CHAPITRE IV
LELECTION DE M. BARODET
Aux élections du 2 juillet 1871, sous l'impression d'horreur alors toute-puissante causée parla Commune, TUnion de la presse conservatrice faisait élire à Paris la plupart de ses candidats contre ceux de la liste républicaine. Un grand nombre des députés ainsi envoyés à l'Assemblée, d'opinion moyenne et sans parti pris, se ralliaient à M. Tliiers et siégeaient au centre gauche. Une nouvelle vacance déclarée amenait à Paris une nouvelle élection législative, le 7 janvier 1872. L'Union de la presse ne se reformait point à cette occasion, les journaux monarchiques et catholiques en ayant fait partie étaient redevenus trop antipathiques au peuple de Paris, pour essayer de lui désigner encore des représentants. Mais, puisque la majorité des élus du 2 juillet s'était jointe au centre gauche républicain, celui-ci, à la place de l'Union de la presse, pouvait maintenant présenter un candidat de sa nuance aux électeurs. Le 7 janvier 1872, les républicains avaient donc eu deux candidats, l'un M. Vautrain, recommandé par le centre gauche, l'autre, M. Victor Hugo, soutenu par les républicains plus accentués ou radicaux. M. Vautrain avait été élu. Le centre gauche, ainsi favorisé à deux reprises, était engagé à prendre part aux futures luttes électorales. Or, comme les républicains plus accentués tenaient Paris pour leur place forte et ne voulaient le rendre en aucun cas, ils ne pouvaient manquer non plus
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(le le disputer de nouveau au centre gauche. De telle sorte qu'à l'élection léifislalive fixée au 27 avril, les républicains étaient rangés à Paris, de façon à présenter deux candidats de nuance diverse aux électeurs.
Le centre gauche n'avait point encore fait de choix, lorsque, le 22 mars, les maires de Paris se rendaient àVersailles, complimenter M. Thiers sur l'évacuation du territoire. Il renvoya la plus grande part du mérite à son ami, le ministre des affaires étrangères, M. de Rémusat; le succès était dû, disait-il, à ses facultés d'homme d'Etat et de diplomate. 11 parut alors aux maires qu'ils ne sauraient trouver de meilleur candidat, pour représenter les opinions du centre gauche, que M. de Rémusat. Membre du cabinet sans être député, il se recommanderait comme le collaborateur de M. Thiers dans la libération du territoire. Les maires lui offrirent donc la candidature et ils firent immédiatement approuver leur démarche par les chefs du centre gauche à Paris.
Cependant, dès que ce choix s'ébruita, ses inconvénients furent, de divers côtés, montrés à M. Thiers. On lui exposa le danger à courir, en présentant aux électeurs un de ses ministres. M. de Rémusat ne rallierait point tous les républicains, un autre candidat lui serait sûrement opposé. Or le conflit ainsi engagé ne resterait pas, comme à la précédente élection, un simple essai de forces entre le centre gauche et les républicains radicaux, une lutte spéciale au corps électoral parisien, de conséquences légères, quelle que fût son issue. Par le fait qu'un des candidats serait cette fois-ci l'ami et l'aide de M. Thiers, l'élection prendrait une énorme importance, et, si le centre gauche venait à échouer, le coup s'étendrait à tout le gouvernement. Ces raisons rendaient perplexe l'entourage de M. Thiers. iM. de Rémusat les jugeait lui-même d'un tel poids, qu'il fut plusieurs jours avant de répondre à l'offre des maires. Mais M. Thiers ne trouva pas que les dangers qu'on lui signalait l'emportassent sur les avantages entrevus et, passant outre, il fit consentir M. de Rémusat.
M. Tlîiers, devant l'enthousiasme suscité par la libération du territoire, pensa que son minisire des affaires étrangères rallierait une majorité des électeurs. Dès lors on devait poser à Paris une candidature, dont le succès vaudrait une consécration nouvelle et éclatante du suffrage universel. Il éprouvait le besoin de se fortifier. Maintenant que se trouvait terminée l'œuvre qui l'avait rendu momentanément indispensable, il se sentait affaibli. Aux prises avec les monarchistes, il désirait obtenir du corps électoral un appui, qui retrempât sa force à Versailles.
