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D’Argenson

l’effort de Belle-Isle, qui venait de recevoir le bâton de maréchal, fut, en effet, d'entraîner la France dans une lutte où sa présomption lui faisait concevoir des espérances illimitées de fortune et de gloire.

A peine était-il arrivé à Francfort, que Frédéric, à la tête de cinquante mille hommes, se jeta sur la Silésie. Le roi de Prusse, eu quittant Berlin, avait dit au marquis de Beauvau, ministre de France: « Je vais jouer votre jeu; si les as me viennent, nous partagerons. » 11 espérait, en offrant cet appât au cabinet de Versailles, triompher des sages résistances que Fleury opposait encore aux intrigues belliqueuses du comte de Belle-Isle. On continua d’attendre, et on le laissa se lancer dans son entreprise. Elle eut un plein succès ; la Silésie, dégarnie de troupes, fut pour lui une facile proie, et trois mois se passèrent avant qu’il rencontrât une armée autrichienne. Le grand Frédéric ne se trouva pas comme le grand Condé « dans son naturel, » à sa première bataille ; il eut peur et se sauva : ce fut le vieux feld-marécbal Schwerin qui vainquit pour lui à Molwitz (10 avril 1741). L’effet de cette victoire fut prodigieux ; l'électeur de Bavière, qui s’était contenté jusqu’alors de faire une guerre de manifestes à Marie-Thérèse, prit les armes pour soutenir les droits qu’il prétendait avoir â la succession autrichienne, et invoqua les secours de la France. Ce fut en vain que la reine de Hongrie écrivit alors à Louis XV les lettres les plus nobles et les plus touchantes ; ce fut en vain que le vieux cardinal à Versailles, en même temps que Walpole à Hamptoncourt, fit un dernier effort

pour épargner à l'Europe la calamité de la guerre universellei Les peuples semblaient en avoir oublié les souffrances, et y poussaient leurs gouvernements par le mouvement passionné de l’opinion publique. Un premier traité fut conclu le 14 mai avec l’électeur de Bavière, par lequel Louis XV s’engageait à lui prêter quarante mille hommes pour envahir les états autrichiens, et trois semaines après (5 juin), Belle- Isle signa à Breslau une autre convention, qui garantissait à Frédéric l’illégitime possession de la Basse Silésie. L’Espagne était antérieurement engagée dans l’alliance française; l’électeur de Saxe, roi de Pologne, ne tarda pas à y entrer, tenté par la promesse qui lui fut faite de la Moravie. On se partageait à l'avance les dépouilles de Marie-Thérèse.

Il semblait impossible que la jeune et infortunée princesse échappât à l'orage qui allait fondre sur elle. A la nouvelle de l’entrée en Westphalie d’une armée française sous les ordres du maréchal de Maillebois, George II avait couru en Allemagne, non pour y porter des secours à la reine de Hongrie, mais pour sauver son électorat de Hanovre, en s'engageant à garder la neutralité pendant un an, et à ne pas donner sa voix dans la diète de Francfort à l’époux de Marie-Thérèse (28 octobre 1741). Pendant ce temps, l’électeur de Bavière, rejoint par les Français, avait franchi la frontière autrichienne, était entré à Passau et à Lintz, et avait poussé ses avant-postes jusqu'à trois lieues de Vienne. Il fit la faute de ne pas se faire ouvrir par la force les portes de celte capitale. Tout le monde connaît l héroïsme que déploya Marie-Thérèse à cette

