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CHAPITRE XXXIV

DEPUIS LE TRAITÉ DE VERSAILLES lUSQU’A LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX (1783 A 1789).

Nous avons détourné un instant nos regards des événements intérieurs du règne de Louis XVI pour donner une attention plus suivie à l'important épisode de la guerre d’Amérique. Retournons maintenant au spectacle que vont nous offrir, au dedans du royaume, ces années, les dernières de L ancien régime, qui sont le prologue émouvant du grand drame de la révolution française. Tout y a un aspect étrangement mêlé; partout y apparaît le mal à côté du bien; dans le pouvoir la plus déplorable faiblesse à côté des plus honnêtes intentions, le vieil esprit de cour à côté de l'esprit du progrès social; dans la nation la licence d’opinions et de mœurs la plu9 débordée à côtédes plus généreux élans du patriotisme; nulle foi en Dieu, etunefoi immense dans l'humanité, mille motifs de craindre en même temps que mille motifs d espérer dans l’avenir. Notre tâche s’achèvera par le récit aussi calme et aussi impartial que nous le pourrons faire de cette période de temps si courte et si pleine de graves enseignements pour l’histoire.

Louis XVI, à l’entrée de cette période, approche de sa trentième année ; il n'a plus Maurepas' pour lui apporter les leçons si peu profitables de sa vieillesse sans expérience; comme son aïeul, à la mort du cardinal de Fleury, il a annoncé la prétention de régner par -lui-même. Sans que ses lumières soient très-étendues, il voit le bien, il l'aime, il a constamment le désir, mais non pas la force de le réaliser. Aussi ses projets de gouvernement personnel s’évanouissent promptement en fumée ; l'influence de Maurepas va bientôt faire place à celle de la reine. Il y aurait erreur à croire que Marie-Antoinette eût le moindre goût pour l’exercice du pouvoir, pour le maniement des affaires. Devenue mère d’une fille* en 1778, et trois ans après ayant donné un dauphin à la France, elle avait naturellement acquis une plus haute importance à la cour et des droits plus étendus sur le cœur de son mari. Elle en profitait pour pousser aux grands emplois quelques personnages honorés de sa faveur, et l'on est obligé d’avouer que la coterie des Polignac, dont elle était entourée, lui inspirait parfois des préférences qui n’étaient pas les plus sages. Mais elle ne prenait pas tout de leurs mains ; il lui arrivait aussi d’écouter les conseils de l’opinion publique, et elle eut le mérite de faire entrer le marquis de Castries et le maréchal de Ségur au ministère; ce ne fut pas non plus de sa faute si Necker s’en retira. Il faut ajouter que c’était seulement en influant sur le choix

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