux ne vont guère au delà de l’abolition des aides et gabelles qui l’écrasent, tandis que les masses populaires sont emportées par un mouvement qui les conduit elles ne savent où, n’ayant d’autre idée que celle de se venger des violences et des mépris de leurs oppresseurs. Leur organe est le cordonnier anonyme du Parloir aux bourgeois. Les vaincus de 1383 furent donc , à proprement parler , notre peuple de 1 793 , avec ses instincts mêlés de patriotisme et de barbarie. Quatre siècles devaient se passer avant qu’il obtînt la revanche qu’il cherchait alors. Si, dans le cours de ces quatre siècles, la démocratie parisienne apparaît par intervalles sur la scène de l'histoire , elle y sera appelée par les factions des grands qui exploiteront à leur profit son énergie redoutable. Sous le règne même de Charles VI, nous la verrons jouer un rôle sanglant dans, la querelle des Armagnacs et 'des Bourguignons.
La soumission de Paris fut loin cependant d’entraîner celle de Gand : le sang coula en Flandre trois années encore. Lorsque Philippe d’Artevelde s’était efforcé de procurer à sa patrie les secours de l’Angleterre, les barons de ce pays, qui à cette heure même écrasaient avec une dureté impitoyable les restes de
l’insurrection vaincue de Wat Tyler, s’étaient peu souciés d’entreprendre une guerre d’outre-mer pour des vilains révoltés contre leur seigneur. Mais lorsqu’ils apprirent que les Français victorieux avaient pillé la Flandre, on vit une armée anglaise, sous le commandement de l’évêque de Norwich, venir à son tour se charger des dépouilles de cette riche contrée (juin 1383). Charles VI alla combattre cette armée, la fit capituler à Bourbourg, et conclut peu après avec l’Angleterre une trêve de neuf mois, dans laquelle les Gantois étaient compris (janvier 1384). Pendant les négociations de cette trêve, la mort soudaine de Louis de Mâle, frappé, dit-on , d’un coup de poignard par le duc de Berri, prépara dans les affaires de Flandre un grand changement. Le duc de Bourgogne, du chef de sa femme, succédait à Louis de Mâle. Ce n’était pas seulement la Flandre qui venait s’ajouter aux domaines de ce prince, c’étaient aussi les comtés de Bourgogne et d’Artois, de Rethel et de Nevers; l’héritage du duché de Brabant lui était également assuré, et en mariant son fils Jean à la fille du duc de Bavière, régent de Hainaut et de Hollande, il avait achevé d’étendre sur tous les Pays-Bas son influence. 11 sut bientôt se créer, à la cour du jeune roi, son neveu, un nouveau moyen de domination ; ce fut par ses soins que se conclut l’union de Charles VI .avec la princesse Isabeau de Bavière, union qui devait être si' fatale à la France. Le mariage des deux jeunes époux fut célébré dans la cathédrale d’Amiens le 17 juillet 1383.