heure où l’Europe entière la croyait perdue. Dès le mois de juin elle était allée demander à ses sujets de Hongrie l’obéissance qu'ils lui avaient promise en sanctionnant dix-huit ans auparavant la pragmatique, et par une dérogation à la loi fondamentale du royaume, que l'énergie virile de la princesse ne tarda pas à justifier, la diète de Presbourg l’avait proclamée roi. Les fiers et turbulents Magyars n’avaient pu résister à leur enthousiasme, quand ils l’avaient vue portant la couronne et le manteau de saint Étienne, se rendre à cheval sur la montagne du défi, tirer de son fourreau la vieille épée de leurs rois, la brandir aux quatre points de l'horizon, et défier tout venant de contester ses droits et ceux de son fils. Lorsque ensuite la jeune reine parut devant eux vêtue de deuil et tenant le petit archiduc entre ses bras., lorsqu’elle leur déclara en quelques simples et dignes paroles, qu’abandonnée de tous ses alliés, elle plaçait « uniquement sa confiance en la valeur et la fidélité si longtemps éprouvée des Hongrois, » il n’y eut pas un seul de ces magnats, animés de tant de ressentiments contre la maison de Hapsbourg, qui ne mît en oubli les griefs nationaux. Tous, à la vue de cette belle et pâle figure, couverte de larmes, se lèvent d’un même mouvement, tirent leurs sabres, et poussent un cri, qui va retentir bientôt par toute l’Europe : « Moriamur pro rerje noslro Mariâ-Theresâ. » (13 septembre 1741.) L’insurrection hongroise, c’està-dire l’armement de tout le pays, est votée d'une voix unanime, et Marie-Thérèse, outre quinze mille hommes de troupes régulières, a trouvé des bandes

innombrables de Hussards, de Cravates, de Pandours et de Talpaches, qui, comme au temps d’Attila, vont épouvanter l’Occident de leurs ravages.

Si l’électeur de Bavière eût su conduire son armée, si Belle-Isle, meilleur soldat que diplomate, n’eût été malade, Vienne eût été prise, et malgré le réveil du patriotisme allemand stimulé par celui de la Hongrie, le danger de Marie-Thérèse eût été grand encore. Mais les fautes militaires du Bavarois et la mollesse de Fleury à pousser la guerre dégoûtèrent Frédéric de l’alliance française; moyennant la cession de la Basse Silésie, il prit avec Lord Hyndford, envoyé de Walpole, l’engagement secret de poser les armes, et mit ses troupes en quartier d'hiver (9 octobre). Le corps d’armée autrichien qui lui était opposé se rejeta alors sur la Bohême, où les Français étaient entrés et où leur situation devint bientôt critique. Un grand homme de guerre, que ses talents devaient porter prochaine* ment à leur tête, conçut la pensée aussi heureuse que hardie de sortir de péril en emportant d’assaut la ville de Prague, contre laquelle on avait marché sans avoir les moyens de l'assiéger. Lecomte Maurice de Saxe, fils du roi de Pologne Auguste II et de la belle comtesse de Kônigsmark, n’était encore connu que par des faits d’armes, tels qu’ils sont permis dans les rangs secondaires; mais il exerça en cette circonstance l'ascendant du génie sur la médiocrité de l’électeur de Bavière, et l’exécution du projet dont il était l’auteur lui fut confiée. Un officier de fortune, le Iieutetant colonel Chevert, lui prêta le secours de son intrépidité et de son sang-froid, et dans la nuit du

25 novembre les remparts de Prague furent escaladés et la ville prise. L’électeur se lit couronner roi de Bohême. Il était, en effet, pour le moment, maître de la contrée; mais pour s'y maintenir, il lui fallait des renforts, il fallait surtout, à la place de Belle-lsle malade, un général qui sût commander l’armée française. Le maréchal de Broglie, qui fut envoyé par Fleury, était vieux et incapable. On avait encore de belles chances, si l’on eût voulu, ou si l’on eût su seconder les opérations du roi de Prusse, qui venait de rompre son engagement de la veille avec la reine de Hongrie, sons le prétexte que le secret en avait été trahi. Mais Frédéric, ne trouvant dans les fautes journalières de ses alliés qu’une menace perpétuelle de revers, résolut de séparer définitivement ses intérêts des leurs, et il renoua ses négociations avec lord Hyndford. Toutefois, sachant, comme il le raconte lui-même, « que de tout temps l’esprit de la cour d Autriche a été de suivre les impressions brutes de la nature,.., il reconnut que pour qu'une négociation réussît avec les Autrichiens, il fallait auparavant les avoir bien battus. » C est ce qu’il fit à Chotusitz (17 mai 1742). Cette fois la Silésie haute et basse lui fut cédée par un traité qui suivit de peu de jours la bataille : l’électeur de Saxe ne voulut point courir plus longtemps que lui les hasards de l'alliance française.

