CHAPITRE XXX
DEPUIS LA PAH d'aIX-LA-CHAPELLE JUSOD’a LA PIN DE LA GUERRE DE SEPT ANS (17.’|8 à 1763).
Fausse appréciation de Voltaire sur l’état de la France après la paix d’Aixla-Chapelle. — Menace du renouvellement prochain de la guerre au dehors: profonde misère dans les campagnes; mépris pour le gouvernement ; Mme de Pompadour objet de l’aversion populaire. Délaissement de la reine et du dauphin; caractère de ce dernier prince. — Résistance de l’assemblée du clergé au projet de Machault de soumettre les biens ecclésiastiques à l’impôt du vingtième. — Christophe de Iteaumont, archevêque de Paris; il exige des appelants des billets de confession pour les admettre aux sacrements. Le Parlement saisit le temporel de l'archevêque, et le cite devant la cour des pairs. — Lutte acharnée des magistrats contre le faible pouvoir de la royauté. — Mme de Pompadour fait exiler l'archevêque. — Le clergé est persécuté par les parlements : les sacrements sont administrés par arrêts. — Opinion de lord Chesterfleld sur l'état de la France, menacée d’une prochaine révolution; sentiment de Louis XV lui-même sur l'instabilité de son gouvernement. — Changement continuel des ministres. — Abaissement de la politique extérieure. — Dupleix qui, dans l’Inde, a fait de si grandes choses, ne reçoit aucun appui du gouvernement : on le sacrifie aux exigences de l'Angleterre. — Le Canada et la Louisiane sont faiblement défendus contre les attaques sans cesse renouvelées des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. — Assassinat de Jumonville : les lâches concessions du gouvernement français ne peuvent le préserver de la guerre. — Le cabinet britannique la commence sans l’avoir déclarée : brigandage maritime contre le commerce français. — Hostilités au Canada. — L’infériorité de la marine française à celle de l'Angleterre eût pu être réparée, si la France ne se fût mis sur les bras une guerre continentale. — Attaque de l’ile de Minorque par les Français : prise du fort Saint-Philippe. Colère de l’Angleterre et exécution de l'amiral Byng. — Vaillante et habile défense de Montcalm au Canada : on ne songe point à le secourir. — Les caresses de Marie-Thérèse pour Mme de Pompadour ont obtenu l’alliance do la France contre Frédéric : adhésion de la c/.anne Elisabeth et do l’électeur de Saxe à cette alliance : immense danger de Frédéric. Il commence par une rapide attaque contre la Saxe la guerre de Sept Ans. — L'entrée de William Pitt dans le cabinet anglais lui procure un puissant allié. — La France ne donne que peu d’attention aux commencements de cette grande guerre : les mesures signifiées par Louis XV dans un lit de justice au Parlement amènent la démission eu corps de tous les magistrats : émotiou de l’aris. Elle a pour contre coup l’ass issinat de Louis XV par Damiens. Le roi blessé guérit et l'assassin est supplicié comme Ravaillac. — Mme de Pompadour fait disgracier Machault et le comte d'Argenson. — la France entre dans la guerre de Sept Ans. Campagne de 1757. Bataille de Hastenl eck gagnée par le maréchal d'Estrées. Le maréchal de Richelieu lui succide. Capitulation de Kloster-Zeven, qu'il impose sans garantie au duc de Cumlierland. Dé-
TABLE DES MATIERES
tresse de Frédéric : il échappe glorieusement à sa ruine par la victoire de Rosbach, remportée sur les Français, et par celle de Leuthen, remportée avec bien plus d’éclat sur les Autrichiens. — Pilt refuse de reconnaître la capitulation de Kloster-Zeven : il prépare contre les colonies françaises des coups plus décisifs pour la campagne de 1758. — Le comte de Clermont remplace en Hanovre le maréchal de Richelieu. Suite d'échpcs qu’il essuye : bataille de Crevelt. — Avantages remportés par Soubisc à Sangershausen et à Lulterberg. — Exploits de Frédéric et vicissitudes de sa fortune : il est vainqueur à Zorndorff, vaincu à Hochkirch, et reste encore mailre de la Saxe et de la Silésie. — 11 est l'objet de l’admiration publique en France. — Perte de Louisbourg : Montcalm, laissé sans secours et sans espoir, continue A défendre le Canada. — Le mauvais gouvernement de Lallv dans l’Inde y prépare des revers. — Attaques des Anglais contre les côtes de la Bretagne : ils sont repoussés et battus à Saint-Casl. — L'abbé de Bernis, qui a eu le courage de conseiller au roi la paix, est disgracié par Mme de Pompadour et remplacé par le duc de Choiseul, comme secrétaire d’Etat des affaires étrangères.
— Caractère de ce ministre. — Nouveau traité d’alliance avec Marie- Thérèse. — Campagne de 1759. — Broglie, vainqueur du prince Ferdinand de Brunswick, à Bergen, est vaincu avec Contades à Minden. — Défaite de Frédéric à Kunersdorf; prise de Dresde par Daun : cette campagne semble devoir être la dernière pour le roi de Prusse. — Succès des Anglais : projet de descente rêvé par Choiseul et promptement déconcerté. — 11 laisse sans secours le Canada, qu’il se flattait de sauver dans Londres. — Lutte suprême et héroïque des Canadiens : mort de Montcalm et de Wolfe devant Québec : prise de cette ville. — Capitulation du Canada: ménagements politiques du gouvernement anglais pour sa conquête. — La détresse financière force de songer à la paix : •Mme de Pompadour consent à une négociation particulière avec l'Angleterre : Pitt refuse d’y accéder. — Campagne de 1760. Fait d’armes de Klostercamp ; dévouement du chevalier d’Assas. — Sanglante : batailles livrées par Frédéric; il est vainqueur à Liegnitz et à Torgau, mais scs forças sont épuisées. — Échecs de Lally dans l’Inde ; la perte de Pondichéry amène celle de tous les autres établissements français.
— Lally, emmené prisonnier en France, est livré en victime à l’opinion publique, injustement déchaînée contre lui. — Mort de George II ; l'avénement de son petit-fils George III fait présager un changement de politique : Lord Bute, entré dans le cabinet, y devient l’antagoniste de Pitt. — La campagne de 1761 s’ouvre par la prise de Belle-lsle, qui établit les Anglais vis-.ï-vis des côtes de France. — Commencement des négociations; conditions exorbitantes proposées par Pitt. — Choiseul espère y soustraire la France par la conclusion du pacte de famille. — Retraite de Pitt. — Puissant effort de Choiseul pour relever la marine française : le résultat ne s’en doit faire sentir que plus tard. — Déclaration de guerre de l'Angleterre à l’Espagne : conquête de Cuba, en même temps que du reste des Antilles françaises. — Nouveaux échecs ed Allemagne dans la campagne de 1767. — Frédéric, à la veille de succomber, est sauvé par la mort de la czarine Elisabeth : l’amitié momentanée de Pierre III et la neutralité de Catherine la Grande l'aident à se relever. — Choiseul est oblige de poursuivre les négociations avec l’Angleterre, malgré l'abaissement quelles préparent à la France. —
— Traité de Paris, le plus humiliant depuis celui de Brétigny. La France
TABI.E DES MATIÈRES.
reste dépossédée de presque tout son empire colonial. — Traité de Hubertsbourg entre l'impératrice-reine et le roi de Prusse. — Résultats affreux de la guerre de Sept Ans pour l'Allemagne. — La nation française s'est tellement séparée de son gouvernement qu’elle semble indifférente aux pertes et aux humiliations que celte guerre lui a infligées 402