Jules Simon, Le gouvernement de M. Thiers, t. U, p
le gouvernement de M. Thiers, par l'organe du ministre de l'intérieur, prendre parti contre eux.
Pendant qu'on discutait la loi sur la municipalité lyonnaise, un incident imprévu s'était produit, des plus fâcheux pour les républicains. M. Le Royer, de la gauche, comballait à la tribune le rapport de la Commission proposant de supprimer la mairie lyonnaise. Dans ses critiques, il fut amené à dire : « J'arrive maintenant à l'examen de ce qu'a ajouté M. le rapporteur à ce bagage du rapport. » Cette phrase ne semblait point inconvenante et le président Grévy l'a laissée passer sans remarque. Mais le mot de « bagage » indigne certains députés des droites. Ils en réclament le retrait. Pendant que l'orateur cherche à Pexpliquer, un membre de la droite, M. de Grammont, lui crie : « C est une impertinence. » Le président le rappelle à l'ordre. De là tumulte, dans la partie la plus passionnée des droites. Des membres s'écrient qu'ils protestaient. D'autres disent au président qu'il a laissé passer, sans vouloir les entendre, des injures à l'adresse de la droite, parties du côté gauche. Le président demande à M. de Grammont s'il relire le mot d'impertinence qui a motivé le rappel à l'ordre; celui-ci répond qu'il ne le fera que quand M. Le Royer aura lui-même retiré le mot de « bagage ». Les droites applaudissent M. de Grammont avec passion. Le président déclare que, puisque sa conduite était aussi vivement blâmée par une partie de l'Assemblée, il savait ce qu'il lui convenait de faire. Le lendemain il envoyait sa démission par lettre, llétait réélu, séance tenante, par 349 voix contre 231 données à M. Ruffet, du centre droit. Il n'en maintenait pas moins sa démission, qui devint irrévocable. M. Ruffet fut alors nommé président, par 304 voix contre 285 données à M. Martel, du centre gauche, et la présidence de l'Assemblée, avec l'influence qu'elle comporte, échappa ainsi aux républicains.
Le 8 avril, l'Assemblée s'ajourna pour deux mois, laissant, selon son habitude, une Commission de permanence à Ver-
sailles. Au moment où elle entrait ainsi en vacances, la majorité des monarchistes se trouvait dans son sein plus que jamais compacte et résolue. Elle connaissait maintenant toute sa force, car elle avait arrêté M. Thiers, essayant par le messai,^e du 12 novembre d'établir la République, et lui avait enlevé deux de ses appuis, le ministre de l'intérieur et le président de l'Assemblée. Du côté des républicains, le jeu dangereux poursuivi par un groupe d'avoir une politique à part des autres et de chercher sans attendre à la faire triompher, avait amené entre les fractions du parti adhérent à M. Thiers et à M. Gambetta des froissements qui les laissaient désunies et mécontentes l'une de l'autre, à un moment critique, car, lorsque l'Assemblée prenait ses vacances, des élections complémentaires se préparaient dans plusieurs départements. La date en avait été fixée au 27 avril. Le département de la Seine devait, en particulier, élire un député ce jour-là.