En prenant possession de son héritage de Flandre,
HISTOIRE UE FRANCE. 3 (il
Philippe le Hardi s’était flatté d’amener à l’amiable les GSntois à rentrer sous son obéissance. Mais la souveraine influence appartenait toujours parmi eux à Pierre Dubois et à un autre chef populaire, Franck Ackermann, patriote aussi dévoué et capitaine plus habile que ne l’avait été Philippe d’Artevelde. L’Angleterre était d’ailleurs engagée désormais dans leur cause; ils n’hésitèrent donc pas à rentrer en campagne contre leur seigneur, plutôt que de se livrer à sa merci. Le duc de Bourgogne invoqua encore une fois contre ses sujets rebelles l’assistance du roi son neveu, et Charles VI, à la tête de cent mille hommes, s’il faut en croire Froissart, alla reprendre la ville de Damme dont Ackermann s 'était emparé (27 août 1385). La Flandre occidentale subit alors des ravages épouvantables, et si le roi, qui s’était avancé vers Gand, s’en rendait maître, tout annonçait l’entière destruction de cette grande cité. Le duc Philippe s’émut des calamités qu’il avait appelées sur un pays qui était son héritage, et il comprit que, s’il ne voulait en voir périr toute la richesse, il fallait qu’il se gardât de pousser à bout le patriotisme indomptable des Gantois. Il entra secrètement en négociation avec la haute bourgeoisie de la ville, fatiguée des souffrances d’une si longue guerre, et trouva Franck Ackermann lui-même prêt à poser les armes, en sujet loyal, si 1a paix assurait à sa patrie les libertés pour lesquelles il avait combattu. Des conférences s’ouvrirent à Tournai le 5 décembre 1385; l’attitude des députés gantois y fut si fière, que la duchesse de Bourgogne fut obligée de se jeter aux genoux de son époux
pour implorer de lui le pardon que les rebelles se refusaient à implorer eux-mêmes. Gand obtint Altière amnistie, avec le maintien de toutes ses franchises, et à ce prix prêta serment de fidélité à ses nouveaux seigneurs. La guerre que cette puissante commune venait de soutenir n’avait pas duré moins de sept ans.
Une autre guerre occupait alors toutes les pensées du duc Philippe, et il y avait sans beaucoup de peine décidé le jeune roi. Il s’agissait d’envahir l’Angleterre et de lui rendre tous les maux que depuis quarante anselle faisaità laFrance. L’occasion semblait favorable : le duc de Lancastre, le meilleur capitaine anglais, était allé en Espagne revendiquer les droits de sa femme sur la couronne de Castille, et il n’y avait que faiblesse et désordre dans le gouvernement de Richard IL Les préparatifs de l’expédition se firent dans le port de l’Écluse; ils furent immenses. Des impôts , plus forts qu’on ne les avait connus depuis cent ans, furent levés sur toutes les villes et sur le peuple des campagnes; les mutations de monnaies, ce néfaste expédient de la royauté aux abois, reparurent elles-mêmes. Les sujets du duc de Bourgogne furent plus pressurés encore que ceux du roi. Ce prince, le plus riche et le plus fastueux de son temps, mit dans ses apprêts une magnificence insensée, et toute sa chevalerie se plut à l’imiter. Au mois de septembre 1380, douze cent quatre-vingtsept navires se trouvèrent réunis à l’Écluse; vingt mille hommes d’armes, autant d’arbalétriers et des bandes innombrables d’infanterie devaient monter
celle Hotte, et l'immensité des approvisionnements de tout genre répondait à celle de l’armement. Mais diverses causes de retard et, entre autres, les lenteurs calculées du duc de Berri , dont la poltronnerie honteuse voulait rendre l’expédition impossible, firent qu’on ne fut prêt à prendre la mer que lorsque la saison ne le permettait plus. « Sans vous, nous serions déjà en Angleterre! » dit le roi à son oncle, et ce fut l’unique châtiment de cet indigne prince. 11 fallut renoncer à l’entreprise; les gendarmes furent congédiés, et, selon l’énergique expression de Froissart, cet effort, le plus puissant que la France eût jamais fait sur mer, « vint à néant. » Les Anglais, qui pendant trois mois avaient tremblé dans leur île, reprirent confiance et ne tardèrent pas à venir attaquer l’Écluse; ils prirent ou brûlèrent la plupart des nefs si richement appareillées pour recevoir les princes et le roi de France (I38G).
