‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 8 sur 102 · Général d'Aurelle, Enquête parlementaire, p · texte numérisé non relu

Général d'Aurelle, Enquête parlementaire, p

3i HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 A 1873.

Le général Vinoy ne disposait que de 25 à 30000 hommes, fort démoralisés par les défaites et la capitulation. Ils ne pouvaient se prêter qu'à une opération rapide et circonscrite. Aussi décida-t-on qu'on les porterait à l'improviste, au milieu de la nuit, sur Montmartre et Belleville. On espérait ainsi s'emparer des canons avant que la garde nationale eût le temps de résister.

Dans la nuitdu 17 au 18 mars, une proclamation est placardée, signée de M. Thiers et des ministres 5 après avoir invité les citoyens à s'unir au gouvernement, elle annonce que les troupes vont reprendre les canons propriété de l'État qui, tombés dans des mains criminelles, sont une menace permanente de guerre civile. Selon le plan arrêté, à trois heures du matin, la butte Montmartre fut occupée militairement par la division du général Susbielle et Belleville par celle du général Faron. Des troupes de soutien stationnaient au boulevard de Clichy et sur les places du Châteaud'Eau et de la Bastille. Une dernière réserve, à l'École militaire, devait recevoir l'artillerie reprise. Personne à Montmartre n'avait eu l'éveil. Les troupes, parvenues sur la butte, dans l'enclos qui contient les canons, commencent à détruire les tranchées ouvertes par les fédérés. Faire passer, à travers des rues montantes, les attelages destinés aux pièces, sortir celles-ci du terrain, les atteler, les emmener était une opération lente et compliquée. On a attendu les attelages deux heures, ils sont en partie arrivés et quelques pièces ont été descendues de la butte. Mais, dans l'intervalle, la population de Montmartre s'est mise sur pied. Les femmes et les enfants, sortis des maisons, remplissent les rues. Les gardes nationaux fédérés prennent les armes. Une fois en nombre, ils s'approchent du premier cordon des troupes, déployé en tirailleurs. Les soldats, circonvenus par les femmes et les enfants qui leur crient de ne pas tirer, se laissent désarmer. Les gardes nationaux avancent sur le gros des troupes, l^e 88^ met la crosse en l'air et fraternise avec eux. Le général Lecomte qui commande et ses officiers sont faits prisonniers. Sur

le boulevard Clichy, le général Susbielle veut faire charger les cavaliers de son escorte, pour s'ouvrir la rue Houdon, vers le haut de Montmartre. L'officier qui mène la charge est tué d'un coup de feu et les cavaliers prennent la fuite. Par derrière, l'infanterie témoignait de si mauvaises dispositions, qu'il fallut la replier rapidement, crainte de la voir passer au peuple. Le général Faron s'était d'abord emparé de Belleville sans coup férir, puis, pressé par des masses de gardes nationaux hostiles, il avait dû lui aussi ramener ses troupes.

Pendant que l'armée agirait, le général d'Aurelle devait rassembler cette partie de la garde nationale qu'on supposait être demeurée fidèle. Le 17 mars au soir, il avait appelé trente chefs de bataillon, les seuls sur les deux cent soixante existants qu'il crût bien disposés, pour leur demander si leurs hommes soutiendraient le gouvernement. Ils avaient répondu que non K II n'en fit pas moins battre le rappel, le 18 au matin, et, pendant plusieurs heures, les tambours parcoururent les quartiers réputés les plus conservateurs. Les habitants sortaient des maisons, lisaient les affiches, échangeaient leurs remarques, mais ils ne s'armaient point. C'est à peine si cinq à six cents finirent par se présenter, si malveillants qu'on dut les renvoyer.

M. Thiers et les ministres s'étaient réunis au ministère des affaires étrangères. Lorsque vers midi ils apprirent l'échec de l'armée et l'abstention des quartiers les plus conservateurs, la situation leur parut affreuse. Ils se voyaient sur les bras la garde nationale acquise au Comité contrai qui, de toutes parts, prenait les armes, et, jugeant par l'expérience du matin, les troupes, loin de les soutenir, se joindraient à l'insurrection. M. Thiers émit tout de suite l'avis d'abandonner Paris, pour seretirer à Versailles. On ne pouvait rappeler les soldats à la discipline qu'en les soustrayant à l'influence des Parisiens. A Versailles on protégerait l'Assemblée nationale, source de toute autorité

i. Général à'XMveWe, Enquête parlementaire, T^. dQ8.

légale et, avec elle, on resterait maître de la France. L'insurrection, victorieuse dans le moment, s'emparerait, il est vrai, de Paris, mais elle y serait localisée; puis, quand on aurait réuni des forces suffisantes, on reprendrait la ville pour l'écraser ^ M. Thiers fit assez facilement partager ses vues au Conseil des ministres. L'évacuation fut donc décidée. Dans l'après-midi, trois bataillons fédérés de Grenelle passèrent devant le ministère des affaires étrangères, se rendant à l'appel du Comité central. Le palais, laissé à la garde de quelques soldats, s'offrait à eux, si la pensée leur fût venue d'y entrer. Pour soustraire M. Thiers au péril, on le fit sortir à la dérobée et il prit en hâte le chemin de Versailles. Comme première précaution, on concentra les troupes sur la rive gauche de la Seine. En occupant les ponts devant soi, on se préserverait d'une attaque et l'on garderait les portes qui ouvrent sur Versailles. Les corps restés en arrière traversèrent difficilement les quartiers insurgés. Un régiment entier, le 120'' de ligne, fut désarmé à la caserne du Prince-Eugène et retenu par le peuple; y compris les pertes du matin, l'armée abandonnait ainsi 5000 des siens dans Paris.

Le général Lecomte et les officiers pris avec lui ou sur divers points de Montmartre avaient été retenus au Château- Rouge, un bal public de la chaussée de Clignancourt. Les abords en furent bientôt remplis d'une foule furieuse, proférant des menaces de mort. Les officiers fédérés, chargés de garder les prisonniers, les protégeaient de leur mieux ; à la fin, ne recevant point d'ordres, ils décidèrent de les conduire sur la butte, à la rue des Rosiers, où devait siéger le comité de l'arrondissement. On les lui remettrait pour qu'il statuât sur leur sort. A trois heures et demie, les prisonniers sont emmenés sous l'escorte de gardes nationaux; dans le trajet, ils subissent toutes sortes d'outrages et courent les plus grands dangers. On ne trouva point, rue des Rosiers, le comité, qui siégeait

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