AU PEUPLE
ce Citoyens,
« Le peuple de Paris a secoué le joug qu'on essayait de lui imposer.
« Calme, impassible dans sa force, il a attendu sans crainte, comme sans provocation, les fous éliontés qui voulaient toucher à la République.
(( Cette fois, nos frères de Farmée n'ont pas voulu porter la main sur l'arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d'une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles.
« L'état de siège est levé.
(( Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections, pour faire ses élections communales.
« La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale.
« Le Comité central de la garde nationale :
« Assi, Billioray, Ferrât, Babick, Edouard Moreau, C. Dupont, Varlin, Boursier, Mortier, Gouhier, Lavalelte, Fr. Jourde, Rousseau, Ch. Lullier, Blanchet, J. Grollard, Barroud, H. Géresme, Fabre, Fougeret. »
Le 19 était un dimanche, les promeneurs circulaient avec indifférence dans les rues. Ils examinaient les barricades élevées par les fédérés, autour de l'Hôtel de Ville et sur divers aulres points. Ils s'attroupaient pour lire les affiches du Comité central. Leur seul étonnement paraissait être de voir à la tête du parti vainqueur des hommes tout à fait obscurs et inconnus. Ils se comportaient ainsi, comme si les événements ne les eussent point regardés. Le jour même, le Comité central faisait occuper les ministères, la plupart des mairies et des édifices publics. Il
allait trouver évacués les forts au sud de Paris : Ivry, Bicêlre, Montrouge, Vanves et Issy. Le châleau de Vincennes lui fut remis trois jours après, par les artilleurs de sa garnison.
La retraite de l'armée sur Versailles prenait toutes les apparences d'une fuite. Les soldats étaient si démoralisés, qu'ils insultaient les gendarmes et les gardiens de la paix en marche avec eux K Une grande agitation régnait à Versailles, qui recevait à la fois les députés à l'Assemblée nationale, les membres du gouvernement, les employés des ministères, les nombreux fuyards sortis de Paris. Tous arrivaient pleins de colère et d'indignation, et dans la panique, craignant de voir apparaître à chaque instant la garde nationale fédérée. M. Thiers, personnellement, ne songeait qu'à réunir au plus vite des forces suffisantes pour repousser une attaque; aussi avait-il prescrit d'abandonner jusqu'aux forts. Le Mont-Valérien lui-même fut évacué. Dans la nuit du 19 au 20, les représentations du général Vinoy décidèrent cependant à le réoccuper. On y dé()êcha un bataillon, qui devança les gardes nationaux envoyés par le Comité central et le conservai M. Thiers fit camper les troupes pour les isoler, il s'empressa de les visiter, de satisfaire tous leurs besoins, de les rappeler au devoir. Lorsqu'on vit que leur moral se relevait et que les renforts envoyés de province arrivaient, on se remit de la panique de la première heure et on se considéra désormais à Versailles comme en sûreté.
Le 18 mars au soir, les maires et les adjoints des arrondissements de Paris s'étaient réunis à la mairie du IP arrondissement, avec un certain nombre de députés de la Seine. M. Jules Ferry, en évacuant l'Hôtel de Ville, les avait invités à s'entremettre, pour sauvegarderas archives et la caisse municipale. Le 19 mars, ils reçurent du ministre de l'intérieur, M. Picard, une délégation en règle pour