Le mécontentement fut grand parmi la noblesse, qui attendait une autre issue de ce prodigieux armement; il ne le fut pas moins parmi le peuple, si cruellement chargé pour en faire les frais. L’irritation devint plus générale et plus menaçante encore, au retour d une expédition que Charles VI entreprit, deux ans après, contre la Gueldre, dans les intérêts du duc de Bourgogne. La France se sentit humiliée en voyant son roi, à la tête de quinze mille lances et de quatrevingt raille lâutassins, n’obtenir d’un petit prince d'Allemagne qu’une satisfaction incomplète et dérisoire (octobre 1388). Un commença de toutes parts à se demander quels avantages si grands l’administra-
tion des oncles du jeune monarque avait rapportés au royaume. Le duc d’Anjou, après ses incalculables extorsions, était allé mourir sans gloire dans la terre de Bari, ne conservant qu’un gobelet d’argent de toutes les dépouilles de la France, et de tout ce qu’avait convoité son ambition, ne laissant à son héritier que le vain titre de roi de Sicile (1384). Le duc de Berri, aussi rapace et aussi cruel que le duc d’Anjou, venait, ce que les Français pardonnent le moins, de se déshonorer par sa lâcheté. Il était manifeste enfin que le duc de Bourgogne, quoique de meilleur renom que ses frères , ne songeait qu’à faire du roi son neveu l’instrument trop souvent malheureux de son ambition et de ses vengeances. N’était-il pas temps que Charles VI, âgé bientôt de vingt et un ans, secouât un joug qui pesait sur lui comme sur la France, et commençât à régner par lui-même? Ce qui se disait partout ne tarda pas à se dire à l’oreille du roi luimêine, et les interprètes du sentiment public furent auprès de lui d’anciens serviteurs de son père, Clisson, Bureau de la Rivière, les sires de Noviant et de Montaigu. Charles se laissa persuader par eux, et dans une solennelle assemblée des grands et des prélats du royaume, tenue à Reims au mois de novembre 1 388, il remercia ses oncles « des peines et travaux qu’ils avoient eus touchant sa personne et les affaires de 1 État, » et les renvoya dans leurs seigneuries, annonçant qu’il régirait seul désormais son royaume. la chose, écrit un des contemporains, parut bonne et raisonnable à tout le monde. Le peuple surtout en témoigna une joie extrême. La bonne mine du roi,
son air bienveillant et ouvert, sa grâce accomplie aux exercices de la chevalerie, lui attiraient tous les regards et tous les cœurs. Quelques mesures de réparation, que lui suggérèrent les sages conseillers dont il s’était entouré, achevèrent de lç populariser. Les impôts furent diminués, quelques-unes des largesses abusives faites par les oncles du roi à leurs créatures furent révoquées. Paris enfin recouvra une partie de ses franchises; la grande ville reconnaissante salua alors son jeune monarque du surnom de Bien-uimé , et l’on se prit à espérer qu’il régnerait comme son père. L’illusion ne devait pas durer longtemps.
C’était à son aïeul, c’était aux premiers Valois que Charles VI devait plutôt ressembler. Le plus pressant des soucis de la royauté fut pour lui de donner à sa cour tout l’éclat des pompes chevaleresques. Ce n'étaient chaque jour que nouvelles fêtes; celles qui furent célébrées dans l’abbaye deSainlrDenys, pour la chevalerie des deux fils du duc d’Anjou , réalisèrent les plus brillantes fictions des romans si répandus alors : les vieux cloîtres de la basilique eurent lieu de • s’étonner des réjouissances profanes dont ils furent le
théâtre. Pour les expier peut-être, Charles VI imagina une cérémonie non moins éclatante et mieux assortie au grave caractère de la résidence momentanée qu’il avait donnée à sa cour : un service funèbre fut célébré afin d’honorer la mémoire de du Guesclin, et l’émotion publique y fut grande, malgré l’appareil un peu théâtral de la solennité. Vinrent ensuite les noces du due de Touraine, frère du roi, avec la belle Valentine de Visconti. Mais tout fut dépassé par les raagnifi-
centres du couronnement de lu reine; Paris en fit les frais avec une profusion égale à son enthousiasme, et l’imagination de Froissart s’épanouit dans le tableau qu’il fuit de ces joies royales et populaires (22 août 1389). L’âge du roi était auprès de la foule une excuse pour cette vie de dissipation et' de plaisirs , et l’on savait d’ailleurs qu’il voulait du Lien au pauvre peuple, quoiqu’il eût peu de suite et de fermeté dans l’esprit pour l’accomplir. Un voyage qu’il üt dans les provinces méridionales du royaume témoigna de son désir d’écouter le cri de la misère publiques, et d’y apporter quelque soulagement. Il entendit en Languedoc les plaintes élevées de toutes parts contre l’udministration du duc de Berri; il vit de ses yeux la trace des maux inouïs faits par ce mauvais prince, et, dans son zèle honorable pour la justice, il le destitua de son gouvernement et fit punir de mort le ministre principal de ses rapines et de ses cruautés (1390). Mais ce n’étaient là que les lueurs d’une sagesse passagère dans un esprit faible et désordonné; les plaisirs violents du jeune monarque lui faisaient trop oublier les devoirs de la royauté, en même ■
temps qu’ils altéraient sa santé. Une circonstance survint bientôt qui causa à sa raison même un fatal ébranlement.