Le candidat que les radicaux devaient opposer à celui du centre gauche, leur était comme désigné par l'Assemblée de Versailles. Elle avait, en supprimant la mairie de Lyon, profondément froissé les républicains parisiens, qui prenaient une part d'autant plus vive à la perte faite par les Lyonnais, qu'eux-mêmes continuaient à poursuivre le rêve d'un maire élu à Paris. Choisir l'ancien maire de Lyon pour candidat devait paraître à beaucoup le meilleur moyen de protester contre les actes de l'Assemblée et de lui témoigner l'aversion grandissante qu'elle inspirait. Dès que le vote relatif à la mairie de Lyon eut été rendu, il devint certain que la candidature de M. Barodet, l'ancien maire de Lyon, se produirait, d'une manière quelconque, à Paris. Elle était donc attendue, lorsque le journal la Vérité prit l'initiative de la poser et delà soutenir vigoureusement. La Vérité et son rédacteur M. Portalis, défendant des idées spéciales, demeuraient plus ou moins isolés, mais la candidature de M. Darodet paraissait si naturelle que, dès qu'ils l'eurent produite, on s'empressa de s'y rallier parmi les républicains.
Quand M. Thiers et les adhérents du centre gauche s'étaient décidés à porter M. de Bémusat, ils s'appuyaient, comme précédent favorable, sur l'élection du 7 janvier 1872 où M. Vautrain leur candidat avait battu M. Victor Hugo, par 121 000 voix contre 93000. Ce succès était un leurre. Le suffrage universel, dans une grande ville telle que Paris, est, à la longue, une force stable qu'on ne saurait mouvoir
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à l'aide de raisonnements étudiés, mais qui demeure acquise au parti représentant le mieux la permanence de son opinion. Or Paris, foyer d'opposition, élait tout autre que centre ij^auche. Sorti de son équilibre et d'abord plein de l'borreur inspirée par la Commune, il avait volé le 2 juillet 1871 pour des conservateurs, même pour des monarchistes. A une nouvelle élection, commençant à se reconnaître, il n'avait plus accepté de monarchiste, mais avait encore pris un républicain centre gauche. Cependant le moment viendrait où la déviation survenue après la Commune cesserait complètement et alors il ne voudrait même plus élire un représentant de cette nuance. Or, comme un assez long intervalle séparait de la dernière élection, la réussite du centre gauche était devenue tout à fait problématique.
Outre le travail du temps défavorable aux modérés, le succès de M. Vaulrain avait été obtenu de manière à ruiner leurs chances dans une nouvelle élection. MM. Vautrain et Victor Hugo avaient tous les deux promis, s'ils étaient élus, de demander le retour du gouvernement à Paris. Le grand argument du centre gauche en faveur de son candidat avait alors été celui-ci : « Si vous nommez M. Vaulrain, un modéré, vous vous donnerez un mandataire beaucoup plus sûr d'être écouté qu'un radical tel que M. Victor Hugo, vous aurez rassuré l'Assemblée sur les dispositions de Paris et, en la délivrant de ses craintes, l'amènerez à y rentrer. » M. Vaulrain, élu dans ces conditions, avait en effet fait valoir les droits de la ville de Paris à redevenir capitale. D'accord avec le ministre de l'intérieur, M. Casimir Perier, et les membres du centre gauche, il avait présenté un projet de loi aux termes duquel l'Assemblée y reviendrait siéger. Il était monté à la tribune le 2 février 1872, pour soutenir ce projet et, après lui, M. Casimir Perier. Tous leurs efforts étaient restés vains. L'Assemblée, par 366 voix contre 340, se montrait inébranlable dans sa résolution de demeurer à Versailles. A la suite de ce vote, M. Casimir Perier s'était retiré du
ministère. Ce résultat avait indigné les Parisiens, car, en votant pour M. Vautrain, ils avaient cru qu'eu égard à l'apaisement témoigné, le gouvernement leur reviendrait. Les regrets et la colère demeuraient, et, lorsque de nouveau il fut question d'une candidature centre gauche, on la repoussait sans hésiter. Puisque rien ne servait de vouloir adoucir ses ennemis en se contenant, il fallait cette fois-ci se rallier au candidat qui, comme M. Barodet, représentait le mieux les griefs du parti républicain à Lyon et à Paris. On montrerait ainsi à l'Assemblée la répulsion qu'elle inspirait, on la sommerait de se dissoudre et de mettre un terme à son mandat.
