‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 25 sur 102 · Abbé Vidicii, Hlsloire de la Commune, p · texte numérisé non relu

Abbé Vidicii, Hlsloire de la Commune, p

3. Lanjallcy et Coniez, Histoire de la Révolulion du 18 mars, p. 223.

devant un jury d'accusation; que Texécution de prisonniers de guerre fédérés, serait sur-le-champ suivie de celle d'un nombre triple des personnes condamnées par ce jury. La Commune s'assura immédiatement des otages. Au président de la Cour de cassation, M. Bonjean, emprisonné dès le 21 mars, elle joignit maintenant l'archevêque de Paris, M. Darboy, et des ecclésiastiques, prêtres et religieux de divers ordres. Elle retenait encore des gendarmes, d'anciens sergents de ville, des officiers de paix arrêtés le 18 mars ou depuis, et des soldats abandonnés par l'armée, lors de la retraite sur Versailles, qui refusaient de se joindre aux bataillons^ fédérés. En peu de temps, les prisons furent ainsi remplies de suspects et d'otages. Elle suspendait, en oulre, les journaux les plus hostiles, le Journal des Débats, le Constitutionnel^ le Pays, le Paris-Journal. Le Comité central se remettait en évidence. Il faisait paraître, au lendemain de la défaite, une proclamation, rappelant que la révolution du 48 Mars devait être surtout sociale, destinée à relever les travailleurs de leur infériorité. Il excitait plus que jamais le peuple de Paris à verser son sang pour le triomphe d'une aussi noble cause. Des obsèques solennelles étaient faites, le 6 avril, aux gardes nationaux tués dans les sorties des 3 et 4-.

C'était maintenant le général Cluseret, délégué à la guerre, qui dirigeait les affaires militaires de la Commune^ Il cherchait à organiser la défense, et, dans ce but, reformait les bataillons de guerre de la garde nationale. En même temps il armait les remparts, du Point-du-Jour à la porte Maillol, et les positions avancées d'Asnières et du château de Bécon. Le (5 avril, les Versaillais, prenant de nouveau l'offensive, attaquèrent le pont de Courbevoie, défendu par Bergeret. Ils enlevèrent les barricades qui le fermaient, prirent huit canons, poussèrent jusqu'à Neuilly et s'établirent à demeure sur le terrain conquis. La Commune remplaça Bergeret par le Polonais Dombrowski, qui se retrancha solidement à Neuilly et, soutenu par l'artillerie des remparts, sut s'y maintenir.

Cependant les forces concentrées à Versailles grossissaient, et, le 6 avril, on en formait deux armées. La première, sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon, dite armée de Versailles, comprit deux corps d'armée à trois divisions d'infanterie chacun, le 1" commandé par le général de Ladmirault, le 2^ par le général de Gissey, plus un 3' corps de cavalerie commandé parle général du Barail. La seconde armée, dite de réserve, placée sous les ordres du général Vinoy, compta trois divisions. Les corps se répartirent autour de Paris, qu'ils cernèrent, depuis la Seine, vers Choisy-le-Roi, jusqu'à la presqu'île de Gennevilliers. Les chemins de fer et les routes furent coupés et tous les rapports interrompus. Paris allait donc subir un second siège, pendant lequel il ne communiquerait avec le dehors que du côté entouré par les Allemands, de Saint- Denis à Gharenton.

La pensée d'intervenir entre les combattants, pour faire cesser la guerre civile, était venue à un certain nombre d'habitants de Paris. L'Union nationale des Chambres syndicales, formée de cinquante-six Ghambres, prit l'initiative de porter à Versailles des paroles de paix. Elle demandait qu'on fit des concessions aux Parisiens, telles que la reconnaissance définitive de la République et l'octroi de franchises municipales. M. Thiers répéta aux délégués des Ghambres syndicales ce qu'il avait déjà dit aux maires et aux députés de Paris dans des entrevues analogues : qu'avant tout, l'insurrection désarme, la République existait de fait, il n'était pas question de la détruire ; Paris jouirait des mêmes libertés municipales que les autres villes de France.

Dans le même temps, quelques-uns des maires et des députés ayant fait partie de la réunion qui s'était interposée entre le Gomité central et Versailles, se concertaient avec des républicains influents dans leur parti. Ils formaient ensemble la Ligue d'union républicaine des droits de Paris, pour peser simultanément sur la Gommune et le gouvernement de Versailles, et les amener à la paix.