Depuis plusieurs années, il existait entre Jean IV, duc de Bretagne, et Olivier de Clisson une haine irréconciliable. Un attentat récent, commis par le duc sur le connétable, avait chez celui-ci exalté cette haine jusqu’à la fureur. Comme il armait dans le port de Tréguier une Hotte destinée à envahir l’Angleterre,
Jean de Montfort, toujours Anglais dans le cœur, avait formé le projet d’ôter son chef à l’entreprise, et une cour plénière, où toute la noblesse du duché avait été sommée de se réunir autour de lui, lui avait fourni l’occasion d'attirer Clisson dans un odieux guet-apens. Clisson, à grand’peine sauvé de la mort, s’était efforcé, mais sans succès, d’entraîner Charles VI en Bretagne pour le venger. Les oncles du roi, encore tout-puissants alors et tous deux ennemis du connétable, avaient appelé à Paris le duc de Bretagne et fait agréer au roi ses soumissions (1388). Réduit à chercher lui-même sa vengeance, Clisson défia son suzerain, comme celui-ci avait naguère défié Charles V, et lui fit la guerre. La querelle était toujours ouverte entre eux, lorsque, le 13 juin 1392 "le connétable, sortant de nuit d’une fête donnée par le roi à l’hôtel Saint-Paul, fut assailli et laissé pour mort dans la rue par Pierre de Craon, gentilhomme angevin, parent du duc de Bretagne. Cette fois, Charles VI, qui n’était plus sous 1 influence de ses oncles, ressentit avec une violente colère le meurtre tenté, sur son connétable, et jura de le venger. « La chose est mienne, » lui dit-il; et dès que Clisson fut en- état de monter à cheval, il se mit aux champs avec lui pour aller châtier Jean de Montfort, qui, sans avoir ordonné le crime, avait donné asile au coupable et refusait de le livrer. I-a santé du roi était alors chancelante. A son retour d’Amiens, où il avait eu (mars 1392) d’inutiles conférences pour la paix avec le duc de lancastre, il était tombé malade, et ni ses forces ne lui étaient entièrement revenues, ni sa tête n'était pleinement raffer-
mie, lorsqu'il s'achemina vers le Mans, où il avait mandé toute la gendarmerie du royaume. A peine arrivé dans cette ville, il fut forcé de reprendre le lit; mais telle était sa fiévreuse impatience d'entrer en Bretagne, qu’il n'écouta ni les représentations de ses médecins, ni de ses oncles, et, avant d'être guéri, donna l'ordre du départ. C’était le 5 août; l'ardeur du soleil était extrême et ajoutait beaucoup à la fatigue de la marche. Tout à coup, comme on traversait la forêt du Mans, un homme revêtu d’une pauvre cotte de bure blanche, tête et pieds nus, et « montrant qu'il fût plus fou que sage, » s’élança du milieu des arhres, saisit le cheval du roi par la hride, et lui cria d’une voix tonnante : « Roi, ne chevauche pas plus avant; mais retourne, car tu es trahi !» « Tu es trahi ! » continua de répéter cet homme en suivant de loin Charles VI, aussi longtemps qu’il chemina dans la forêt. Il arriva alors qu'un page qui portait la lance du roi, s'étant endormi, en laissa tomber le fer sur le casque d un de ses camarades. A ce bruit, Charles, l'esprit tout rempli de la trahison dont il est menacé, tire son épée et se jette en furieux sur ses pages et sur tout ce qui 1 entoure. « Avant! avant sur ces traîtres! » s’écrie-t-il, et à peine son frère, le duc d Orléans, put-il se soustraire à sa main égarée. On le laissa ainsi courir et porter ses coups de tous côtés, jusqu’à ce qu’épuisé il s’affaissât entre les bras de Guillaume de Martel, son chambellan. » Il faut retourner au Mans, dirent les ducs de Berri et de Bourgogne; voilà le voyage de Bretagne fini. « L’infortuné monarque fut couché dans une charrette à bœufs qui se trouva sur
