‹ Histoire de FranceChapitre 45 sur 67 · M. Alexis de Tocqueville · texte numérisé non relu

M. Alexis de Tocqueville

de cette réforme n'étaient point des hommes que la connaissance et la pratique des affaires eussent préparés à l’accomplir; c'était l'armée des gens de lettres qui se portait en masse au renouvellement de la société française avec l’audace inexpérimentée de la spéculation. Les institutions, les lois, les mœurs, tout ce qui avait fait la vie de l’ancienne France était compté pour rien par une foule de théoriciens aventureux, convaincus de la vertu souveraine de la logique pour gouverner les choses humaines; ils créaient, par la puissance de l’abstraction, comme « de nouveaux cieux et une nouvelle terre » où ne devait rien subsister de ce qui avait été auparavant; il n’y avaitaucuue des parties de l édifice social, dont l'esprit de système n’eût fait table rase, pour y substituer les conceptions idéales « d’une politique toute « littéraire. Au-dessus de la société réelle, dont la « constitution était encore traditionnelle, confuse et « irrégulière, il se bâtissait ainsi peu à peu une so- « ciété imaginaire, dans laquelle tout paraissait « simple et coordonné, uniforme, équitable et con- « forme à la raison. Graduellement l’imagination du « la foule déserta la première pour se retirer dans la « seconde. On se désintéressa de ce qui était pour « songer à ce qui pouvait être, et l’on vécut enfin par « l’esprit dans celte cité idéale qu’avaient construite « les écrivains.1 » Il n’y aura donc pas à s’étonner si les progrès réels que le règne de Louis XVI verra s'accomplir , ceux qui seront l’œuvre spontanée du

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