Jules Favrc, Rome et la République française, p
en acceptant sans réserve la chute du pouvoir temporel, il réclamait l'ordre du jour pur et simple sur les pétitions. Le renvoi à son ministère voté, il se démit et fut remplacé par M. de Rémusat. L'appel des catholiques en faveur du pape n'eut point de suites. C'était un cri de douleur, une suprême protestation que l'installation définitive des Italiens à Rome, ayant lieu dans le moment, leur arrachait. Aucune conséquence ne pouvait en sortir. L'Italie unifiée, soutenue par la Prusse qui occupait alors le territoire français, se trouvait hors d'atteinte, et ni le gouvernement de M.Thiers, ni plus tard celui du maréchal de Mac-Mahon, ne tentèrent de démarches inutiles.
Cependant l'angoisse que causaient aux catholiques les malheurs de la France et de la papauté se manifestait surtout par la persistance des pèlerinages en l'honneur de la Vierge. Ils se multiplient au cours de l'année 1872 à tous les sanctuaires, principalement à celui de Lourdes. Enfin ils y culminent en octobre par une grande cérémonie longuement préparée, à laquelle ses organisateurs donnent un caractère national. Elle dure quatre jours, dix évêques et une multitude de fidèles^, venus de tous les diocèses de France, y prennent part, déployant plus de trois cents bannières. En même temps, une des pratiques récentes du culte catholique, la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, devenait plus ardente et se généralisait. Les pèlerins affluaient aussi à Paray-le-Monial au tombeau de la sœur Marie Alacoque, qui a suggéré à l'Église la fête du Sacré-Cœur ^. Le 20 juin 1873, plus de vingt mille pèlerins visitèrent la chapelle du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial; le colonel des anciens zouaves pontificaux, M. de Charette, déposa sur le tombeau de la sainte le drapeau tenu par son régiment à Patay, l'évêque d'Autun consacra solennellement la France au Sacré-Cœur et, comme le triomphe des monarchistes au
1. La France à Lourdes. Compte rendu officiel publié par le comité.