‹ Histoire de FranceChapitre 35 sur 67 · M. de Sismondi · texte numérisé non relu

M. de Sismondi

blés, la marine française à jamais anéantie pour le satisfaire. Marie-Thérèse cependant, n'ayant plus à compter sur la France, non plus que sur ses alliés d’Allemagne, ne voulut pas se hasarder à continuer seule, la lutte contre son redoutable antagoniste : la paix, signée le 15 février à Hubertsbourg, en Saxe, entre le roi de Prusse d’une part, et de 1 autre l’impératrice-reine et le roi de Pologne, remit les choses dans l’état où elles étaient avant la guerre. C’était donc sans aucun profit que Marie-Thérèse avait allumé cette guerre, qui avait dévoré près d’un million de soldats’, sans parler de la désolation et de la ruine des contrées qui en avaient été le théâtre! Le monarque prussien ne perdait pas un pouce de territoire, et il s’était placé à une telle hauteur dans I opinion européenne, que désormais il était capable de balancer la puissance impériale eu Allemagne. Nous n’avons pas besoin de signaler tout ce que gagnait l’Angleterre : enrichie par la conquête de notre empire colonial presque tout entier, souveraine incontestée sur toutes les mers du globe, elle venait de mettre le comble au prodigieux édifice de grandeur commencé pour elle par le traité d’Utrecht. Devons-nous ajouter que la France parut beaucoup moins ressentir qu elle ne l’eût dû, l'abaissement où le traité de Paris la faisait descendre? Il y avait à cela plus d'une raison, il eût été injuste d’abord de reprocher, au ministre qui l'avait signée, une paix devenue nécessaire. La nation

1. L’évaluation exacte faite par Frédéric ( Histoire île mon temps) est de 950 000 soldats.

s’était en outre séparée de son gouvernement, au point de ne se presque plus regarder comme solidaire des fautes qu'il commettait, quoiqu’elle en portât le châtiment. Disons-le enfin, la société parisienne, dans l’ivresSe du plaisir et dans le travail des idées nouvelles, s’intéressait peu à la perte « des déserts glacés » du Canada et aux espérances déçues de notre domination dans l’Inde; il y avait à l'égard de ces intérêts lointains ignorance autant qu indifférence. Les esprits étaient pleins du pressentiment confus d’un tout autre ordre de choses qui se préparait, et qui devait fournir à la France de nouveaux éléments de force et de grandeur. Dans la vague attente de cet avenir, vers lequel on se sentait porté par une sorte de courant irrésistible, on ne demandait au présent que des jouissances.

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