Quelques mois avaient suffi pour amener un grand changement dans la fortune de Marie-Thérèse. Si ç’avait été pour elle un grave échec de voir l’électeur de Bavière élu empereur (24 janvier 1742), elle avait pu s’en consoler en apprenant l’entrée de ses bandes

hongroises à Munich, le lendemain même du jour où son ennemi était couronné à Francfort. Mais ce qui, plus que tout le reste, relevait la situation, c’était la révolution qui venait de s’opérer dans la politique de l’Angleterre. Après avoir pendant près d’un an lutté avec autant de courage que d'habileté contre la passion guerrière de son pays, Walpole était tombé, et avait fait place à Lord Carteret, esprit violent, plein de haine contre la France (février 1742). L’enthousiasme du peuple anglais pour Marie-Thérèse passa alors dans les actes du gouvernement ; un subside de cinq cent mille livres sterling fut voté pour elle, et une armée anglaise et hanovrienne envoyée dans les Pays-Bas pour les protéger contre l’agression française. La guerre de la succession d’Autriche, devenait, comme celle de la succession d’Espagne, la continuation du duel séculaire de la France et de l’Angleterre.

On se figure aisément la consternation de Fleury, dont le principal soin était depuis seize ans d’épargner au royaume ce conflit formidable. Les secours maritimes qu’il avait été obligé de prêter aux colonies espagnoles n’avaient pas été, à ses yeux, une rupture complète avec le cabinet britannique, et les échecs essuyés par les flottes anglaises devant Panama, Carthagène et l’île de Cuba, lui avaient fait espérer qu'il pourrait sans trop de danger abandonner Philippe V à ses propres ressources. Mais la chute de Walpole, suivie de la paix entre Frédéric et la reine de Hongrie, ne lui permettait plus cette illusion. Bientôt il apprit que le maréchal de Broglie, battu à Frauenberg,

venait d’être forcé de se replier sur Prague, et que l’armée française, campée autour de cette ville, était enveloppée par les forces supérieures du feld-maréclial Kœnigsegg. 11 était tout simple que le pacilique vieillard, dont la politique n’était que trop bien justifiée par les événements, écrivît à Belle-Isle, qui était retourné à l’armée : « La paix, monsieur, à quelque prix que ce soit. » Mais ce que la faiblesse d’un cerveau troublé par l’âge et par la peur peut seule expliquer, c'est l’étrange lettre adressée par Fleury à Kœnigsegg, dans laquelle il dénonce Belle-Isle comme l’instigateur de la guerre aVec la maison d’Autriche, au moment même où il charge celui-ci de négocier la paix. Marie -Thérèse en prit avantage pour exiger que l’armée française se rendît prisonnière, et en même temps elle se fit un jeu de laisser tomber dans le public, par une feinte indiscrétion, la lettre du cardinal, qui le couvrit de ridicule et de honte aux yeux de l’Europe. Elle ne pouvait s’attendre que Belle-Isle acceptât l’humiliante capitulation qu’elle prétendait lui imposer : le maréchal de Maillebois, employé tout l’été à surveiller les mouvements des Anglais aux Pays-Bas, avait franchi le Rhin, et s’avancait vers la Bohême. S’il n’eût été arrêté dans sa marche par les ordres de Fleury, qu amusaient alors de trompeuses négociations, il eût mis les Autrichiens dans un extrême péril. Lorsque des ordres contraires lui arrivèrent, l’occasion était perdue; l’ennemi était renforcé et la neige qui couvrait les montagnes ne lui permit pas de se porter au delà d’Egra. Il ne put rien faire de plus que de se replier sur la Bavière, et d’y

