‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 75 sur 102 · II · texte numérisé non relu

II

i70 HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 A 1873.

exigences sur les autres points, sans que les Français voulussent céder. Les lenteurs de la négociation et la persistance d'un désaccord avaient causé à M. de Bismarck, revenu à Berlin, une irritation dont il donnait des marques répétées au gouvernement de M. Thiers. Enfin il fit déclarer par M. de Balan, à la conférence, que les demandes de l'Allemagne ne devaient prêter à aucune discussion, qu'elles constituaient un ultimatum.

Pendant que le traité de paix s'élaborait à Bruxelles, d'autres négociations se poursuivaient par ailleurs. Cette partie des préliminaires à exécuter, concernant l'évacuation d'un nombre stipulé de départements et l'occupation prolongée de certains autres, nécessitait de nombreuses mesures, à prendre en commun par le gouvernement français et les chefs militaires allemands. M. de Bismarck avait délégué au général de Fabrice le soin de ces arrangements. Le ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, et le général de Fabrice entretenaient donc des rapports suivis. C'est ainsi qu'ils signèrent une série de conventions ayant trait au service des chemins de fer; à la remise aux autorités françaises de l'administration des départements occupés; au séjour des troupes allemandes en France et à la quantité de vivres et de fourrages à leur fournir. Ce n'étaient là, quelle que fût leur complexité, que des questions secondaires, sur lesquelles les négociateurs, animés d'une mutuelle bienveillance, se mettaient facilement d'accord; mais après l'insurrection du 18 mars les points à régler entre eux prirent tout à coup une importance majeure. Les préliminaires de paix accordaient seulement au gouvernement français le droit de mettre dans Paris une garnison de 40 000 hommes, sans qu'aucun autre corps de troupe pût être maintenu au nord de la Loire, jusqu'à la signature du traité définitif. Le gouvernement chassé de Paris n'y tenait plus, il est vrai, de garnison, mais il lui fallait former, à Versailles, c'est-à-dire au nord de la Loire, une grande armée pour reprendre Paris. Et, en effet, M. Jules Favre devait demander l'auto-

risation de déroger aux préliminaires, en portant immédiatement à 80 000 hommes l'armée à réunir à Versailles. De telle sorte que les signataires des conventions de détail étaient amenés, de leur côté, à discuter le texte même des préliminaires, qu'on avait cru entièrement réservé aux diplomates de Bruxelles.

Du reste, le 18 Mars avait tellement obscurci les destins de la France que, jusqu'à ce que l'avenir se fût découvert, la conclusion d'un traité perdait beaucoup de son importance. Au premier moment, en voyant iM. Thiers et l'armée fuir Paris dans le désarroi, on s'était en effet pris à douter à l'étranger qu'ils restassent vainqueurs de la Commune. Or, s'ils devaient succomber, il serait inutile d'avoir arrêté avec eux des conditions de paix. Avant que M. de Bismarck crût l'heure venue d'imposer la signature du traité définitif, il fallait que le gouvernement de M. Thiers eût reconquis assez de force, pour apparaître de nouveau capable de remplir les engagements qu'il pourrait contracter.

En attendant, l'Allemagne avait le plus grand intérêt à savoir comment la Commune allait se comporter à son égard, puisque, après tout, elle réussirait peut-être à s'emparer de la France, d'autant plus que ses partisans avaient, pendant le siège, excité à la guerre à outrance par tous les moyens et attaqué sans relâche le gouveriiement de la Défense nationale, comme dépourvu d'audace et de patriotisme. Mais rien n'était moins fondé que la supposition, tirée du langage passé, que la Commune, venant à s'établir, résisterait à l'Allemagne. Le Comité central, puis la Commune, lui témoignaient au contraire, en toutes choses, une complète déférence. M. Washburne, chargé des intérêts de l'empire d'Allemagne, n'avait qu'à réclamer des détenus, à titre de sujets allemands, pour les obtenir aussitôt*, et les Alsaciens-Lorrains, en arguant du traité qui enlevait leur territoire à la France, se faisaient congédier

Page 1