‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 49 sur 102 · Edgard Rodrigues, Le carnaval rouge, p · texte numérisé non relu

Edgard Rodrigues, Le carnaval rouge, p

2. Fontaulieu, Les églises de Paris sous la Commune, p. 23. — Camille Pelletan, Le Comité central et la Commmie, p. 1(57.

membres fie la Commune se cherchaient des ancêtres, et que Proudhon était un de ceux dont ils se disaient relever, Chaudey, ancien ami et exécuteur testamenlaire de Proudhon, leur était devenu d'autant plus odieux, que son attache au gouvernement de la Défense nationale, semblait démentir leur assertion que Proudhon vivant eût pris parti pour eux.

Cependant tous ces motifs de haine, inavouables, n'eussent pu servir de prétexte à une détention et à un procès; aussi les ennemis de Chaudey avaient-ils trouvé contre lui utie charge précise, c'était d'avoir commandé à l'Hôtel de Ville le 22 janvier, en l'absence du préfet, M. Jules Ferry, et d'avoir alors ordonné le feu contre les partisans de la Commune venus sur la place. Cette accusation se trouvait d'ailleurs insoutenable, puisque l'Hôtel de Ville possédait un commandant militaire qui, pour se défendre, avait eu tout pouvoir de donner des ordres et en était directement responsable. Quoi qu'il en fût, les ennemis de Chaudey ne qualifiaient sa conduite au 22 janvier que comme celle d'un meurtrier, passible du dernier châtiment. C'était surtout là le langage des blanquistes qui, dans la circonstance, poursuivaient une vengeance particulière, car ce jour-là un des leurs, Sapia, avait trouvé la mort sur la place de l'Hôtel-de-Ville, à la tète des insurgés. Toujours est-il que, sous prétexte de venger Sapia, Rigault s'est servi de son pouvoir discrétionnaire dans les prisons, pour tuer Chaudey.

Lorsqu'il lui fut amené au greffe de Sainte-Pélagie, il lui dit qu'il venait faire exécuter les otages de la prison et qu'il allait être fusillé. Chaudey répondit qu'en le tuant, non seulement il commettrait un assassinat, mais qu'il ternirait la cause républicaine à laquelle ils étaient tous les deux attachés et qu'il ne voudrait pas, ainsi, risquer (le perdre la République. Rigault reprit : «Vous ne vouliez probablement pas perdre la Pvépublique, mais vous vouliez certes nous anéantir, nous autres, lorsque, le 22 janvier, à l'Hôtel de Ville, vous fîtes tirer sur le

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peuple.» Chaudey expliqua que, revêtu de simples fonctions civiles, il ne saurait être responsable des ordres donnés par l'autorité militaire. Rigault coupa court, en disant que cela était possible, mais qu'il n'en serait pas moins fusillé avec les autres otages de la Commune. Pendant ce temps, des aides empruntés à la prison, un détenu pour faux, Préaut de Yedel, Clément, Gentil, employés nommés par la Commune, requéraient le peloton d'exécution. Ils eurent peine à le former, les fédérés de garde à la porte ayant d'abord refusé le service. Ils revinrent enfin avec huit hommes. Chaudey rappela qu'il avait une femme et un enfant; Rigault répondit que peu lui importait et que, d'ailleurs, quand les Versaillais le tiendraient lui-même, ils ne lui feraient point grâce. Chaudey, conduit dans le chemin de ronde, regardant les exécuteurs, dit la tête haute : «Vous allez voir comment meurt un républicain.» Puis il cria: (.(Vive la République!» Rigault, l'épée à la main, commanda le feu. Il ne fut blessé que légèrement, au bras. Il put encore crier à plusieurs reprises: «Vive la République!» avant de recevoir une nouvelle décharge qui le fit tomber. Préaut de Vedel l'acheva d'un coup de revolver dans la tête. Trois gendarmes, détenus à la prison, furent ensuite placés près du cadavre de Chaudey. Rigault commanda de nouveau le feu. Deux de ces malheureux furent tués, le troisième courut se blottir derrière une guérite. Préaut de Vedel l'ayant ramené, il tomba, comme les autres, au commandement de Raoul Rigaull.

Lugubre fut la nuit du 23 mai. Les incendies étendaient d'immenses plaques de feu, le long de la Seine devenue lumineuse. Une sinistre rougeur couvrait le ciel. Le reflet des flammes atteignait les rues les plus éloignées. A ce spectacle la ville se remplit d'épouvante et d'horreur.

Le lendemain, à mesure que les soldats occupent un quartier, les habitants courent aux incendies. Ils voient autour d'eux des ruines fumantes, des rues dépavées et remplies

de débris, des maisons trouées par les balles et les obus, des cadavres et du sang sur le sol. Ceux qui ont eu leurs appartements incendiés, tout en pleurs au milieu de la foule, poussent des cris de mort contre les « communards». Une colère aveugle, un immense besoin de vengeance s'emparent tout à coup de la population, qui jusqu'alors s'élait maintenue dans une grande réserve. La bataille, recommençant le 24 au matin, va encore accroître son exaspération, en la soumettant à de nouvelles horreurs. Les barricades ont été tellement multipliées qu'il n'est pas un point qui, à son heure, ne serve de théâtre au combat. Les habilanls sont depuis deux jours sans nouvelles, emprisonnés chez eux, au milieu des barricades, affamés, manquant de vivres ^ Depuis les incendies chacun a vu dans les fédérés sous ses fenêtres, des incendiaires en expectative et s'est attendu à être brûlé. Lorsque le combat s'engage, le bruit strident du canon tiré sur le pavé, l'explosion des obus, puis la fusillade rapprochée et incessante sèment partout l'effroi. Les éclats d'obus, les balles qui percent les volets et les contrevents, brisent les carreaux, frappent les plafonds, rendent les femmes éperdues de terreur. Les locataires d'une maison se réfugient tous ensemble dans les caves ou les réduits à l'écart. Délivrés, ils sortent, pleins d'une rage folle, contre les fédérés qui s'éloignent.

L'armée se bat dans la fumée des incendies, entre des murailles, où le combat, par les embûches possibles, a quelque chose de particulièrement irritant. A la fureur dé la lutte se joint la fièvre que lui communique la population qui l'entoure, La répression prend un caractère implacable, toute pitié s'évanouit. Les prisonniers n'avaient encore été guère mis à mort que subrepticement, maintenant les chefs de corps ont ordre de les fusiller et les exécutions, comme peine régulière, seront permanentes. On ne tuera cependant point tous ceux dont on se saisira,

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