‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 6 sur 102 · Général Vinoy, L'armistice et la Commune, p · texte numérisé non relu

Général Vinoy, L'armistice et la Commune, p

Le 1" mars, qui vit entrer les Allemands, fut un jour de deuil public. Les théâtres et les cafés demeurèrent fermés; des drapeaux avec des crêpes pendaient aux maisons. Les habitants montrèrent un calme et une douleur dignes, évitant les lieux occupés. Les Allemands se tinrent dans le quartier de l'Arc-de-Triomphe, sans dépasser la Seine et les rues des Ternes et du Faubourg-Saint-Honoré. On avait dressé des barrières aux limites convenues. A l'écart ainsi, dans un coin de la ville, ils ressemblaient assez peu à des triomphateurs. Le traité les autorisait à visiter désarmés les Invalides et le Louvre. Ils renoncèrent à se rendre aux Invalides, tant la population se montrait hostile. Quelques escouades parcoururent seules le Louvre, dont elles trouvèrent les fenêtres blindées, par précaution contre le bom^ bardement, et les salles pleines d'ombre. ;

Dans le trouble amené par l'occupation de Paris, ceux de la Commune et du Comité central s'étaient poussés. Ils s'appliquent maintenant à parfaire leur organisation. Le 9 mars, deux cents bataillons envoient des délégués au Wauxhall^ Les statuts de la Fédération républicaine de la garde nationale sont lus et définitivement acceptés. Le préambule déclarait que « la République, étant le seul gouvernement de droit et de justice, ne peut être subordonnée au suffrage universel, qui est son œuvre ». Et l'article 6 : « Les délégués de la garde nationale devront prévenir toute tentative, qui aurait pour but le renversement de la République. » Le Comité central serait à Tavenir formé des chefs de légion et de trois délégués par arrondissement. On décida en outre que tous les officiers seraient immédiatement réélus dans les bataillons.

Pendant que le parti de la Commune étendait la main sur la garde nationale, le commandement régulier se désorganisait au contraire et perdait toute influence. A la fin du siège, un grand nombre d'officiers étaient allés au dehors se reposer de leurs fatigues. Le général Clément

Lissagaray, Histoire de la Commune, p. 78.

Thomas et son chef d'état-major, le colonel Montagut, se démirent le 11 février, déclarant que l'abandon de leurs officiers, joint à la retraite du gouvernement de la Défense nationale et de leur ancien chef, le général Trochu, les privait de l'autorité nécessaire pour commander. M. Thiers les remplaça par le général d'Aurelle de Paladines. Dans l'état des esprits, le choix d'un officier de l'armée régulière fut très mal accueilli. Le général, étranger à Paris, ne pouvait remédier aux difficultés de son rôle et il ne remplit jamais que des fonctions nominales.

Les canons saisis par le peuple, avant l'entrée des Prussiens, étaient restés à Montmartre et place des Vosges, où on les avait d'abord conduits. Là les gardes nationaux fédérés en avaient pris possession. A Montmartre, les pièces — cent soixante-dix — se trouvaient parquées au sommet de la butte, dans un terrain retranché et sous l'œil de postes fédérés. Montmartre organisa en outre un comité local, rue des Rosiers, pour diriger sa garde nationale et veiller à sa défense. Le gouvernement essaya bien de se faire rendre les canons, par l'entremise du maire de l'arrondissement, M. Clemenceau, auquel des officiers de la garde nationale avaient cru pouvoir les promettre, mais ceux qui les détenaient ne voulurent point s'en dessaisir. Les fédérés enlevaient en outre chaque jour, sur les remparts ou dans les dépôts, de nouveaux canons, des fusils, des munitions; l'autorité militaire était impuissante à réprimer ce pillage, et le parti de la Commune complétait son armement. Le 15 mars, les délégués de deux cent quinze bataillons de la garde nationale fédérée se réunirent au Wauxhall. L'élection régulière des membres du Comité central eut lieu, dans les formes prescrites par les statuts de la Fédération. Des comités de défense locale étaient en même temps constitués dans la plupart des arrondissements*.

Au moment où le parti de la Commune s'organisait

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