CHAPITRE XXVU
DEPUIS Lé GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE JVSQU’a LA MORT
de louis xiv (1702 A 1715).
Anxiété et tristesse de Louis XIV en voyant recommencer la guerre. Première atteinte de ses malheurs domestiques; mort de son frère. Le nouveau duc d’Orléans; le désœuvrement où il est tenu par le roi le précipite dans tous les excès du libertinage. — Le duc de Bourgogne; part de Fénelon et celle du roi dans son éducation.* l-a reine Anne, qui a succédé à Guillaume III, est sous l’empire de Marlborough et de sa femme. La guerre est successivement déclarée à la France et à l’Espagne par la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et l’Empire. — C audition fâcheuse de la France, obligée de pourvoir à la défense de toutes les dépendances de la monarchie espagnole. — Villcroy est surpris et pris dans Crémone par le prince Eugène. — Aeudômo, qui le remplace avec succès dans le Milanais, est contrarié dans ses opérations par la présence de Philippe V. — Le duc de Bourgogne fait ses premières armes aux Pays-Bas; rapides conquêtes de Marlborough. — Catinat, laissé sans ressources, ne peut empêcher la prise de Landau , et va achever sa vie dans sa retraite de Saint-Gratieu. — Première exploits do Villars: l’heureux combat de Friedlingeu lui vaut ie Itftton de maréchal de France. — Inévitable amoindrissement du rôle de la marine ; services et illustration personnelle de Du uay-Trouin et de Forhin parmi la décadence du corps; désastre de Vigo. — Campagne de 1703. Incapacité égale de Chamiliart dans l'administration de la guerre et dans celle des finances. Faiblesse du gouvernement espagnol, qui est aux mains de la pian cessa des l’rsins. Conventions secrètes qui lient le roi de Portugal et le duc de Savoie à la Grande Alliance. — Avantages peu considérables
de Marlborough aux Pays-Bas. — Prise de Kelil par Villars ; sa jonction avec l'électeur de Bavière. — Tentative sans succès de ce prince contre le Tyrol; il contrarie tous les plans île Villars. — Après avoir dégagé à Hochstedt l’armée française par une victoire. Villars dégoûté demande instamment et obtient son rappel. — Tallaid, vainqueur à spire, reprend Landau. — La défection du duc de Savoie est déclarée. — Insurrection des protestants dans les Cévennes; Jean Cavalier et Roland leurs principaux chefs. — Rigoureuses exécutions du maréchal de Mnntrevel; Villars, qui lui succède, pacifie la contrée par un mélange habile de force et de modération. — Campagne de 1704. — Entrevue de Mar horough et d'Eugène A Heilbron ; le résultat du concert de leurs opérations est la bataille de Hochstedt ou de Blenheim, désastreuse pour les armes françaises. — Philippe V est attaqué dans la Péninsule; l’archiduc Charles 111, couronné roi d’Kspagne à Vienne, entre en Estramadure avec le secours de l’Angleterre et du Portugal. — Surprise de Gibraltar par l’amiral anglais Rooke. — Combat naval de Velez Malaga; le comte de Toulouse ne peut poursuivre son avantage et tenter de reprendre Gibraltar. — Fatale influence de Jérôme Pontchartrain dans la marine. — Vendôme punit Victor-Amédée de sa défection en lui enlevant la plus grande partie de ses Etats. — Campagne de lîOô. Joseph I" succède à Léopold sur le trône impérial. — Activité et énergie de Louis XIV pour réparer ses revers. — Villars, posté près de Thionville, déconcerte les projets de Marlborough sur la Champagne. — Prise de Haguenau par le prince de Bade. — Bataille de Cassano gagnée sur Eugène par le iluc de Vendôme. — Turin reste seul au duc de Savoie ; Chaaiillart en empêche le siège, lorsque l’opération avait des chances de succès. — L'archiduc Charles est proclamé roi d’Espagne dans le château de Dénia; un coup de main hardi du comte de Pcleriiorough lui donne l’importante ville