I. Lettres de Marie-Antoinette
trcint dans le cercle de ses idées que dans celui de ses relations. Les connaissances qu’il avait acquises témoignaient d’une heureuse mémoire, d’un esprit droit et appliqué, mais n’étaient pas de celles qui sont les plus nécessaires à un roi. Ce qu’il devait aux enseignements et aux exemples de son gouverneur, était une piété sérieuse et profonde, qui faisait la règle journalière de sa vie, et qui, dafis les grandes épreuves auxquelles il était réservé, devait élever son honnêteté jusqu'à la vertu, et sa vertu jusqu’à l’héroïsme du martyre. Ses deux frères, le comte de Provence et le comte d’Artois, lancés, au début de leur carrière, l’un dans les prétentions du bel esprit et de la philosophie à la mode, l’autre dans les élégantes folies du libertinage, ne pouvaient être un appui, mais plutôt un embarras pour son gouvernement. Quant à sa jeune épouse, à qui devait échoir plus lard une trop active influence dans les affaires de l’État, elle n’en avait alors et ne se souciait d’en avoir aucune. Il y avait eu jusqu’à cette époque dans les relations du dauphin et de la dauphine quelque chose de froid et de contraint, dont Marie-Antoinette souffrait en silence, qu elle laissait soupçonner seulement à sa mère, et dont elle essayait innocemment de se distraire en échappant, de concert avec ses belles-sœurs les comtesses de Provence et d’Artois, aux chaînes trop pesantes de l’étiquette.
Louis XVI, encore dauphin, avait dit un jour que le surnom auquel il aspirerait étant roi serait celui de Louis le Sévère. Il n’annonçait par là rien de plus que sa vertueuse intention de purger sa cour des infamies
de celle de son aïeul. On y vit autre chose, et à lexpression souvent chagrine de ses traits, à son air habituel de brusquerie et de rudesse, les courtisans se prirent à craindre le règne d'un maître sombre et rigoureux. Mais leur erreur ne fut pas longue, et l'on ne tarda pas à découvrir qu’un rare fonds de bonté et malheureusement aussi beaucoup de faiblesse, se cachaient sous ces apparences dures et disgracieuses. Ce n’était pas un acte d’effrayante sévérité que d exiler momentanément dans un couvent Mme du Barry, initiée à plus d’un des secrets de l’État, et l’on ne pouvait s'attendre que le nouveau monarque gardât dans ses conseils le triumvirat odieux qui avait avili le pouvoir aux pieds de la courtisane. Mais de qui invoquer les lumières pour procéder à cet important changement? Sur la liste des hommes publics qui lui avaient été recommandés par son père, Louis XVI trouva les noms de deux anciens ministres disgraciés l’un après l’autre par Mme de Pompadour, Machault et Maurepas. Le choix du premier, administrateur aussi probe que ferme et habile, eût été excellent; nul mieux que Machault n’eût éclairé l’inexpérience de Louis XVI. L’influence de l’aînée des tantes du roi, madame Adélaïde, le fit écarter, comme peu agréable au clergé, et la préférence fut donnée à Maurepas, survivant de la régence, aussi frivole à soixante-treize ans qu’il l’avait été à vingtcinq, soigneux avant tout, comme l’a écrit un contemporain1, « de cacher le ministre pour ne montrer que