‹ Histoire de FranceChapitre 38 sur 67 · Voltaire, bien entendu, étant excepté · texte numérisé non relu

Voltaire, bien entendu, étant excepté

originales dont le détail de l’œuvre étincelle. lx Méchant de Gresset est une reproduction Adèle du ton de la société au milieu du dix-huitième siècle; la langue du persiflage, si fort à la mode, y est parlée dans la perfection; peu d’ouvrages, sur la scène comique, ont un aussi grand mérite de vérité relative. On n’en saurait dire autant de Marivaux, qui donne à tous ses personnages son propre esprit, esprit An et délicat, mais peu naturel, et auquel notre vocabulaire a dû le mot nouveau de marivaudage. Voltaire, trop méprisant pour cet ingénieux et agréable écrivain, lui a reproché ses drames bourgeois; il eût mieux fait de réserver ce jugement sévère pour l’innovation malheureuse essuyée alors par la Chaussée, celle de la comédie larmoyante. Le succès n’en fut pas de longue durée, et ce fut en vain que Diderot, poursuivant la même tentative, prétendit rendre sa prose plus naturelle et plus émouvante que les vers de la Chaussée ; le Père de famille et le Fils naturel ne furent que de froides et ennuyeuses déclamations. Encore quelques années, et Beaumarchais va donner au théâtre un autre genre de comédie, dont la nouveauté hardie et séduisante enivrera le public; mais les représentations du Mariage de Figaro sont un événement trop intimement lié à l’histoire politique du règne de Louis XVI pour pouvoir en être séparé.

Il serait injuste, au terme de cette énumération, de ne pas donner un souvenir au petit nombre de poètes qui, en refusant de s’enrôler sous la bannière philosophique, s'ils ne firent pas toujours acte de talent, fireni au moins acte d’indépendance. L’esprit ne manque

pas aux comédies de Palissot, surtout à celle des Philosophes , mais, il n’eut ni assez de verve, ni une assez puissante originalité, pour tenir contre le courant de 1 opinion qui emporta promptement ses ouvrages. Autant en arriva à le Franc de Pompignan, qu’on ne connaît guère que par une strophe admirable de son ode sur la mort de J. B. Rousseau, et par un vers dédaigneux de Voltaire. C'était cependant un homme de cœur et de talent, digne ami de Louis Racine, et, aussi bien que lui, voué par une conviction sincère à la défense des antiques croyances. Mais, comme on l’a très-bien dit1, il représente un parti vaincu, et il n’y a eu pour lui ni justice contemporaine, ni réhabilitation au tribunal de la postérité. L’infortuné Gilbert, à cet égard, a trouvé lin meilleur sort; en mourant à l'hôpital, il a fait ses Adieux à la vie, par des strophes qui sont gravées dans toutes les mémoires, et quelques-uns des vers de sa satire du dix-huitième siècle ont laissé sur les ridicules et les vices de cette époque comme la marque du fer chaud impossible à effacer.

Ce serait omettre un fait très-considérable dans l’hisloire de l’esprit français, que de ne pas dire à quel point son iulluence se répandit alors au dehors. Les chefs-d’œuvre de notre littérature, au temps de Louis XIV, avaient propagé notre langue et quelque chose de nos mœurs chez les nations voisines, mais sans exercer sur elles aucune action politique ni religieuse. 11 en fut autrement au dix-huitième siècle;

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