de Barcelone. — Campagne de 1706. Grave faute de Louis XIV qui maintient Villeroy, avec l’électeur de Bavière, à la tète de l'armée des Pays-Bas. Journée de Ramillies aussi honteuse que fatale Vendôme remplace Villeroy dans le commandement. — Le duc d’Orléans succède & Vendôme eu Italie. Il est forcé, dès son arrivée, de se replier sur Turin, dont le siège a été mal conduit par la Feuillade. Aveugle obstination de la Feuillade et de Marsiu à recevoir la bataille dans leurs lignes, malgré les instances contraires du prince. — Défaite de l’armée française; l’Italie reste aux impériaux. — Philippe tente sans succès de reprendre Barcelone ; il est chassé de Madrid, où Galloway et Las Minas font proclamer Charles 111. — L’insurrection des Outilles force l’armée anglo-portugaise à se replier sur le royaume de Valence. — Campagne de 1707. Louis XJV propose en vain aux alliés de revenir à l’un des anciens projets de partage. — Vendôme en Flandre empêche Marlborough de rien entreprendre. — Villars emporte les lignes de Stollhofen. — Tentative du duc de Savoie et du prince Eugène contre Toulon ; elle tourne à leur honte. — Bataille d'Alman/a gagnée par le duc de Berwick sur Galloway et Las Minas. — Arrivée du duc d’Orléans; il combine habilement et heureusement ses opérations avec Berwick; prise de Lérida. — Campagne de 1708; Desmarest contrôleur général; ses efforts pour faire subsister ses armées au milieu de la ruine financière du royaume. — Mauvaise distribution des commandements: Villars, enlevé à ses succès d'Allemagne, lutte sans avantage au pied des Alpes contre le duc de Savoie; l'électeur de Bavière et Berwick ne font rien sur les
TABLE I)ES MATIÈRES
bonis du Rhin. — Faute la plus grave de toutes d’avoir associé Vendôme au duc de Bourgogne dans le commandement de l'armee des Pays-Bas; la désastreuse échauffourée d’Oudenarde en est la conséquence. — Habileté de Marlliorougli à profiter de cet avantage. Siège «le Lille et prise de cette grande ville, malgré la défense héroïque du maréchal de Boufllers. — Campagne de 1709. Les rigueurs inouies de l’hiver s’ajoutent aux autres souffrances du royaume. Magnanime humiliation de Louis XIV. Tous ses efforts pour obtenir la paix sont insolemment repoussés. — Viliars est mis à la tète des troupes en Flandre; état d’affreuse détresse dans lequel il les trouve. — Ln manœuvrant pour couvrir Mons, il est forcé d'accepter la bataille. Sanglante journée de llalplaquet ; l'honneur des armes françaises y est relevé dans la défaite. — Philippe V, menacé de l’abandon de son aïeul, refuse le sacrifice de ses droits. — Campagne de 1710. Nouvelle tentative du roi pour obtenir la paix; nouvelle aggravation des conditions qui lui sont imposées par la Grande Alliance dans les conférences de Gertruydenberg ; il est rejeté malgré lui dans la guerre. — Viliars couvre Arras et réduit l’ennemi à de faibles progrès en Artois. — Inutile effort des alliés pour rallumer 1 insurrection dans les Cévenucs. — Défaites de Philippe V à Almcnaia et à Saragosse. — Il demande un général & Louis XIV, qui lui envoie le duc de Vendôme. — Les Anglais sont une seconde fois forcés de quitter Madrid. Nouvelle insurrection des Caslilles; l'archiduc sc retire sur Barcelone. — Vendôme, après avoir surpris les Anglais dans Brihuega, remporte le lendemain la victoire décisive de Villaviciosa. La royauté de l'archiduc ne se maintient plus que dans Barcelone. — Un changement de cabinet survenu en Angleterre offre soudainement des esperauces de paix à la France; négociations secrètes entamées avec Harley et saint John. — La mort de l'empereur Joseph, qui appelle l'archiduc sur le trône impérial, vient en aide à la politique des ministres tories. — Campagne de 1711 insignifiante aux Pays-Bas et sur le Rhin.