la route; il était tombé en démence. Sa santé tarda peu à se rétablir; mais pendant les trente années qu’il devait vivre encore, la raison ne lui devait plus revenir que par intervalles.
Les deux oncles du roi se saisirent du pouvoir avec un avide empressement. Ceux qui le leur avaient enlevé, Clisson, les sires de la Rivière et de Noviant, furent dépossédés de leurs offices et cités devant le Parlement pour répondre aux griefs dont la haine des princes les -chargeait. Clisson, objet particulier des ressentiments du duc de Bourgogne, fit défaut et s’enfuit dans ses fiefs de Bretagne où il se remit à guerroyer contre Jean de Montfort. L’épée de connétable, qu’il ne voulut point rendre, lui fut retirée, et, sur le refus du sire de Coucy, donnée à Philippe d’Artois, comte d’Eu. Les deux autres accusés restèrent sous les verrous jusqu’au premier retour de Charles VI à la raison. C’était au commencement de l’année 1393 : on crut faire merveille, pour maintenir en santé le jeune et malheureux monarque, de lui prodiguer les amusements, et peu s’en fallut qu’il ne pérît au milieu d’une folle mascarade, où furent brûlés quatre des compagnons de ses plaisirs. Si le roi , au sortir de cette affreuse scène, ne se fût offert aux regards du peuple de Paris qui le croyait mort, ses oncles et tous les courtisans qui avaient pris part à la fête eussent été les victimes de la fureur populaire. Charles VI cependant reçut de ce tragique accident une impression salutaire; sa démence lui parut le juste châtiment «de ses trop grandes oisivetés et jeunesses, » et, non content d’expier ses fautes par des pratiques
pieuses, il s’appliqua à remplir ses devoirs de roi avec un zèle qu’on ne lui avait pas vu jusqu’alors. La pacification de l’Église, toujours déchirée par lo grand schisme, et la fin de la longue guerre avec l’Angleterre furent l’objet principal de ses soins. Richard II, en lutte avec l’aristocratie de son royaume, ne désirait pas moins la paix que le roi de France; une trêve signée à Lélinghem, pour une année d’abord (1393), fut peu après prorogée de quatre, puis de vingt-huit ans par un dernier accommodement conclu au mois de mars 1396. Richard restitua à la France Brest et Cherbourg, et la fille de Charles VI , qui n’avait pas sept ans, lui fut donnée en mariage avec une dot de huit cent mille francs d’or. Les efforts de Charles furent moins heureux pour rétablir la paix dans l’Église. Boniface IX, élu à Rome, après la mort d’Urbain VI, consentait, dans ce grand intérêt, à abdiquer la tiare; mais ni Clément VII, ni moins encore son successeur l’Aragonais Pierre de Luna, qui prit le nom de Benoît XIII (1394), ne se montrèrent disposés à accomplir le même sacrifice. Ce fut en vain que l’Université de Paris appuya de ses dix mille suffrages le désir du roi de mettre un terme au schisme, et qu’un de ses docteurs, organe d’une ambassade de princes et d’évêques, alla haranguer l’astucieux et obstiné Pierre de Luna (1395); ce fut en vain que, quatre ans après, Boucicaut l’assiégea dans le château d’Avignon pour le contraindre à entrer dans la voie de cession (1399); l’opiniâtre Aragonais devait faire durer dix-huit années encore le grand déchirement de la catholicité. Des abolitions