Après avoir tenu plusieurs n'îunions privées, ils en annoncèrent une publique à la Bourse. Mais la Commission executive de la Commune l'interdit, déclarant que la conciliation, dans la circonstance, élait de la trahison. La Ligue envoya malgré tout quelques-uns des siens porter ses demandes à M. Thiers; c'étaient toujours rétablissement de la République et l'octroi de franchises municipales. M. Thiers répondit, comme il l'avait fait précédemment. Les délégués publièrent un compte rendu de leur entretien avec M. Thiers, après quoi la Ligue entreprit une démarche auprès de la Commune, analogue à celle qu'elle avait tentée à Versailles. Ses délégués, reçus le 14 avril à l'Hôtel de Ville par la Commission executive, lui communiquèrent le programme de la Ligue et la réponse obtenue de M. Thiers. La Commune, informée de celte démarche, décidait de n'en point tenir compte et l'annonçait dans son Journal officiel. La Ligue, repoussée des deux côtés, ne put désormais acquérir d'influence, et tout espoir d'un rapprochement s'évanouit.

Les arreslations d'otages continuaient. Le W avril, M. Gustave Chaudey, ancien adjoint à la mairie de Paris, était arrêté dans les bureaux du Siècle, dont ii était rédacteur. Le Père Duchêne l'avait quelques jours avant violemment dénoncé, prétendant faire retomber sur sa tête le sang répandu le 22 janvier, à l'attaque dirigée par les partisans de la Commune contre l'Hôtel de Ville. De nouveaux ecclésiastiques étaient emprisonnés, choisis parmi les curés, les vicaires de Paris et les séminaristes.

Cependant le combat engagé entre la Commune et Versailles, les arreslations d'otages, les suppressions de journaux, la violence de ces feuilles qui prônaient les mesures révolutionnaires de 1793, le dessein des socialistes d'établir un régime économique nouveau causaient dans la ville de profondes angoisses. L'émigration commencée le 19 mars par les fonctionnaires et les employés du gouvernement, qui n'avait cessé de grandir, menaça bientôt de s'étendre à des classes entières d'habitants. La Commune, pour retenir

les jeunes gens astreints à servir dans la c:arde nationale, interdit de quitter Paris à tous les honimes de moins de quarante ans; aux autres elle ne pernnit plus la sortie qu'avec des passeports. Les jeunes gens qui se refusaient à combattre l'armée de Versailles, recherchés, durent se cacher ou s'enfuir la nuit par-dessus le mur d'enceinte. Aussi ne faut-il point s'étonner que peu de jours eussent suffi pour modifier les sentiments d'une grande partie delà population à l'égard de la Commune. Tous ceux qui, au début, se Tétaient représentée comme un Conseil municipal, ou étaient allés vers elle dans un accès de colère, sans se préoccuper de l'avenir, un grand nombre encore qui avaient cru qu'elle se bornerait à défendre la République contre l'Assemblée monarchique de Versailles, la délaissaient, en voyant ce qu'elle était devenue et à quelles attaques elle se livrait.

Les démissions, les élections doubles, la mort de Flourens et de Duval avaient élevé à trente et une les vacances au sein de la Commune. Le 16 avril, les électeurs étaient appelés à les remplir. Le chiffre énorme des abstentions montra l'isolement dans lequel tombaient les vainqueurs du 18 mars. Onze arrondissements qui, aux élections du ^6 mars, avaient fourni 1 19 000 votants sur 256000 électeurs inscrits, n'en donnaient plus que 59000 Les voles exprimés furent si peu nombreux que la Commune dut négliger la loi de 1849, respectée partons les gouvernements, qui ne reconnaît élus que des candidats ayant obtenu les voix du huitième au moins des électeurs inscrits. Elle valida l'élection, sans égard au nombre des votants, de tous ceux qui avaient simplement recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés. Quelque faciles qu'eussent été rendues les conditions d'entrée, les candidats les plus favorisés de certains quartiers, ne pouvant les remplir, furent éliminés. Deux des candidats validés, à qui manquait le huitième des voix des inscrits, ne se crurent point légalement élus et s'abstinrent de siéger. La Commune ne put ainsi se compléter. Elle ne compta que soixante-dix-neuf membres,

au lieu des quatre-vingt-dix que lui attribuait le décret du Comité central.