— Glorieux fait d'armes de Duguay-Trouyn contre Rio de Janeiro. — Malgré les efforts désespérés de Mnrlborough et du parti whig, la reine Anne accède à l’ouverture publique des négociations à. l trecht au mois do février 1712. — Cette époque est celle des grandes douleurs domestiques de Louis XIV. Le duc de Bourgogne a succédé au titre de dauphin par la mort de son père, frappé d’apoplexie l’année précédente. Mort de ce prince, de son épouse et de l'aîné de ses fils en quelques jours. — Le deuil de la maison royale devient celui du royaume. — Regrets unanimes causés par la perle du duc de Bourgogne. Faut-il croire qu’il eût réalisé toutes les espérances qui reposaient sur lui? — Injustes soupçons que toutes ces morts font peser sur le duc d'Orléans.
— Eugène et Heinsius travaillent à rompre le fil à peine noué des négociations. — Nobles et touchantes paroles de Louis XIV à Viliars en lui remettant le commandement de l’armée de Flandre. — La neutralité commandée par Amie aux troupes anglaises n ôte pas au prince Eugène la supériorité du nombre. La faute qu il a commise de trop étendre ses lignes fournit à Viliars l’occasion de l'attaquer avec succès. La victoire de Denain sauve la France. — Heinsius cesse de contrarier les négociations entamées à Utrechl. Bolingbroke cl Torcy en hâtent la conclusion ; le 1] avril 1713 est fixé pour la signature de la paix; l'empereur seul reste les armes à la main. — Continuation de la guerre sur le Rhin; succès de Viliars; landau repris et Fribourg assiégé. La prise de cette
TABLE UES MATIÈRES
ville fait capituler l’orgueil de Charles VI ; Eugène et Villars négocient à Rastadt le traité qui remet la France en paix avec l'Empire. — Berwick est envoyé en Catalogne pour achever, par la prise de Barcelone, la réduction de cette province. Fin de la guerre de la succession d'Espagne. — Cette guerre, malgré les revers qui l’ont signalée, laisse encore la France grande en Europe ; mais c’est au dedans du royaume que tout est ruine. — Mort de la reine Anne; avènement de la maison de Hanovre dans la personne de George I"; hostilité persistante de ce prince contre Louis XIV, qui , en retour, favorise contre lui les projets des jacobites. — Renouvellement de la querelle du jansénisme; progrès de la secte, quoique privée des grands hommes qui faisaient sa gloire ; elle constitue sous Louis XIV une sorte d’opposition politique. — Violentes mesures prises contre Port-Royal-des-Champs. — Les Réflexions morales du P. Uuesnel sont condamnées par la bulle Unigenitus. Le cardinal de Noailles et quelques évêques avec lui , refusent de la recevoir; zèle persécuteur du P. Tellier; rigueurs déployées contre les anticnnstitutionnaires . — Isolement et profond ennui de Louis XIV ; sa faiblesse croissante pour ses deux fils naturels; il les déclare aptes à succéder au trône et leur confère lo titre de princes du sang. — Les obsessions du duc du Maine obtiennent du roi affaibli un testament par lequel il ne laisse au duc d'Orléans qu’une régence nominale. — Le déclin de la santé de Louis XIV devient visible; il n’en remplit pas moins tous les devoirs extérieurs de la royauté. — Le 25 août 1715 , jour do Saint- Louis, il reconnaît sa fin prochaine et ne songe plus qu’à se préparer à mourir. — Simplicité chrétienne et grandeur de ses derniers moments; sa mort. — Jugements contraires sur Louis XIV : les noms de grand roi et de grand siècle n'en restent pas moins consacrés par l’histoire. 160