ou des diminutions d’impôts, de nouveaux soulagements apportés aux misères du Languedoc, la suppression des jeux de hasard et l’institution des confréries d'archers et d’arbalétriers, destinées à la fois à amuser les loisirs du peuple et à préparer à la France une infanterie égale à celle de l’Angleterre ; toutes ces mesures et d’autres également sages appartiennent aux premiers intervalles de raison dont le roi jouit après sa démence. Il était touchant de l’entendre répéter qu’il n’avait de confiance qu’en ses bourgeois de Paris et en son prévôt des marchands, Juvénal des Ursins, et lorsqu’il se trouvait avec ce magistrat : « Juvénal, ne perdons pas notre temps, lui disait-il; faisons de bonne besogne. » Le malheureux prince se sentait pressé de prévenir l’heure fatale où le pouvoir de faire le bien lui échapperait. C’étaient pour le peuple autant de témoignages de ses bonnes intentions, c’étaient autant de titres qu’il gagnait à la compassion et à l’amour, au milieu de son infortune. Mais ce qu’il lui était possible de faire ainsi pour le bien du royaume ne durait jamais plus que la courte lumière rendue à son intelligence obscurcie, et le progrès des années ne fit que rendre ces lueurs de raison de plus en plus rares.
Vers cette époque (1395) arriva à -la cour de France une ambassade envoyée par Sigismond, roi de Hongrie, pour demander des secours contre les envahissements chaque jour plus menaçants, des Turks Ottomans dans l’Europe orientale. Ces barbares, depuis soixante ans, s’étaient avancés, de conquête en Conquête, jusque sous les murs de Constantinople, et
leur farouche sultan, Bajazet, surnommé In Foudre (Bayezid Hilderim), annonçait que, maître delà Hongrie, il mènerait son cheval à Rome pour manger l’avoine sur l’autel de Saint-Pierre. La belliqueuse noblesse de France, qui n’avait plus les Anglais à combattre, retrouva alors l’esprit des croisades, et l’on vit au printemps de l’année 1396 s’ébranler plus de mille chevaliers, ayant à leur tête le comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, le connétable Philippe d’Artois et le comte de la Marche, un des princes de la maison de Bourbon. Le sire de Coucy, l'amiral Jean de Vienne et le maréchal de Boucicaut, hommes de guerre expérimentés , s’étaient joints à cette jeune et ardente chevalerie, qui devait trop peu écouter leurs conseils. Plusieurs mois se passèrent avant qu’on entendît de nouvelles de cette aventureuse expédition. Enfin, le jour de Noël, un chevalier de l’Artois, Jacques de Helly. se présenta à l’hôtel Saint- Paul et entra brusquement chez le roi, devant qui il se jeta à genoux, au milieu de sa cour plénière qu’il tenait alors. C’était l’unique fugitif de la sanglante journée de Nicopolis, qui en venait raconter le désastre à la France. Le 28 septembre 1396, la chevalerie française avait rencontré dans les plaines de la Bulgarie la redoutable infanterie des janissaires. Malgré les sages avis du roi de Hongrie, elle s’était lancée en aveugle au plus épais des bataillons turks, et, bientôt enveloppée par la réserve des infidèles, elle avait succoml*é sous leurs redoutables cimeterres. Quatre cents de ces jeunes gentilhommes avaient reçu la mort en la donnant intrépidement à leurs ennemis;
trois cents, faits prisonniers, avaient été égorgés, par ordre de l’impitoyable sultan, sur le champ de bataille. Amenés devant lui, les uns après les autres, sur un signe qu’il faisait, le sabre des janissaires abattait leurs têtes, sans qu’ils fissent entendre d’autres paroles que celles-ci : « Notre Seigneur Jésus- Christ, ayez pitié de nous. » Le vieil amiral Jean de Vienne, le héros de la journée, était mort, comme eux, en véritable martyr : on le trouva gisant sur un monceau de cadavres turks, la bannière de la Vierge serrée contre sa poitrine. Dans cet affreux massacre, Bajazet n’avait excepté que les princes et les seigneurs d'assez haut lignage pour promettre une riche rançon à son avarice. La France apprit avec une consternation profonde ce malheur qui atteignait les plus illustres familles du royaume; mais rien ne se fit pour en tirer vengeance.