mettre ses troupes dans leurs quartiers d hiver. Belle- Isle, pendant ce temps, débarrassé du gênant concours du maréchal de Broglie, avait -Cait rentrer ses troupes dans Prague, et s'était assuré les moyens d y tenir jusqu’au printemps; mais des dépêches qu’il reçut de Versailles lui ordonnèrent d’évacuer la ville, et 'de rejoindre en toute luite l amée de Maillebois. Ceux qui avaient donné cet ordre ignoraient avec quelle rigueur le froid sévissait alors en Bohême, et Belle-Isle agit comme s’il ne s’en fût pas douté luimême ; il ne prit aucune des précautions que commandaient la prudence et l’humanité pour en défendre son armée. Avant la catastrophe inouïe de Moscou en 1812, le souvenir de la retraite de Prague était conservé dans nos fastes militaires comme celui de l’épreuve la plus cruelle à laquelle l’hiver eût mis le soldat français : quatre mille hommes restèrent gelés sur les chemins (16-27 décembre). L’armée ne trouva à se refaire qu’à Egra. Elle y fut bientôt rejointe par le brave Chevert, qui avait été laissé dans Prague avec une garnison de malades et de blessés. Sommé de se rendre à discrétion, il avait fait répondre au général autrichien que, si les honneurs de la guerre ne lui étaient point accordés, il mettrait le feu aux quatre coins de la ville, et s’ensevelirait sous les ruines. Son héroïque résolution ne fut pas mise à lépreuve. Des cinquante -deux mille hommes qui avaient formé l’armée de Bohème, douze mille environ rentrèrent en France avec le maréchal de Belle- Isle. La guerre fut moins désastreuse, mais toutefois * 6ans succès en Italie. Faute d’une volonté assez éner-

gique pour résister aux exigences ambitieuses d’Élisabeth Farnèse, le cabinet de Versailles laissa le roi de Sardaigne entrer dans l'alliance impériale, et prêter sa vaillante armée à Marie-Thérèse pour fermer le Milanais aux Espagnols.

L’année 1743 s’ouvrait ainsi sous de tristes auspices. L’opinion publique, que les revers aigrissaient chaque jour davantage et qui se vengeait par des quolibets, accueillit, comme le pronostic d’une fortune meilleure, la tin du vieux ministre qui depuis plus de seize ans gouvernait les affaires du royaume. « M. le cardinal mourut enfin hier à midi » (2!) janvier 1743), dit le marquis d’Argenson dans son journal ; il était un des ambitieux qu’importunait la trop longue vieillesse de Fleury, et qui attendaient leur part dans son héritage. Fleury en effet avait vécu, ou, pour parler plus juste, il avait régné trop longtemps : son tort avait été de ne savoir pas se retirer le jour où une politique qui n'était pas la sienne avait prévalu dans les conseils de Louis XV. Jusqu’à ce moment fâcheux pour lui comme pour le royaume, il avait été, quoi qu’on en puisse dire et malgré toutes ses fautes et ses faiblesses, un sage ministre; il avait porté dans le gouvernement un esprit d’ordre et de suite qui de bien longtemps ne devait plus s’y retrouver; il avait mérité, selon le témoignage de ce même d’Argenson, si impatient de le voir mourir, qu’un diplomate étranger dît de lui que « par sa mort la France avait perdu un attrait de douceur et de modération qui lui avait rendu plus qu’on ne croyait et valu plus que deux armées. »