Les hommes du centre gauche s'étaient encore trompés en croyant que le fait d'être ministre de M. Thiers rallierait à M. de Rémusat le plus grand nombre des républicains. Ceux-ci éprouvaient justement à celte heure une violente humeur contre M. Thiers et son gouvernement. Ils avaient applaudi à la résistance opposée, le 20 juin, aux délégués des droites, surtout avaient acclamé le message du 13 novembre en faveur de la République. Alors M. Thiers avait joui d'une immense popularité. Mais un revirement rapide s'était produit lorsque, aux prises avec les monarchistes, on l'avait vu tergiverser, bientôt même leur céder, renoncer aux recommandations du message pour s'en tenir au pacte de Bordeaux, enfin s'abandonner jusqu'à mettre au ministère de l'intérieur un membre du centre droit tel que M. de Goulard, qui d'abord violait les droits de la ville de Lyon. Que M. Thiers, qui s'était toujours tenu si ferme, fléchît ainsi devant les monarchistes, semblait inexplicable aux républicains parisiens, qui s'inquiétaient fort peu de l'équilibre des partis à l'Assemblée de Versailles et ne comprenaient plus ce qui s'y passait. Dans ces dispositions, on ne se sentait point entraîné par la reconnaissance due à rhomme ayant négocié la libération du territoire. Le mécontentement l'emportait au contraire. On croyait qu'il fallait surtout donner une « leçon » à M. Thiers et en choisissant un républicain accentué comme M. Barodet, avec
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un programme résolu, faire comprendre que l'on désnpprouvait les concessions aux monarchistes, signifier que l'on était las de l'incertitude, qu'il convenait de poursuivre les recommandations du message et de fonder enfin la République.
La candidature de M. Barodet s'étendit, aussitôt posée, au delà des groupes précédemment entraînés par M. Victor Hugo; elle engloba des hommes qui naguère acquis au candidat centre gauche s'en détachaient, et, gagnant de plus en plus au cœur du parti républicain, elle rallia M. Gambetta et les adhérents de TUnion républicaine. Leur organe, la République française, la recommandait, le 8 avril, dans un article manifeste. Embarrassée de ce qu'elle eût d'abord été produite par la Vérité, un journal sans attaches, la République s'efforçait de purger son origine : on rechercherait à tort, selon elle, ses premiers auteurs; c'était la démocratie républicaine tout entière qui, d'emblée, avait reconnu sa convenance. Puis elle expliquait le sens à lui donner. Elle n'impliquait point lutte ouverte contre le gouvernement de M. Thiers, mais simplement protestation contre les actes d'une Assemblée qui détruit les libertés municipales d'une grande ville; protestation contre un système qui, par faiblesse, tient en suspens l'existence même de la République, pour complaire aux rancunes impuissantes des parlis monarchiques.
Cependant, avant qu'ils se fussent déclarés, M. Gambetta et les siens avaient été sollicités de se rallier à M. de Rémusat. Des intermédiaires envoyés par M. Thiers, des membres de la gauche, leur avaient montré les risques à courir en agissant autrement. Les républicains devaient donner à M. Thiers, même au prix d'un sacrifice, l'appui qu'il réclamait pour se soutenir à l'Assemblée. Si M. de Rémusat échouait, le gouvernement de la République se trouverait atteint. Ces observations n'avaient produit aucun effet, dominées chez M. Gambetta et les siens par les sentiments qui entraînaient tant de républicains et qu'euxmêmes partageaient. La tactique qui, sans se dire hostile
à M. Thiers, menait à lui reprocher sa faiblesse, pour Texciter à l'action, était la leur, celle que M. Garnbetta et les députes de l'Union républicaine, dans leurs discours, et la République française, dans ses articles, ne cessaient de recommander et qu'ils ne faisaient qu'appliquer une fois de plus en soutenant M. Barodet.
