‹ Histoire de FranceChapitre 20 sur 67 · Montesquieu en 1689, Voltaire en · texte numérisé non relu

Montesquieu en 1689, Voltaire en

Henriade n’étaient pas de force à lui donner place parmi les célèbres incrédules. Montesquieu, au contraire, dans l’œuvre de jeunesse qu’il venait de lancer hardiment au milieu du public, a atteint du premier coup les limites extrêmes de l’esprit du dixhuitième siècle. Les Lettres persanes soulèvent, comme en se jouant, tous les problèmes sociaux que l’assemblée constituante se chargera de résoudre en 1789, liberté politique, égalité civile, tolérance religieuse, unité de législation, rapports des peines aux délits, libres voies à ouvrir au commerce, etc., etc. Mais ce n'est pas tout; les Lettres persanes donnent aussi l’insolent exemple de la raillerie religieuse, elles travestissent et outragent les dogmes chrétiens, et en même temps elles se plaisent dans des peintures d’un libertinage à froid, d’une volupté sans passion, double scandale qui, quarante ans plus tard, fera l’enchantement universel des salons de Paris. Alors cependant le rôle des deux grands écrivains aura été interverti; Voltaire, en avançant dans la vie, n’aura fait qu’avancer dans le libre penser jusqu’aux dernières licences de l’impiété, tandis que Montesquieu aura été conduit, par ses graves et profondes études, à revenir sur les légèretés malheureuses des Lettres persanes, et à proclamer le christianisme le fondement essentiel des sociétés civilisées.

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