Louis XV regretta Fleury par un attachement qui venait de l’habitude et d’une paresseuse confiance. 11 réitéra l'engagement qu’il avait pris, en congédiant M. le Duc, de gouverner par lui-même, et il le tint en ce sens que jusqu’à la fin de son règne il n’eut plus!" de premier ministre. Mais sa volonté n en pénétra pas davantage dans le gouvernement; ce ne fut jamais que par accident et pendant de courts instants qu'il triompha de son insouciance pour s'occuper de ses affaires et se montrer à ses armées; l’absence d’un ministre dirigeant n’eut d’autre effet que d’établir en permanence l’anarchie dans ses conseils. A l’époque où nous sommes parvenus, le cardinal de Tencin qui avait tous les vices et non l’esprit de Dubois, grand persécuteur des appelants, siégeait, comme ministre d’État, à côté de d’Aguesseau, à qui les sceaux avaient été rendus et qui gardait toujours, avec son caractère pliant, une légère teinte de jansénisme; le contrôleur général Orry continuait à gérer les finances en commis intègre et médiocre, et Amelot les affaires étrangères en esprit pesant et routinier; le frivole Maurepas, qui avait hérité de son aïeul Pontchartrain l’administration de la marine, semblait avoir pour département réel les épigranmies et les chansons; son cousin Philipcaux, comte de Saint-Florentin, était chargé des affaires de la religion, c’est-à-dire de l’exécution rigoureuse de l’édit de 1724 contre les protestants; le respectable évêque de Mirepoix avait reçu après Fleury la feuille des bénéfices; le ministère de la guerre venait enfin d'être confié au comte d'Argenson, objet de l’aigre jalousie du marquis son

frère, homme du monde plutêt qu’homme d affaires, philosophe ami et correspondant de Voltaire, et qui n’en devait pas moins, par un rare privilège, garder quatorze ans son portefeuille. Deux autres personnages, sans titre officiel, exerçaient à cette époque dans les affaires publiques une influence à peu près égale à celle des ministres; l’un était Richelieu, entré plus avant que personne dans la faveur royale par de honteuses complaisances, tour à tour employé dans la diplomatie et à la guerre, sans autre supériorité que celle de l’intrigue et du vice; l’autre était le maréchal de Noailles, mêlant toujours en lui le courtisan et le citoyen, également jaloux d’être bien auprès du roi et bien auprès du public, et quoique vieilli de vingt-cinq ans depuis la régence, étant resté le même pour la vivacité et la mobilité de l’esprit, pour l’abondance et la confusion des idées.

Lorsque s'ouvrit la campagne de 1743, la France se retrouvait au point où elle en avait été dans la guerre de la succession d’Espagne. Les Provincesllnies s’étaient laissé imprudemment entraîner par l'Angleterre dans une lutte étrangère à leurs intérêts, et avaient promis de joindre vingt mille soldats à l’armée britannique ethanovrienne. Le prince Charles de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse, menaçait la frontière française du Rhin avec une masse considérable d Autrichiens; le roi de Sardaigne, adversaire déclaré de l’Espagne, ne pouvait tarder à l être de la France, et l'Italie allait redevenir un de nos champs de bataille : l’Empire seul restait neutre dans cette vaste querelle. On avait commis la faute de mainte-

nir à la tête de l’armée cantonnée en Bavière le maréchal de Broglie, vieux capitaine dont l’apoplexie obscurcissait trop souvent l’intelligence. Au lieu de rassembler, à l’approche de l’ennemi, ses troupes dispersées, il les laissa surprendre dans leurs quartiers, et repassa honteusement le Bhin. L’empereur Charles VII se trouva de ce coup non-seulement déchu de toutes ses prétentions sur les états autrichiens, mais dépouillé des siens même, et trop heureux d obtenir un refuge dans la ville impériale de Francfort. L’armée rassemblée aux Pays-Bas, sous les ordres du roi George II, avait pendant ce temps pénétré sur les terres de l’Empire, malgré les protestations du roi de Prusse, et marchait sur le Mein, dans l’espoir de se saisir de la personne de l’empereur fugitif. Elle trouva sur son chemin le maréchal de Noailles, qui l’attendait dans la petite plaine de Dettingcn, et s’apprêtait à la foudroyer avec des batteries établies le long de la rivière. Tout le fruit des bonnes dispositions du général fut perdu par la fougue indisciplinée des soldats ; l’armée anglo-allemande déboucha sur la rive gauche du Mein, victorieuse et toutefois si pressée de sortir du mauvais pas où elle s’était engagée, que « Lord Stairs pria par un billet le maréchal de Noailles d’avoir soin des blessés qui se trouvaient sur le champ de bataille que les vainqueurs abandonnaient* » (27 juin 1743). Noailles ne put tenir plus longtemps la campagne ; il repassa le Rhin, et avec Coigny qui avait remplacé le maréchal de

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