En outre, chefs de parti, voulant profiter de leurs avantages et refaire leurs forces, ils tenaient à conquérir la députation de Paris. Ils avaient perdu le pouvoir, après les élections du 8 février, et le gouvernement et l'influence qui en découle étaient alors passés presque entièrement à des non-républicains. Il est vrai que M. Thiers, converti à la République, lui créait, avec le centre gauche, un nouveau parti. Certes, M. Gambelta et les siens applaudissaient à ce travail d'extension. Ils admettaient donc que M. Thiers et ceux de sa nuance tinssent le gouvernement et en remplissent les principaux postes. Toutefois, ils ne savaient se résigner, comme on le leur demandait, à abdiquer leur propre initiative et à céder la place aux hommes du centre gauche, même à Paris, où ils dominaient. C'eût été ce qu'ils appelaient « laisser faire la République sans les républicains », et ils ne pouvaient pousser l'abnégation jusque-là. M. de Rémusat ne les désobligeait point, les premiers ils reconnaissaient ses services; si le centre gauche l'eût présenté dans une circonscription à son image, où ses candidats eussent seuls pu être élus, ils se fussent hâtés de le soutenir et de lui donner l'appoint de leurs voix, mais ils ne voulaient l'accepter à Paris, le boulevard de leur propre opinion. D'autant plus qu'ils restaient aigris par les heurts survenus à l'Assemblée entre eux et les ministres de M. Thiers.
Cependant M. Gandjelta et les siens se fussent certainement résignés, dans l'intérêt de la République, à soutenir M. de Rémusat à Paris même, si le danger où M. Thiers se disait être en face des monarchistes leur eût semblé réel. Mais il leur paraissait chimérique. Que leur parlait-on de la puissance des monarchistes à l'Assemblée de Versailles?
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Est-ce qu'en toutes circonstances ils n'avaient pas déclaré qu'il n'y avait rien à attendre de l'Assemblée, qu'il ne fallait plus en tenir compte? Est-ce qu'après lui avoir demandé de se dissoudre, ils n'avaient pas entrepris contre elle une campagne de pétitions? Pourquoi donc, au lieu de suivre leur avis, de s'appuyer sur le pays pour obtenir qu'elle se séparât, croyait-on devoir lui faire d'inutiles concessions? Est-ce que chaque fois que M. Thiers avait résisté il n'était pas demeuré vainqueur? Qui oserait jamais le renverser? Les craintes étaient, selon eux, imaginaires. Elles ne venaient que des hommes du centre gauche, timides ou portés à monopoliser le pouvoir. C'est pourquoi, dans l'intérêt de la République et du pays, il fallait sortir de l'indécision. A cet effet, nommer le candidat, M. Barodet, dont le succès apprendrait à M. Thiers que Paris blâmait ses avances aux monarchistes et exigeait de lui une conduite plus résolue.
Dès que la République française eut adopté la candidature de M. Barodet, plusieurs républicains éminents se hâtèrent d'apprendre que, loin de l'imiter, ils soutiendraient, au contraire, M. de Rémusat. Elle les traita 1res durement. M. Littré, député de Paris, aT^irmation que M. Barodet rallierait tous les républicains, avait répondu qu'il existait certainement des dissidences, au moins la sienne et, ajoutait-il, « je suis un républicain beaucoup plus ancien que pas un de ceux qui écrivent dans la République française ». Elle lui déclara qu'il était de ces hommes toujours prêts à tourner le dos à leur parti, que d'ailleurs son passé offrait de nombreuses contradictions. A M. Langlois, autre député de Paris, qui, en adhérant à la candidature de M. de Rémusat, parlait aussi di3 sa vieille foi républicaine, elle signifiait dédaigneusement que les Parisiens « avaient la prétention de cesser de se faire représenter par lui ». A M. Gernuschi elle dit que, revenant d'un long voyage à l'étranger, il ignorait l'état politique. La scission entre républicains s'aggravait donc rapidement et d'une manière éclatante, propre à frapper tous les yeux.