L’heure était venue où les haines et les discordes des princes n’allaient plus laisser de force à la France que pour se déchirer de ses propres mains.
Dans les premiers jours qui avaient suivi la démence du roi, son jeune frère, à qui il avait donné récemment le duché d'Orléans en apanage, s 'était essayé à prendre eu main le gouvernement des affaires; mais le duc de Bourgogne était parvenu à l’en écarter « pour sa trop grande jeunesse. » Lorsque l’année suivante, Charles, revenu à la raison, avait fait solennellement enregistrer par le Parlement l’acte qui réglait sa succession, cet acte, en cas de mort du roi, avait attribué à son frère le gouvernement de l’État, sans réserve et sans partage. Le duc Philippe, en
dépit des droits que la volonté royale ainsi exprimée conférait à son neveu, n’en avait pas moins continué à lui refuser toute part au pouvoir, quand la folie du roi avait recommencé. Ce fut là le signal d’une rivalité qui en s’envenimant devait faire couler le sang dans la maison royale et par toute la France.
Louis de France, duc d’Orléans, avait tous les vices des Valois, un goût effréné pour les plaisirs et une prodigalité fastueuse, qui le rendait insatiable d’argent et sans pitié pour les misères populaires. Quelques qualités brillantes se mêlaient cependant chez lui à ces tristes fruits de la corruption des cours ; les grâces de sa personne étaient relevées par le charme de la parole la plus séduisante; il aimait et cultivait les lettres et les arts de l’esprit; enfin, au milieu même des désordres de sa vie, il y avait un fond de piété dans son âme, et on lui voyait des retours vers Dieu, sincères, quoique trop peu durables. Il était marié, comme nous l’avons dit, à la belle Valentine de Visconti, épouse vertueuse et délaissée, à qui sa tragique infortune et son dévouement conjugal ont fait un nom dans l’histoire.
Le duc d’Orléans, avec l’imprévoyante légèreté de son caractère et le scandale de ses vices qui s’étalaient au grand jour, n’était pas de force à se soutenir dans l'opinion publique contre son oncle le duc Philippe, grave dans ses habitudes, calculateur habile dans sa conduite, et n’ayant d’autre souci que celui d’agrandir sa maison, sans fin et sans mesure. Ce n’était pas assez pour le duc de Bourgogne d’envelopper le nord et l’est de la France de ses vastes do-
mai nés ; il tenait en sa main le jeune duc de Bretagne, confié à sa garde, s’était uni par une intime alliance au roi de Navarre, fils de Charles le Mauvais, et au duc de Lancastre, qui allait bientôt monter sur le trône usurpé d'Angleterre. Il n’eût pas moins fallu que toute la sagesse et la vigueur de Charles Y, pour tenir en respect cette branche cadette, dont l’ambition et la puissance devenaient si alarmantes pour la royauté. Le duc d’Orléans se chargea de ce r*le, par instinct plutôt que par calcul, pour se pousser au pouvoir et en savourer les jouissances, pl::tôt que pour maintenir les droits menacés de la couronne. Un parti se rassembla à la cour autour de lui, opposé à celui du duc de Bourgogne, et l’on vit l’oncle et le neveu partout en présence et sur le pied d une rivalité déclarée. Dans l’affaire du schisme, le duc Louis se fit le champion du pape d’Avignon, tandis que Philippe le Hardi, avec le duc de Berri, travaillaient à faire rentrer la France sous l’obédience du pontife de Home. Lorsque fut accomplie en Angleterre la révolution qui porta sur le trône le chef de la maison