Récit du capitaine Beugnot
officiers prisonniers, qui s'attendaient à partager le sort des généraux, furent épargnés et le lendemain laissés libres.
L'opéralion militaire tentée le matin par le gouvernement avait été si imprévue, que parlout les prises d'armes des fédérés devancèrent les ordres des comités. Le Comité central, pour éluder la surveillance, avait abandonné la rue de la Gorderie et il se réunissait maintenant dans une école de la rue Basfroi, derrière la Bastille. Ses membres apprirent, le 18 au matin, la tentative du gouvernement, par la rumeur publique et les affiches sur les murs ^ Nommés depuis peu, ayant à peine siégé ensemble, étrangers à la décision de grandes affaires, ils n'avaient encore arrêté aucun plan de conduite, et le coup que le gouvernement essayait de leur porter les prenait au dépourvue Quelquesuns d'entre eux accoururent rue Basfroi, mais ils ne purent tenir pendant la journée de véritable séance. Ils durent la plupart rester dans leurs arrondissements, pour stimuler la garde nationale et veiller à la défense locale. L'insurrection, quoiqu'elle grossît d'heure en heure, resta de la sorte longtemps confinée aux quartiers populaires. Le soir seulement les gardes nationaux fédérés se portèrent sur l'Hôtel de Ville. M. Jules Ferry voulait s'y défendre. Ce ne fut que sur des ordres réitérés qu'il se résigna à l'évacuer. Les fédérés y entrèrent à dix heures du soir. Ils occupèrent en même temps la Préfecture de police, l'étatmajor de la place Vendôme, l'Imprimerie nationale, mais ils ne cherchèrent point à attaquer les troupes encore dans Paris. Elles purent ainsi prendre librement le chemin de Versailles dans la nuit. Les ministres et les principaux fonctionnaires partirent en même temps ou le lendemain matin.
Le 19 mars, Paris était abandonné par le gouvernement. Le Comité central siégeait à l'Hôtel de Ville, sous les plis du drapeau rouge. Il avait placardé une proclamation :
1, Lissagaray, Histoire (appendice), p. It.