La candidature de M. de Rémusat avait été d'abord soutenue par un comité formé des adhérents du centre gauche et de quelques républicains de la gauche. Maintenant, tous les hommes de la gauche s'y rallient. Pour organiser leur propagande et recueillir des voix, ils établissent un second comité à part, sous la présidence d'un de leurs députés, M. Carnot. La gauche, persévérant dans cette abnégation qu'elle montrait à l'Assemblée, donnait son appui à M. Thiers sans marchander. Elle trouvait sage d'ouvrir les bras à d'anciens monarchistes convertis, tels que M. de Réinusat, dont l'exemple amènerait à la République ces classes riches et influentes jusqu'alors hostiles. Pour obtenir cet avanlagé, elle était prête à laisser au centre gauche certains postes qu'elle aurait peut-être pu revendiquer. L'essentiel à ses yeux était de faire durer le gouvernement de M. Thiers. Puisque le pays venait à la République et, chaque jour, envoyait à Versailles des recrues au parti républicain, lui réservant l'avenir, il fallait surtout gagner du temps, pour cela difl'érer l'application de ses propres idées et ne rien compromettre par hâte ou imprudence.
M. Gambetta et les membres de l'Union républicaine n'étaient encore intervenus que par l'organe de la République française. Le 23 avril, ils s'assemblent au siège habituel de leurs délibérations, rue de la Sourdière, sous la présidence de M. Peyrat. Là ils rédigent et signent ensemble, aussi bien les députés des départements que ceux de Paris, un manifeste en faveur de la candidature de M. Rarodet. Dès lors l'élection qui se prépare prend une importance démesurée. Elle cesse d'être une affaire locale. On ne voit plus seulement autour des candidats les notables de la circonscription, les électeurs obligés de choisir avant d'aller au vote ; derrière eux apparaissent MM. Thiers et Gambetta et les députés des départements, qui interviennent parce que la lutte généralisée se transforme en un grand essai de forces rivales. Le parti républicain est coupé à son centre. Des hommes se combattent,
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divisés par une question de lactique, et s'allient à d'autres, séparés d'eux par des abîmes. D'un côté, l'union républicaine adhère à M. Barodet, confondue avec les révolutionnaires et les débris de la Commune; de l'autre, la gauche républicaine soutient M. de Rémusat, unie au centre gauche et même à des monarchistes, qui votent pour le ministre de M. Thiers sans accepter la République.
On s'efforce, dans les deux camps, de frapper l'opinion par des appels de toute sorte. La polémique des journaux s'envenime et les pamphlets et les affiches se multiplient. Chaque jour les comités rivaux font connaître l'adhésion d'hommes influents, qui doivent entraîner les électeurs. Le comité de la gauche rallie Littré, Grévy; l'Union républicaine lui oppose Louis Blanc, Edgar Quinet. Les conseillers municipaux de Paris, les premiers, avaient mis leur nom sous celui du candidat qu'ils patronnaient, puis étaient venus les députés. On sollicite maintenant la signature de tous les républicains connus, à un titre quelconque. Il ne s'en trouvera bientôt plus un seul qui ne prenne ouvertement parti. Le conflit gagne les départements. Les journaux s'y divisent là encore en partisans de M. Barodet et de M. de Rémusat, et alors les journaux de Paris en dressent des listes et leur font des emprunts, chacun en faveur de son candidat. Désireux de porter un dernier coup, M. Gambetta allait prononcer à Belleville une harangue passionnée. Son auditoire acclamait, avec enthousiasme, la candidature de M. Barodet.
L'élection d'un seul député à Paris jetait donc les républicains les uns sur les autres. Ils se livrent entre eux une grande bataille rangée, après avoir amené tous leurs hommes et toutes leurs forces sur le terrain. Le 27 avril, M. Barodet était élu par 180000 voix contre 135 000 données à M. de Rémusat. Un troisième candidat, M. Stoffel, soutenu par une partie des conservateurs, en recueillait 27 000.