‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 61 sur 102 · M™* A. Blancliecolte, Tablettes d'une femme, p · texte numérisé non relu

M™* A. Blancliecolte, Tablettes d'une femme, p

croyance s'était immédiatement accréditée qu'ils allaient, en outre, faire sauter le Panthéon où se trouvait, disaiton, un tout autre amas de poudre. L'attente de cette catastrophe plongeait une partie de la rive gauche dans une afïreuse angoisse. Les habitants tremblaient à chaque instant de voir leurs maisons crouler. Les Versaillais canonnaient, de la butte Montmartre, les batteries établies sur les hauteurs du Père-Lachaise. Au lieu de leur répondre, les fédérés se mirent à tirer sur la ville, audessous d'eux, qu'ils bombardèrent à toute volée. Les habitants de la rive droite, surtout des quartiers de la place Vendôme et des boulevards, qui, à la retraite des fédérés, s'étaient crus à l'abri, en voyant tomber les obus, sans qu'aucune raison militaire pût expliquer le fait, sentaient grandir leur soif de vengeance. Les partisans de la Commune se transformaient définitivement, à leurs yeux, en véritables démons, étrangers à tout sentiment humain.

Dans l'épouvante, une panique passe sur la ville. On avait vu, pendant la Commune, des femmes suivre les bataillons fédérés comme cantinières ou portant le fusil; plusieurs d'entre elles, mêlées aux combattants, avaient participé aux incendies de la rue de Lille et de la rue Royale. Tout à coup, l'action attribuable à quelques mégères change de caractère et s'agrandit. Elle devient une œuvre de destruction systématique, poursuivie même dans les quartiers abandonnés par les fédérés. On dit, on affirme que des femmes, des pétroleuses parcourent les rues, jettent du pétrole dans les maisons et allument l'incendie. De toutes parts on bouche à la hâte les soupiraux des caves. Des boutiquiers écartent de leurs devantures les passants devenus suspects. On voit du pétrole partout. Une bouteille, une boite au lait à la main d'une ménagère, suffisent à mettre en danger et à causer les plus mauvais traitements. La foule, dans les rues, devient dès lors absolument féroce. Elle se fait un spectacle des exécutions. Devant le Théâtre-Français on fusille, dans un fossé de

barricade ^ les fédérés découverts dans le voisinage. Les passants, les habitants du quartier font le cercle, montés sur des chaises, des pavés, des tonneaux et, selon l'attitude plus ou moins courageuse des hommes qui vont mourir, applaudissent ou poussent des huées^.

Les opérations poursuivies par les Versaillais, le 25, devaient leur procurer des résultats décisifs sur la rive gauche. De ce côté, les fédérés, depuis la perle du Panthéon, ne tenaient plus qu'un angle, entre la rivière et les remparts. Ils conservaient cependant une position très forte, derrière la Bièvre, la Butte-aux-Cailles, où Wrobleski s'était maintenu avec avantage. Mais, le 25 au matin, les garnisons fédérées des forts de Montrouge, de Bicètre et d'Ivry, craignant d'y être cernées, sont rentrées en ville. L'abandon des forts découvrait les remparts, le long desquels les Versaillais s'étaient immédiatement avancés, pour tourner les fédérés. Ceux-ci, attaqués en même temps de front, perdaient la Butte-aux-Cailles et se retiraient en désordre sur les Gobelins et l'avenue d'Italie.

Le 101* bataillon, appartenant au quartier des Gobelins, se signalait depuis longtemps par son ardeur révolulionnaire. Avec son chef Serizier, on le trouvait partout où il y avait des violences à commettre. Le 19 mai, Serizier et le 101® allaient, sous la conduite de Léo Meillet, membre de la Commune et maire du XIII® arrondissement, faire une perquisition à l'école des Dominicains d'Arcueil. Les Pères étaient accusés d'entretenir des intelligences avec les avant-postes versaillais, voisins de leur maison. Ils avaient, pendant le premier siège, établi une ambulance, restée ouverte, où ils soignaient en ce moment même un certain nombre de blessés. Quoique la perquisition ne fît rien découvrir qui pût donner appui aux soupçons, Léo Meillet emmenait au fort de Bicètre toutes les personnes, religieux ou autres, attachées à l'école. Lorsque le fort fut

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