Ducros, Enquête parlemenlaire, p
le 4 avril. Ils désarmèrent, à la gare, des soldats dirigés sur Versailles et occupèrent la préfeclure. Le colonel de cuirassiers Billet fut tué en conduisant une charge de son régiment. Les insurgés, la nuit, se dispersèrent d'euxmêmes.
Les tentatives de soulèvement ne devaient être suivies de résistance sérieuse qu'à Marseille. Les républicains de cette ville tenaient un club à l'Eldorado. Le 2^2 mars, leur chef, Gaston Crémieux, y lisait une dépêche de Versailles apprenant que M. Rouher, débarqué à Calais et menacé par le peuple, avait été défendu par la police, puis laissé libre; qu'en outre, M. Thiers acceptait les offres de service du maréchal Canrobert. Gaston Crémieux découvrait dans ces ïaits la preuve d'une trahison. Il proposait donc que, le lendemain, on s'emparât de la préfecture, en se déclarant contre le gouvernement de Versailles. Le préfet, amiral Cosnier, informé de ce projet, imagina de convoquer la garde nationale à une revue, pour obtenir une manifestation de sa part favorable au gouvernement. La revue eut lieu, mais à l'avantage de l'insurrection. Les hommes venus à l'appel marchèrent sur la préfecture au cri de : « Vive la Commune! » retinrent le préfet prisonnier, et nommèretit une Commission executive présidée par Gaston Crémieux. A Marseille encore la Commission executive se trouva isolée. Le général Espivent de laVilleboisnet s'était retiré à Aubagne avec les troupes et les fonctionnaires. Le Conseil municipal, qui d'abord avait paru incliner vers la Commission, lui refusait ensuite tout concours. Aucune des villes environnantes ne se ralliait à elle. La Commune s'affaissait, lorsque, le 27 mars, arrivèrent trois délégués envoyés de Paris : Landeck, Amoureux et May. Landeck excita à une résistance énergique, nomma un général, fit arrêter comme otages le procureur de la République, son substiiut et le fils du maire. Cependant, le 1" avril, le général Espivent s'avançait avec des renforts pour reprendre Marseille. Des marins débarqués l'appuyaient. Les parlisans de la Commune, refoulés de
toutes paris, se réfugièrent à la préfecture, vaste bâtiment isolé qui, barricadé, devenait une véritable forteresse. Le général Espivenl, pour épargner les pertes qu'une attaque directe lui eût coûtées, le fit bombarder de la montagne de Notre-Dame de la Garde et l'enleva ensuite facilement. Gaston Crémieux fut pris au cimetière Israélite, où il s'était caché, Landeck réussit à se dérober.
Le caractère éphémère des soulèvements en province, même dans les villes les plus républicaines, montrait bien que l'insurrection d'où naissait la Commune était sans prise sur la masse du peuple, et par là on peut juger que si, au contraire, elle réussissait à Paris, c'est à l'état mental provenant du siège que cette exception était due.
Pendant que le gouvernement assurait son autorité dans les départements , il s'occupait de réunir une grande armée pour reprendre Paris. Il lui fallut d'abord faire modifier l'article des préliminaires de paix, limitant à 40 000 le nombre d'hommes qu'il eût le droit de tenir dans la région de Paris; le chiffre fut d'abord porté à 80000, puis surélevé encore. 11 obtint, en outre, que la Prusse lui rendrait une partie des prisonniers de guerre, qui seuls pouvaient former une armée solide et aguerrie. Sans les attendre, on s'était hâté d'appeler à Versailles les meilleures troupes des armées du Nord et de la Loire*. On réunit ainsi le noyau de cinq nouvelles divisions, et, dès le 2 avril, on se trouva en mesure d'attaquer les gardes nationaux fédérés.
La division Bruat et la brigade Daudel approchèrent de Paris, Tune par Ville-d'Avray et Montretout, l'autre par Bougival et Rueil. Les fédérés occupaient Puteaux et Courbevoie. Attaqués à Timproviste par des forces supérieures, ils furent facilement refoulés au delà de la Seine. Les Versaillais, après s'être avancés par le pont de Courbevoie, jusque dans l'avenue de la Grande-Armée, s'arrêtèrent pour reprendre leurs cantonnements autour de Versailles.