Les perquisitions de gardes nationaux en quête de réfractaires ou d'agents à la recherche des suspects devenaient de plus en plus fréquentes et le nombre des détenus avait tellement grossi, que la Commune réglait la procédure à leur appliquer. Le 22 avril, elle fixait le mode de formation du jury appelé à désigner les otages. Elle fut ainsi amenée à s'occuper du régime des prisons. Le citoyen Arthur Arnould, secondé par le citoyen Miot, réclama et obtint l'abolition du secret. Les membres de la Commune eurent le droit de visiter et d'interroger les détenus. Le délégué à la préfecture de police, Raoul Rigault, s'acharnait personnellement aux arrestations et aux poursuites. 11 avait réclamé avec énergie le maintien du secret, lorsqu'on l'abolit il donna sa démission. Cournet lui succéda. Mais il se fit nommer aussitôt procureur de la Commune, et comme, peu après, un de ses amis, Ferré, remplaça Cournet, il fut plus que jamais maître de la police.

L'armée de Versailles serrait maintenant de toutes parts les avant-postes occupés, hors de l'enceinte et des forts, par les gardes nationaux fédérés. Elle avait reçu, le 24 avril, deux nouveaux corps, les 4^ et 5% formés avec des prisonniers revenus d'Allemagne et placés sous les ordres des généraux Douay et Clinchant. Ainsi grossie, elle poussait ses attaques. Vers Asnières, elle enlevait aux fédérés leurs positions sur la rive gauche de la Seine : le 17 avril, le château de Bécon; le 18, le village de Bois-Colombes. Le 19, elle prenait Asnières même et rejetait les fédérés au delà de la Seine. Ils se maintinrent cependant en dehors des remparts de Paris, sur la rive droite, àLevallois et àNeuilly. Sur ce dernier point les deux partis retranchés poursuivaient, sans résultat appréciable, un combat incessant. Les habitants soumis au bombardement, n'ayant pu fuir, s'étaient blottis dans les caves. Leur sort excitait une commisération générale et là Ligue d'union républicaine des

droits de Paris s'entremit en leur faveur. Après des démarches réjDétées, elle obtint de Versailles un trêve partielle de huit heures, qui leur permit de se réfugier dans Paris avec leurs meubles.

Les attaques de l'armée de Versailles sur Asnières et Neuilly ne tendaient qu'à déloger les fédérés de leurs postes avancés. Cet avantage obtenu, on s'arrêtait, car on ne se proposait pas de forcer dans cette direction l'enceinte de Paris. L'effort décisif se produirait sur le saillant du rempart qui entoure le Point-du-Jour et s'avance vers Billancourt et Saint-Cloud. Dans le système des fortifications de Paris, cette partie de l'enceinte est protégée, à droite, par le Monl-Valérien, à gauche, par le fort d'Issy. Les Versaillais occupaient le Monl-Valérien, par conséquent de son côté le rempart se trouvait vulnérable; s'ils s'emparaient en outre du fort d'Issy, ils auraient découvert le point qu'ils voulaient attaqu-^r des deux côtés à la fois et ils l'atteindraient alors de tels feux convergents, que les fédérés ne pourraient s'y maintenir. Le fort d'Issy est donc choisi comme le premier ouvrage de la fortification à enlever.

Les Prussiens pendant le siège avaient construit des batteries contre les forts d'Issy et de Vanves et le front sud de Paris, que les Versaillais utilisèrent en partie. L'armée formée par le général Trochu avait résisté, avec avantage, aux Prussiens, sur ces mêmes positions, occupées maintenant par les fédérés; mais ceux-ci étaient si mal disciplinés qu'en peu de jours les Versaillais surent leur porter des coups décisifs. Dans la nuit du 29 au 30 avril ils enlevèrent à la baïonnette le cimetière, le p:\rc et les tranchées d'Issy. Au jour, les fédérés du fort d'Issy voient les Versaillais tout près d'eux, sur les positions qui les avaient jusqu'à ce moment couverts et appuyés. Ils s'alarment. Leur chef Mégy tient conseil avec ses officiers ^ L'évacuation est décidée, et, après avoir encloué les canons, on

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