Lissagaray, Histoire de la Commune, p
2. De Morlemart, Enquête parlementaire sur le 18 Mars, p. 373.
vrier*. Deux mille délégués des compagnies s'y rencontrèrent. Les statuts de la Fédération furent discutés de nouveau, sans qu'on parvînt cependant à s'accorder d'un texte définitif. Mais le comité provisoire devint le Comité central et fut reconnu, par les autres associations siégeant à la Gorderie, comme le représentant autorisé de la garde nationale fédérée.
Les délégués réunis au Wauxhall le 24 février prenaient la résolution suivante : « La garde nationale proteste, par l'organe de son Comité central, contre toute tentative de désarmement et déclare qu'elle y résistera au besoin par les armes. » Puis, comme le jour était l'anniversaire de la révolution de février 1848, ils allèrent participer, sur la place de la Bastille, aux manifestations pleines de colère, qu'y faisait la garde nationale. Des députations défilaient devant la colonne de Juillet au bruit du tambour, déposant à la grille et sur le piédestal des couronnes d'immortelles. Des orateurs prononçaient des discours enflammés, suivis du cri de Vive la République ! Un peuple immense stationnait sur la place et dans les rues voisines. Le drapeau rouge flottait sur la colonne. Les manifestations, le défilé et les discours continuèrent le 25 et le 26. La foule sur la place devenait de plus en plus sombre et fiévreuse. Le 26, un agent de police, Vincenzoni, découvert, un carnet et un crayon à la main, occupé k recueillir le numéro des bataillons, est saisi, lié à une planche et jeté dans le canal. Des milliers d'hommes le regardent noyer.
L'armistice allait expirer. Le bruit court, dans la ville en effervescence, que les Allemands vont entrer. Paris croyait avoir triomphé d'eux, puisque la famine seule Pavait réduit. Aussi leur volonté de franchir ses murs paraissait-elle injustifiable. L'indignation et la colère débordaient. Dans la réunion du 24 au Wauxhall, les délégués de la garde nationale avaient déclaré qu'il fallait s'oppo-
1. Lanjallev et Corriez, Histoire de la révolution du 18 Mars, p. U.
sei", par tous les moyens, à l'entrée des Allemands. Le Comité central avait donc décidé qu'il mettrait la garde nationale sur pied pour les repousser. La rumeur publique annonce qu'ils entreront le 27, et, le 26 au soir, la ville est pleine de tumulte. Des bataillons spontanément réunis surveillent les portes et parcourent, les rues toute la nuit*. En même temps on se dit que les canons de la garde nationale sont parqués à Passy et place Wagram, dans la zone que l'ennemi occupera, et l'on ne doute point qu'il ne s'en empare. Ces canons intéressaient particulièrement les Parisiens; beaucoup, fondus pendant le siège, à l'aide de souscriptions patriotiques, portaient le chiffre des bataillons ou le nom des souscripteurs auxquels ils étaient dus. A la nouvelle qu'on peut les perdre, tout le monde s'alarme. On sonne le tocsin, on bat le rappel. Des bandes vont les chercher. On n'a pas de chevaux, on s'attelle aux pièces avec des cordes ; on les traîne au loin, dans des lieux sûrs, le plus grand nombre à Montmartre, d'autres aux Buttes-Chaumont et place des Vosges.
Cependant, lorsqu'on sut que la garde nationale voulait s'opposer à l'entrée des Allemands, l'inquiétude devint générale. Les hommes du parti de la Commune restés de sang-froid jugèrent combien cette tentative pourrait leur être funeste. L'Association internationale des travailleurs, qui prétendait s'élever au-dessus des haines de peuples, combattit toute résistance et bientôt, soutenue par les autres groupes de la Commune, fit revenir le Comité central de sa détermination. L'Internationale, le Comité des vingt arrondissements, le Comité central s'emploient cionc maintenant à calmer la garde nationale. Des appels à la retenue sont placardés et envoyés aux journaux. Ces exhortations produisirent leur effet, mais furent surtout aidées, lorsqu'on annonça officiellement que les vainqueurs allaient entrer, par l'avis qu'en compensation Belfort restait à la France.