Voltaire : ce fut à Lagny-sur-Mame
dans ces procédures sommaires, dans ces jugements ab irato, satisfaction accordée aux haines jansénistes et prélude de l’expulsion des jésuites. La justice de l’histoire n’a pas deux poids et deux mesures; elle casse les arrêts, quels qu’ils soient, rendus par l’esprit de parti. Poussés par le vent de la faveur populaire, les parlements ne ménageaient plus rien dans leurs exécutions contre le clergé, non plus que dans leur opposition aux mesures du gouvernement; ils ne s’apercevaient pas de la force que le souffle déchaîné de F opinion publique gagnait tous les jours contre eux-mêmes et contre toutes les institutions de l’ancienne monarchie.
Nous n’appellerons donc pas des années prospères, mais de bien tristes années celles qui s’écoulèrent entre la paix d’Aix-la-Chapelle et la guerre de sept ans : dans cette mêlée confuse des divers pouvoirs qui se choquent, tour à tour vainqueurs ou vaincus, tout s affaiblit, tout s’abaisse, la royauté, le clergé, l’autorité judiciaire; la France y apprend à ne plus rien respecter. Le gouvernement, toujours absolu dans son langage et parfois dans ses actes, trébuche à chaque pas devant les obstacles qu i 1 rencontre et semble ne plus se soutenir qu'à force d’expédients. Un observateur clairvoyant, qui se donne alors le spectacle de nos affaires, Lord Chesterfield, écrit en 1753 : «Tout ce « que j’ai jamais vu dans l’histoire de symptômes « avant-coureurs des grandes révolutions existe au- « jourd hui, et s’augmente chaque jour en France. » Le sentiment de l'instabilité du trône gagne le monarque lui-même, qui, dans son insouciant égoïsme.
se console par la pensée que « cela durera aussi longtemps que lui. » Autant en dit la favorite'. Comment, en un tel état de choses , la moindre réflexion, la moindre suite aurait-elle pu trouver place dans la politique du gouvernement? Au contrôle général des finances, Machault, qui succombe sous l’échec du vingtième, a pour successeurs en cinq ans, Séchelles, Moras, Boullogne, Silhouette; la gestion des affaires étrangères passe avec une rapidité à peu près égale de Puisieux à Saint-Contest, de Saint-Contest à Rouillé, de Rouillé à l’abbé de Bernis; les petits intérêts et les petites passions de Mme de Pompadour décident souverainement de toute chose , ils décideront même d’une guerre plus ruineuse pour la France que celle de la succession d’Autriche. Le moment est venu où la maîtresse du roi, qui n’est plus pour lui qu’une amie, est entrée en possession effective des fonctions de premier ministre (1756); la vérité nous oblige d’ajouter que ce changement de rôle est accompagné pour la marquise de Pompadour d’un surcroît d’ignominie; afin de perpétuer son empire sur Louis XV, elle s’est associée au valet de chambre Lebel dans l infàme entreprise de faire de la petite maison du Parc-aux-Cerfs le harem du roi très-chrétien.
En détournant nos regards du dedans du royaume pour les porter au dehors, il faut nous attendre à ne rien trouver qui les console. Il importe peu que Louis XV, dans un travail particulier avec le prince de Coati, puis avec le comte de Broglie, ait eu une