de Lancastre (1400), à la place de Richard II détrôné, le duc d’Orléans se déclara publiquement contre l’usurpateur, pendant que son oncle faisait reconnaître Henri IV par la cour de France. Même antagonisme à l’égard de l’Allemagne, où Wenceslas, précipité du trône, eut les sympathies du frère du roi, et le nouvel empereur, Robert de Bavière, celles du duc de Bourgogne. C’était à qui des deux princes épierait la moindre lueur de raison revenue à l’infortuné Charles VI, pour obtenir de lui une plus large part
dans le gouvernement. On crut, au commencement de l'année 1402, qu’ils allaient faire de Paris un champ de bataille; ils y étaient en face l'un de l’autre, chacun avec des troupes, et la ville désarmée s’effrayait d’une lutte qui l’eût livrée à toutes les horreurs de la guerre. Des prières publiques, seul moyen de détourner le fléau, avaient été ordonnées. La reine et le duc de Berri obtinrent des deux rivaux de s’embrasser. Mais, quelques semaines après cette réconciliation , le duc d’Orléans profita de l’absence momentanée de son oncle pour se saisir de l’administration des finances, et ajouta une nouvelle taille au poids écrasant des impôts. Philippe, jusque-là si peu soucieux des intérêts populaires, protesta alors, par une lettre écrite au prévôt de Paris, contre l’abus que son neveu avait fait de son nom pour établir cette taille, à laquelle il s’était refusé, disait-il, « à cause de la trop grande misère et pauvreté du peuple « (mai 1402). Ce témoignage d’une compassion hypocrite devint le fondement de la longue popularité dont jouirent les princes bourguignons auprès de la bourgeoisie parisienne. C’était un rôle habilement tracé par Philippe à ses successeurs. Son imprudent rival, au contraire, semblait prendre plaisir à amasser les haines publiques sur sa tête. Une rupture semblait imminente avec l’Angleterre, et, afin de pourvoir aux frais de la guerre, une aide extraordinaire venait d’être levée à grand’peine sur le peuple ruiné de la capitale. Le duc d’Orléans ne craignit pas de forcer de nuit, à la tête d’une troupe armée, l’entrée de la Tour du Palais où tout cet argent avait été déposé,
cl il enleva huit cent raille écus d’or, plus des deux tiers de la somme destinée à la défense du royaume (1404). Il ne fut pas donné au duc Philippe de se prévaloir de l’avantage que lui donnait cet acte effronté de brigandage commis par le frère du roi. A celte heure même, il était gisant sur son lit de mort. La maladie l’avait surpris à Bruxelles, au milieu des ietes, et il s’était fait transporter dans son château de Halle en Hainaut, où il expira, le 27 avril 1404, dans la soixante-troisième de son âge. Prince fait, par ses qualités moins brillantes que solides, pour devenir le fondateur d’une grande maison, habile dans ses calculs, prudent et mesuré dans son action, vaillant à la guerre et aimant mieux toutefois s’agrandir par les voies pacifiques, ne tenant guère de l’esprit de sa race que ses goûts désordonnés de faste et de magnificence, le meilleur, sans contredit des frères de Charles V, mais n’en ayant pas moins été le plus funeste à la France par la politique égoïste et ennemie du royaume, dont il légua l’exemple à ses trois descendants. Son fils aîné Jean, qui avait conquis à Nicopolis le surnom de sans Peur , lui succéda dans le duché de Bourgogne. Jean recueillit, l’année suivante, la plus grande partie de l’héritage de sa mère, Marguerite de Flandre (1405).