Qu'ils soient comme ils sont, ou qu’ils nu soient plus
rable Clément XIII, en souscrivant à la réforme proposée, aurait cru tuer la société de Jésus; il voulut laisser cette cruelle immolation à d’autres mains que les siennes. Le 6 août 1762 étant arrivé, le Parlement ne tarda pas d’une heure à promulguer l’arrêt, depuis longtemps délibéré et rédigé, par lequel il déclarait, après un long et violent préambule, « les vœux des jésuites non valables, et la société déchue de son admission et rétablissement, et irrévocablement exclue du royaume. » Et comme si cet arrêt rendu par défaut eût déjà fait loi, l'exécution en fut entamée avec autant de rigueur que de célérité.
11 manquait cependant à cette décieion judiciaire et à d’autres analogues prises par les parlements de Rouen, de Bordeaux, d’Aix, de Grenoble, etc., la sanction nécessaire de l’autorité royale ; les arrêts avaient besoin d’être convertis en édit. Louis XV résista pendant plus de deux ans aux efTorts faits pour emporter son consentement. Les applaudissements forcenés prodigués au Parlement par la bourgeoisie janséniste et parla faction de l’Encyclopédie, loin de lincliner vers la mesure, l'en détournaient : il ne laissait pas non plus d’être troublé par le concert presque unanime des évêques à protester contre le dommage fait à la religion; il ne pouvait enfin être entièrement insensible aux reproches journaliers qu’il lisait dans les yeux de sa femme, de son fils et de ses filles, et qui réveillaient dans son âme dégradée par le vice les impressions de crainte religieuse qu’il avait reçues dans son enfance. Mais Mme de Pompadour savait comment empêcher que la voix oubliée de la conscience se fît trop long-
temps écouler. Cboiseul, en outre, depuis que les parlements avaient poussé si loin l'affaire, ne se sentait plu s de force à entrer en lutte avec eux; c eût été une guerre à mort, et d’autres intérêts lui commandaient de ne pas l’engager. Il représenta fortement au roi l inévitable alternative du renvoi des parlements ou de celui des jésuites. Le premier de ces partis eût fort souri à Louis XV, s’il eût eu alors auprès de lui, comme il l'eut peu après, un conseiller assez audacieuxpour lui proposer la chose etpour l’exécuter ; mais le ministre etla favorite étaient tous deux trop épris de la popularité pour heurter aussi violemment l’opinion publique. Ils endormirent les scrupules catholiques du roi à force de lui répéter que la religion avait subsistéquinze cents ans sans les jésuites, etqu'elle subsisterait encore sans eux, et le misérable monarque, contre sa conscience, signa la déclaration qui supprimait la société de Jésus en France (novembre 1764).
Lorsque à la fin du seizième siècle (1594) un édit semblable avait été porté par Henri IV, il y avait eu motif à cette mesure. Nous n'entendons pas par là mettre à la charge de la compagnie les attentats de Barrière et Jean Châtel ; nous voulons constater seulement quesaforte organisation, son dévouement absolu à la papauté avec laquelle le roi n’était point réconcilié, l’ardeur militante avec laquelle elle servait les intérêts de 1 Espagne, pour tout dire en un mot l’excès de sa puissance et celui de son zèle pouvaient la rendre suspecte à la royauté. On pouvait dire alors qu’elle était un État dans l’État. En était-il de même, de bonne foi, à une époque où le pouvoir pontifical,
pliant partout sous l'ascendant des couronnes, ne recevait d'elles que des outrages; où les jésuites ne lui apportaient plus que le faible secours d une fidélité souvent tremblante; où, loin de menacer l’autoritédes rois, ils avaient plutôt le tort contraire de trop rechercher leur faveur, et d'entrer trop avant dans le manège des cours? Les motifs qui furent allégués pour leur suppression, quelque retentissement qu'on leur ait prêté, furent puérils ou mensongers ; il n'y en eut qu'un de réel, et on se garda bien de le dire tout haut, c’était l'Église qu'on attaquait en eux. « Il faut espérer, écrivait Voltaire à la Chalotais, qu’après avoir purgé la France des jésuites, on sentira combien il est honteux d'être soumis à la puissance ridicule qui les a établis*. » Et quelques mois après, craignant que l’arrêt du Parlement ne profita t qu aux jansénistes: « Que me servirait, écrivait-il au même, d’être délivré des renards, si on me livrait aux loups’? » Rien de plus clair que le sens de ces paroles; l’avantgarde de l’armée pontificale n’avait été si violemment assaillie que pour avoir .meilleur marché du corps de bataille.
Il n'entre pas dans notre sujet de dire comment, sous d’autres influences, le pieux Charles III fut amené à faire en Espagne ce que venait de faire en France le chef de sa maison (17(’>7); comment il fut imité à Naples par son fils Ferdinand IV, et ensuite à Parme par son frère l’infant l). Philippe. A ce der-