Guénin, Compte rendu, p
le chemin de ronde. Près d'une petite grille qui le divise, Tarchevêque, croyant que c'est là le lieu choisi, s'agenouille et se met en prière. On le fait relever. Il donne l'absolution à ses compagnons. Plus avant, ils sont mis au mur. Une décharge prolongée les fait tomber, sauf l'archevêque sur lequel les hommes tirent à nouveau*. Le peloton et ses chefs s'abstinrent de toucher aux cadavres. Vers dix heures seulement Vérig, le greffier et quelques fédérés vinrent les fouiller et prendre leurs bijoux. Dans la nuit, portés au cimetière du Père-Lachaise, ils furent inhumés à la hâte.
Le 24 au soir, lorsque l'obscurité arrêta le combat, les Versaillais avaient conquis plus de la moitié de Paris. Ils étendaient leur front de bataille des gares de l'Est et du Nord, par les boulevards de Strasbourg, de Sébaslopol et Saint-Michel, jusqu'au parc de Montsouris. Dans l'après-midi, le commandant de chasseurs à pied de Sigoyer, en se portant hardiment en avant avec ses hommes, avait pu arrêter l'incendie qui, du palais des Tuileries, menaçait les galeries du Louvre. Raoul Rigault s'était tenu, pendant la journée, sur la rive gauche. Vers cinq heures, il est aperçu, habillé en officier fédéré, comme il se réfugiait dans un hôtel de la rue Gay-Lussac. 11 est saisi par les soldats qui veulent le forcer à crier : « Vive l'armée! » Il crie, au contraire : « Vive la Commune! A bas les assassins! » 11 est immédiatement tué.
Le 25, le jour rappela les combattants au carnage et les habitants à d'horribles scènes. L'apparition de nouveaux incendies ajoutait sans cesse à l'épouvante. En voyant partout des colonnes de fumée et un océan de flammes couvrir l'horizon, l'imagination se persuadait que c'était la ville entière qu'on avait réellement voulu détruire, et que le temps avait seul manqué à la réussite du dessein. Le 24, les fédérés faisaient sauter une poudrière dans le jardin du Luxembourg; ils ébranlaient ainsi tout le quartier^. La