‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 45 sur 102 · Marquis de Compiègne, Chasses et guerres, p · texte numérisé non relu

Marquis de Compiègne, Chasses et guerres, p

6. De Grandeffe, Mobiles et volontaires, p. 265. — Albert Hans, Souvenirs d'un volontaire versaillais, p. 10 i.

LA REPRISE DE PARIS. 13t

Les hommes de la Commune, à l'heure de la défaite, éprouvaient donc d'effroyables angoisses et par delà, dans l'avenir, ils n'ont point d'espérance. Leur domination est passée sans retour, car comment retrouveraient-ils jamais une occasion comme celle du 18 mars? Tous ces sectaires ayant pensé triompher par la force et l'audace, tous ces rêveurs, ces théoriciens, persistant à croire leurs conceptions sociales réalisables, sentaient avec désespoir que les choses humaines allaient reprendre leur marche accoutumée. La colère était surtout sans bornes de ceux qui perdaient l'espérance de voir la Commune redresser, en leur faveur, ce qu'ils appelaient la dureté et l'injustice du sort. Il ne s'agissait plus ici d'idées et de principes, mais d'appétits et de besoins. Tous ces déclassés, tous ces envieux, ces ambitieux déçus qui montent à la surface dans les temps troublés et qui, sous la Commune, étaient parvenus jusqu'au gouvernement, tous ceux-là, en voyant s'évanouir l'ère de prospérité attendue, tombaient en frénésie. Depuis longtemps les hommes de la Commune avaient juré de combattre jusqu'à la fin, pour s'ensevelir, en cas de défaite, sous des ruines. Le 23 mai au soir, ils sont définitivement vaincus, et leur rage, leur désespoir, toutes leurs passions déchaînées vont tenir ce serment. Cependant aucun des agents terribles annoncés d'avance, les mines dans leségouts, les substances chimiques détonnantes, n'est prêt à employer. La Commission scientifique in'a pu les faire sortir de l'état d'étude ou l'entrée souidaine des Versaillais empêche de les utiliser. Comme on a [improvisé la défense et les barricades, on improvisera donc ^la destruction. La Commune a réquisitionné dans Paris lies matières inflammables, surtout le pétrole, et le moyen [le plus sûr de produire des ruines, qui s'offre maintenant k l'esprit, est l'incendie.

Le Comité de salut public, par un arrêté au Journal

Ijof/îciel, ordonnait le 23 mai à la garde nationale de brûler

^immédiatement toute maison d'où partirait contre elle

« un seul coup de fusil ou une agression quelconque ».

t32 HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 A 1873.

Mais aucun incendie n'a dû être la conséquence de cet ordre. Les fédérés restèrent partout sur la défensive, nulle part ils ne se trouvèrent assez forts pour enlever et incendier les maisons d'où les soldats tiraient sur eux. Car autrement ils ne subirent aucune agression des habitants; même dans les quartiers les plus hostiles, ceux-ci attendirent leur délivrance de l'armée. Il n'y eut d'exception que sur un seul point, rue de Grenelle, où des gardes nationaux du W bataillon attaquèrent les fédérés, avant la venue dans le quartier des troupes versaillaises, et surent se maintenir jusqu'à leur arrivée.

Le délégué à la guerre Delescluze prescrivait de son côté de brûler les maisons contiguës aux barricades, lorsqu'on croirait pouvoir ainsi arrêter ou retarder les assaillants ^ Beaucoup des maisons qui seront détruites touchaient, il est vrai, aux barricades et, en les incendiant, les fédérés durent être guidés, dans certains cas, par le soin de se défendre. Mais comme aussi, le plus souvent, ils allument le feu au moment même de se retirer, ou, après avoir incendié les maisons voisines des barricades, portent la flamme à l'aveugle de tous côtés, sans qu'ils puissent en retirer avantage, il est bien visible, alors, que le feu était mis par pure méchanceté et dans le seul but de causer des ruines. Quelque odieux que fussent des ordres d'incendie donnés d'une manière générale, en punition « d'un seul coup de fusil » ou comme secours problématique, ils dissimulaient encore leur caractère sous une apparence d'utilité militaire ; en voici venir d'autres transmis sans détour, crûment, pour euxmêmes.

Bergeret s'était établi aux Tuileries avec plusieurs bataillons fédérés et, dans les journées des 22 et 23, gardait l'importante position formée par le jardin et la terrasse. Le 22, il faisait fusiller trois hommes restés inconnus et

1. Charles Beslay, Mes souvenirs, p. 412. — Charles Beslay, La vérité sur la Commune, p. 141.

M. Koch, un pharmacien de la rue Richelieu, qui s'était opposé à la construction d'une barricade devant sa boutique. Le 22, dans l'après-midi, il obtient à l'Hôtel de Ville l'autorisation * de brûler le palais des Tuileries. Un de ses officiers, le colonel fédéré Bénot, de son état garçon boucher, se charge de l'exécution. Des bonbonnes de pétrole et des barils de poudre ont été amenés dans la cour. Des escouades parcourent les appartements, enduisant de pétrole les parquets et les lambris. Des poudres sont montées au premier étage, au centre du palais, dans la salle des Maréchaux. Vers neuf heures, Bénot et ses aides mettent le feu, qui convertit rapidement le palais en un vaste brasier. A minuit les flammes atteignent le pavillon central, les poudres, dans la salle des Maréchaux, font explosion, et une immense gerbe de débris et d'étincelles jaillit dans les airs.

Pendant que Bergeret gardait le jardin des Tuileries, Brunel défendait la rue Royale. Au bout, sur la place de la Concorde, se dressait une des barricades construites d'avance par Gaillard; Brunel avait lui-même fermé l'entrée du faubourg Saint-Honoré et le passage en face de la Madeleine, par deux autres barricades. La rue Royale, ainsi fortifiée et soutenue par la terrasse des Tuileries à côté, offrait de tels avantages, qu'il s'y maintenait pendant les journées des 22 et 23. Cependant il se trouva en danger le soir du 23. Les Versaillais, parvenus sur les boulevards, menaçaient son liane et ses derrières. Déjà maîtres de l'église de la Madeleine, ils tiraient sur les barricades de la rue Royale. Brunel ainsi pressé allume l'incendie ^ Douze maisons des rues Boissy-d'Anglas, Saint- Honoré, faubourg Saint-Honoré et rue Royale sont succesivement atteintes par le feu. A l'angle de la rue Royale et du faubourg Saint-Honoré, sept personnes, que la terreur de la fusillade avait conduites dans les caves, périssent sous

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